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Social – Ambatomirahavavy – Antanety, la colline de l’espoir pour des familles indigentes

Les familles participent ensemble à toutes les séances de formation prévues dans le cadre de la réinsertion sociale.

Des destins familiaux se jouent au niveau du Centre Ankohonana Sahirana Arenina (CASA) à Antanety-Ambatomirahavavy. Des sans-domiciles fixes et des nécessiteux y sont accueillis sous les auspices des Frères franciscains et des Sœurs franciscaines. La condition d’hébergement au centre est claire : être en famille, c’est-à-dire parents et enfants, et totalement dans le besoin.

Les familles participent ensemble à toutes les séances de formation prévues dans le cadre
de la réinsertion sociale.

Convertir des familles défavorisées en agriculteurs actifs et épanouis. C’est en tout cas le but de la série de formations dispensées au Centre Ankohonana Sahirana Arenina (CASA) autrement appelé Centre d’accueil des familles en situation de précarité, depuis 1991. Une formation en agriculture pour les deux parents pendant deux ans et une formation en menuiserie exclusivement pour les pères de famille constituent une partie du processus de réinsertion sociale menée par l’établissement. Une destination lointaine, dans des morcellements de terrains octroyés par l’État, attend les familles en fin de formation. L’aventure commence à Antanety, dans la commune d’Ambatomirahavavy, pour finir, au bout de deux ans, à Ampasipotsy dans le Bongolava. À l’heure actuelle, trente-neuf familles sont en formation avant de rejoindre la terre promise.
En général, le CASA peut accueillir simultanément soixante familles, soit environ trois cent trente personnes. Les familles sont accueillies, puis réinsérées progressivement sans brûler aucune étape afin d’être fin prêtes à aborder leur nouvelle vie dans leur migration.
Cette réinsertion progressive suit diverses étapes telles le Pré-CASA, le CASA 1 et le CASA 2. La finalité est d’installer ces familles à Ampasipotsy où les familles qui ont franchi les trois étapes, peuvent prendre racine. Le processus débute avec la présélection pendant laquelle les animateurs de rue prennent contact avec les familles en difficulté, s’entretiennent avec elles pour les convaincre d’accepter de changer de vie. Les cibles consentantes doivent cependant remplir certaines conditions pour être admises. Elles doivent, notamment, être composées d’un couple marié dont l’âge varie entre 18 et 55 ans. À l’issue de cette étape de présélection, vingt trois familles sont accueillies dans l’établissement.

La mise en pratique des acquis en formation agricole est faite
au potager du Domaine Saint-François.

Mise à lépreuve
S’ensuit alors la phase d’observation. « Durant cette étape, les familles sont mises à l’épreuve sur leur manière de vivre dans le centre, de respecter la discipline et le savoir-vivre en communauté. Sur les vingt trois familles, vingt sont admises en CASA 1 qui est la prochaine étape. » Le pré-CASA qui dure un an, est considéré comme un centre de triage, et d’ailleurs la plupart des familles désistent au bout de deux mois d’observation. « Nous évaluons les familles à travers des critères de triage, à savoir leur volonté d’apprendre l’agriculture, mais également de travailler la terre et d’obtenir l’autonomie financière », rajoute Lantohery Rakotondraibe, chef du centre.
Durant le CASA 1, les vingt familles reçoivent des formations durant une année. L’aspect social de la formation est axé sur le civisme, en particulier l’éducation civique, la citoyenneté, mais aussi l’hygiène alimentaire et même vestimentaire. « Nous choisissons un thème de formation chaque semaine, surtout sur l’État civil qui est l’une des problématiques des familles admises au centre. Nous aidons les personnes qui n’ont pas d’acte de naissance. Celles qui ne sont pas déclarées, par exemple, sont aidées dans leur démarche auprès du tribunal pour obtenir le jugement supplétif. »
Les formations octroyées touchent aussi le côté agricole, avec l’initiation à l’agriculture surtout la riziculture, et l’artisanat, dont les techniques de base en vannerie pour les femmes et la fabrication de briques pour les hommes. « Ces activités génératrices de revenus leur permettront de subvenir aux besoins de leurs familles. Durant cette étape, le taux de désistement est inférieur à celui du pré-CASA », toujours selon Lantohery Rakotondraibe.
Le CASA 2 comprend la formation en milieu rural, le renforcement des acquis lors du CASA 1 et l’adéquation par rapport à l’attente à Ampasipotsy dans la région Bongolava. Durant cette phase, les femmes poursuivent leur formation en vannerie et les hommes sont initiés à la menuiserie. « Notre objectif étant de doter ces personnes d’une culture d’entretien afin qu’elles puissent entretenir leurs maisons dès leur arrivée à Ampasipotsy. Ce cycle dure trois à cinq mois à la fin duquel, en CASA 2, les familles sont fin prêtes à migrer vers leur terre promise, où ils pourront appliquer tous les acquis afin de s’y adapter », conclut, le chef du centre.

Fanja Razafimahafaly, gérante
du Domaine Saint François, explique
les modalités de formation au profit
des familles au CASA.

ORGANISATION – Des familles sans ressources rassemblées

« Une famille nécessiteuse prête à s’investir dans une activité agricole à Ampasipotsy, dans la région Bongolava, a la chance d’être admise au Centre Ankohonana Sahirana Arenina » CASA, annonce Lantohery Rakotondraibe, chef du centre. L’association a pour vocation de réinsérer socialement les familles marginalisées. Des familles sans-abri et sans ressources sont rassemblées dans une enceinte clôturée qui accueille une famille complète (père, mère et enfants), sans issue, mais promise à un monde agricole dans le Moyen-Ouest. La réinsertion de ces familles est conduite par une assistante sociale appuyée par des formateurs. La mise en pratique de la formation agricole dispensée au CASA à Antanety-Ambatomirahavavy, se fait dans l’enceinte du CASA.
« Une formation en menuiserie à la veille du départ pour Ampasipotsy est donnée dans l’atelier du Domaine Saint-François. À trois mois de leur migration vers le village définitif d’implantation, tous les pères de famille, au nombre de vingt, suivent un apprentissage et confectionnent ensuite les futurs meubles pour décorer les maisons qui attendent leurs familles à Ampasipotsy », explique Fanja Razafimahafaly, gérante du Domaine Saint-François ou DSF à Ambatomirahavavy. La préparation des familles au CASA dure deux ans, durant lesquels ils passent par plusieurs étapes. Dès la phase du pré-CASA, des structures d’accueil sont mises à leur disposition. C’est la durée de la formation qui justifie cette répartition en étapes. « Une exclusion intervient en dernier ressort là où un manque flagrant de savoir-vivre, nuisible à tout le monde, est observé chez une famille », indique Ursule Raheliarimalala, assistante sociale auprès du CASA à Antanety-Ambatomirahavavy depuis maintenant dix ans.
« Des formations axées sur le droit de la famille et les successions sont également données aux parents pour qu’ils connaissent les formalités administratives. Un accompagnement est donné à chaque famille pour que chacun de ses membres puisse s’approprier des documents d’État civil, justificatifs de la citoyenneté », précise Lantohery Rakotondraibe, chef du CASA.

Une séance d’éducation religieuse se tient chaque mercredi matin.

FOI – Une éducation religieuse donnée aux futurs migrants

L’admission au Centre Ankohonana Sahirana Arenina (CASA se fait sans distinction de confession. Croyants ou non, les parents et les enfants reçus au Centre pour une formation de deux ans sont traités sur le même pied d’égalité. La discipline interne du CASA enjoint, cependant, les parents à accepter les accompagnements des pasteurs protestants ou des sœurs franciscaines. Les hommes d’Église et les religieuses rendent visite au centre le mercredi, pour orienter les parents et les enfants vers la voie de la délivrance à travers la religion chrétienne. Le centre, mis en place en 1991 et placé sous la direction des frères franciscains, ne néglige pas l’éducation religieuse. Des formations à la Chapelle du Domaine Saint-François attenant au CASA se font de façon régulière.
« Une assistance est même donnée aux enfants par les sœurs franciscaines. Lorsque les enfants n’ont pas cours le mercredi après-midi, ils se réunissent autour d’une religieuse au chalet du village CASA. Le centre Ankohonana Sahirana Arenina est un véritable petit village où des plantations existent, où des familles vivent, où une organisation définit des tâches quotidiennes de tout un chacun», décrit Paul Rabearivony, chargé de la formation en agriculture. Une jeune femme sollicitée par les Sœurs franciscaines se charge des activités ludiques pour divertir les enfants. Originaire de Morondava, Natolojanahary Mbolatiana Clara s’occupe des loisirs de soixante enfants de 6 à 11 ans. « Les enfants sont assidus et je suis engagée par les Sœurs franciscaines Missionnaires de Marie (FMM) de Fenoarivo pour les encadrer chaque mercredi après-midi », précise-t-elle.

Randrianirina Onjatiana Herman dirige l’atelier
de formation en menuiserie pour les pères de famille.

Scolarisation – La petite enfance très choyée

Soixante-dix enfants de moins de 6 ans sont pris en charge par la garderie préscolaire érigée au CASA. Ce sont des enfants issus de familles en situation précaire en phase de réinsertion sociale au centre même. Leurs mères assurent la garde alternée des enfants dans les locaux spécialement bâtis pour abriter la garderie. « Le but est d’assurer un suivi nutritionnel, un appui en alimentation et un éveil sensoriel au profit des enfants concernés », souligne Paul Rabearivony, formateur en agriculture au CASA. Les petits enfants ne peuvent pas accompagner les parents en formation, « car les enfants placés à la garderie ne sont pas encore scolarisables. Ici au Centre, une attention particulière est accordée aux enfants de moins de 6 ans. La prise en charge particulière consiste à opérer un suivi de la croissance de l’enfant dès son très jeune âge et à faciliter son éveil », indique Lantohery Rakotondraibe, chef de centre.
Dans la grande salle de la garderie se trouve des peintures et dessins réalisés par les enfants eux-mêmes. Trois berceaux accueillent également les nourrissons. La crèche-garderie est opérationnelle depuis huit ans. Les parents placent leurs enfants à la garderie dans la matinée de 8 heures à 11 heures, puis de 14 heures à 16 heures. « Les grandes personnes sont encouragées à savoir éduquer les enfants des autres. À travers un tour de garde dévolu aux mères, nous leur apprenons à prendre soin des autres enfants », insiste Paul Rabearivony. Le suivi de la santé infantile est effectif grâce à la visite, chaque mercredi matin ,d’une femme médecin. La crèche-garderie se situe en dehors du village clôturé où résident les familles formées. « Auparavant, une structure classique de pensionnat existait dans l’enceinte du CASA. À l’époque, on se contentait de servir des repas aux enfants à des créneaux horaires préétablis. L’évolution a permis de construire ce bâtiment qui sert de garderie préscolaire », retrace le formateur en agriculture.

Jean Louis et Christine et leur bébé de cinq mois, forment une famille complète.

Vie du centre – Des bénéficiaires du CASA témoignent

Jean Louis, 45 ans, et Christine sa femme, 33 ans, ont intégré avec leurs neuf enfants le centre. Ils sont en phase CASA 1 depuis trois mois. Comme beaucoup de familles, ils ont fui leur vie et leur situation précaire et ont appris l’existence du Centre. « Nous avons entendu que le centre reçoit des familles dans la même situation que nous, nous venons d’Ambositra et comme nous sommes nombreux, je n’arrive même pas à subvenir aux besoins de ma famille. Ainsi, j’avais décidé d’amener ma famille au centre où nous avons été les bienvenues et nous nous sommes adaptés facilement. » Dans le centre, les adultes sont initiés à beaucoup d’activité telle que l’agriculture, la fabrication de brique, la menuiserie, la vannerie pour les aider à être résilients dès leur arrivée à Ampasipotsy Bongolava. « Même si nous sommes nouveaux ici, nous nous adaptons bien à l’environnement et à la manière de vivre en communauté, grâce à ces formations ma famille et moi aurons la chance d’avoir une vie meilleure par rapport à celle que nous avons avant. Les enfants eux sont scolarisés dans les écoles environnant le centre. J’ai neuf enfants, l’ainée a 18 ans et la plus jeune cinq mois. Ce centre m’a permis d’avoir un toit au-dessus de ma tête et de scolariser mes enfants. Lorsque nous tombons malades, nous pourrons gratuitement bénéficier des centres de santé, lorsque nous le pouvons, nous nous efforçons de verser une somme de deux mille cinq cents ariary à Antoka ho an’ny Fahasalaman’ny Fianakaviana, Afafi, une mutuelle de santé », témoigne le père de famille.

Lantohery Rakotondraibe dirige
le Centre Ankohonana Sahirana Arenina depuis sa création en 1991.

Lantohery RAKOTONDRAIBE, chef du Centre – « Ma considération de l’existence s’est mue en une adaptation à la vulnérabilité »

Lantohery Rakotondraibe assure la gestion du Centre Ankohonana Sahirana Arenina à Antanety-Ambatomirahavavy depuis 1991. Juriste et géographe de formation, il souhaitait faire une carrière militaire. Son arrivée dans le domaine de la réinsertion sociale a profondément modifié sa perception des choses.

. Qu’est-ce qui a motivé votre engagement dans la réinsertion sociale ?
Je n’ai jamais envisagé une carrière dans le domaine social de proximité. Je n’ai pas une personnalité adéquate à l’environnement que demande la prise en charge de gens. Dans ma recherche d’un emploi, j’ai atterri dans le milieu professionnel où je me trouve actuellement. Malgré le paradoxe entre mon tempérament et le travail dont je suis chargé, l’univers de la réinsertion sociale m’a beaucoup façonné. Ma considération de l’existence s’est mue en une adaptation à la vulnérabilité. C’est dans mon métier actuel que j’ai commencé à apprendre à prendre soin des gens et à éprouver pour eux une très grande humanité. La pauvreté peut paraître mal, mais en vivant avec des personnes en passe de se transformer, on constate de visu que ce sont des êtres humains comme nous-mêmes.

. Comment conciliez-vous votre vie de famille et votre engagement social ?
Les Frères franciscains qui dirigent le centre Ankohonana Sahirana Arenina ou CASA, ont cette dévotion de se mettre au milieu et au service des plus vulnérables. On m’a sollicité pour m’installer au Centre avec ma propre famille. Mais je préfère faire nettement la part des choses entre ma vie personnelle et ma vie professionnelle. On me propose de côtoyer de plus près les familles prises en charge ici au CASA pour que je sois imprégné de leur quotidien. Je ne veux cependant pas réduire mon autorité au cas où un incident ou un comportement de ma part créerait un trouble dans ma famille. Le côté familial ne doit, en aucun cas, influer sur le domaine professionnel. Étant humain, je ne tiens pas à ce que mes éventuelles erreurs dans la gestion de ma vie de famille soient interprétées de manière à nuire à l’accomplissement normal de mon travail. Chaque jour, je dois agir à ce que mon autorité ait une assise permanente de mon autorité car gérer des personnes n’est pas chose aisée.

. Comment faites-vous face aux conflits qui peuvent survenir entre les familles prises en charge ?
La gestion de conflit requiert de prime abord une écoute active. Il faut prêter oreille aux parties en cause. Ensuite la décision consiste à sauvegarder le vivre ensemble. En cas d’atteinte manifeste à l’harmonie sociale au sein du centre, une exclusion définitive est la dernière option. Des mésententes peuvent certes surgir, mais il est répété que le but de la mise en commun des familles, dès ici au centre d’Antanety, est de prévoir une vie en communauté une fois à Ampasipotsy. La migration organisée vers Ampasipotsy dans le Bongolava est la finalité de la préparation des familles ici à Antanety. La réinsertion sociale progressive consiste à maintenir la solidarité des familles rassemblées autant que faire se peut. Gérer des personnes difficiles figure parmi les enjeux, mais les différentes personnes finissent par s’accommoder au mode de vie communautaire au fur et à mesure qu’ils sont motivés. Encore une fois, c’est le point focal du métier, la tolérance et la compréhension. Si j’ai toujours aspiré à devenir militaire, il est fort probable que j’aie déjà pu commettre un meurtre ou, au contraire, subi une agression mortelle. Je suis autoritaire de nature, la réinsertion sociale m’a modelé en profondeur.

Textes et photos : Tsiory Fenosoa Ranjanirina
et Diamondra Randriatsoa

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