Editorial

L’union massacrée

Le pire reste à venir. A en juger les violences entre les partisans de deux présumés grands candidats durant cette campagne électorale, il y a lieu de s’inquiéter sérieusement. Les lendemains de l’élection risquent d’être sulfureux. C’est d’autant plus justifié qu’il n’y a pas longtemps les partis des deux candidats filaient le grand amour sur le parvis de l’hôtel de ville. Des bras dessus bras dessous quotidiens difficiles à assimiler à un flirt encore moins à une amourette. Il n’a fallu que quelques mois pour que l’appât du pouvoir brise le rêve et fait revenir à la réalité. Les inimitiés des années 2009 ont ressurgi au triple galop. Les bagarres de rues rappellent la bataille au quotidien entre les partisans du président déchu et ceux de son bourreau. Le pays a vécu au rythme des attentas à la bombe artisanale, des affres des bombes lacrymogènes, des arrestations arbitraires, des perquisitions sans mandat, des tirs à balles réelles, des rackets organisés…Et c’est là que les craintes se justifient. Le même scénario à toutes les chances de se reproduire en cas de défaite de l’un ou l’autre candidat. Comme l’un et l’autre se voient vainqueur au premier tour, un échec serait difficilement acceptable. Les investissements engloutis dans la campagne électorale sont tels qu’une défaite équivaudrait à des pertes exceptionnelles. Les fonds de campagne sont faits pour être remboursés une fois arrivé au pouvoir. Une élection c’est un placement très rentable avec un taux d’intérêt a 100000%.

Quand on consacre un budget d’une centaine de millions de dollars pour la campagne et l’élection, on peut difficilement imaginer la défaite. Tout a été pensé. De la façon de mener la campagne aux résultats officiels en passant par le contrôle des dépouillements, la confection des procès verbaux et leur envoi à la Ceni, la délibération et la publication des résultats. A chaque étape, le candidat aura tout fait pour orienter les résultats en sa faveur quitte à employer tous le moyens financiers et matériels possibles. Il est bien évident que la déception sera énorme si les résultats ne sont pas ceux que laisse entrevoir un déploiement de moyens exceptionnel. La frustration d’avoir perdu et l’argent et l’’élection et le pouvoir, peut provoquer la violence.
L’approche de l’échéance électorale augmente les risques d’affrontement. C’est d’autant plus vrai que quoiqu’on dise, les préparations de cette élection sont loin d’être parfaites et que les candidats récalcitrants n’ont pas tout à fait tort. Mais le sort en est jeté définitivement semble-t-il. Les électeurs doivent choisir le moins mauvais des candidats après avoir été gavés de démagogie, de promesses faramineuses, d’infantilisation pendant un mois faute de vrais débats sur des thèmes clairs dans une campagne riche en gadgets et concerts mais pauvres en discours responsables et patriotes. Il est bien évident que face à 80 % d’électeurs souffrant d’illettrisme, le vainqueur sera celui qui aura su tenir le langage de l’ignorance et du cynisme en consacrant des moyens énormes qui auraient pu solutionner tous leurs problèmes à la place des promesses d’émergence qu’on leur fait miroiter. Il est vrai que quand on aime, on ne compte pas. Sauf les bulletins uniques.

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