Notes du passé

Des maisons de passe aux hôtels

«Les adolescentes et les jeunes garçons semblent exercer leurs activités de manières différentes dans certains aspects. » D’après une étude financée par le Bureau international du travail et réalisée par Focus Development Association en 2001 à Antsiranana, Antananarivo et Toliara (lire précédentes Notes), les enfants victimes de l’exploitation sexuelle à visée commerciale (ESEC) ne travaillent pas en réseau, mais semblent plutôt travailler directement pour « leur propre compte » et disposent librement de leurs gains.
D’une manière générale, l’adolescente racole ses clients au bord des rues ou les drague dans les boîtes de nuit. Le choix du lieu de travail dépend de l’influence des professionnelles qui l’y ont initiée. Les boîtes de nuit bien que légalement interdites aux mineurs, l’admettent « trompées par son apparence physique ».
Elle conduit elle-même son client dans des chambres de passe qu’elle connaît et qui se situent pas trop loin de son « lieu de travail» car elle s’y sent plus en sécurité. En général, ces pièces se caractérisent par leur exiguïté, leur quasi dénuement, une mauvaise aération et une location très basse (500 à 1 500 ariary en 2001). Sinon, des coins de cour d’entrepôts ou de garages voire d’écoles, aménagés par les gardiens des lieux, sont fréquemment utilisés.
En revanche, le client «plus riche», étranger ou malgache, résident ou de passage, levé dans les boîtes ou dans les environs, la conduit dans des chambres d’hôtel, en général. Mais il peut aussi la recevoir dans son appartement ou dans sa… voiture. Et si à Toliara, clients riches et moins aisés sont en nombre égal, dans la capitale ces derniers sont plus nombreux.
Ces jeunes filles et garçons travaillent d’une à dix heures par jour, avec une moyenne de six à sept heures. Ce sont les plus jeunes et les scolarisés qui travaillent le moins (trois heures au maximum). Leurs « jours ouvrables » varient aussi. Ainsi ceux qui sont dans le métier à l’insu de leurs familles et les « débutants » travaillent un à trois jours par semaine.
Outre leurs conditions précaires de logement (exiguïté et promiscuité), ils ne dorment que quatre à six heures par nuit, une minorité ne bénéficiant même que de moins de quatre heures de sommeil. « Par rapport aux normes, c’est à la limite de l’acceptable. »
La plupart de ces jeunes victimes de l’ESEC disposent elles-mêmes de leurs gains. À Antananarivo, 75% des filles et 100% des garçons interviewés gagneraient moins de 1 000 ariary par semaine. En revanche, à Antsiranana, en général les adolescentes obtiendraient entre 10 000 et 30 000 ariary et les garçons entre 10 000 et 20 000 ariary. À Toliara, la moitié des filles gagneraient plus de 30 000 ariary et la totalité des garçons entre 20 000 et 40 000 ariary.
Malgré cette différence, la majorité estime qu’ils gagnent plus qu’en exerçant un autre métier.
« En faisant du petit commerce, je gagne 200 ariary par jour… alors que je peux en avoir davantage en une nuit», argumente une jeune fille d’Anta­nanarivo). « En tant qu’aide-menuisier, je gagne 20 000 ariary par mois. C’est nettement inférieur à ce que j’obtiens en sortant avec des clients », souligne un garçon d’Antsiranana.
Les adolescentes appliquent une tarification semblable dans les trois sites d’enquête. Bien que le marchandage soit une règle générale, le prix varie suivant le lieu de travail, « plus élevé dans les boîtes », avec un minimum de 5 000 jusqu’à 30 000 ariary et très bas dans la rue, entre 500 à 1 000 ariary.
Pour le jeune garçon, la situation diffère selon les sites. À Antsiranana, des personnes qu’il connaît bien, transmettrait «ses offres de service » ou la demande des clients. Ce qui a l’avantage de préserver la discrétion autour de son activité. Ses clients sont composés autant d’étrangers que de nationaux, de « jeunes adultes » que d’adultes. En général, il les retrouve dans des appartements ou des chambres d’hôtel, rarement dans les lieux publics.
À Antananarivo, la plupart racolent dans la rue de quartiers connus pour ce genre d’activités nocturnes ou dans la périphérie immédiate de la ville. Les clients nationaux de l’adolescent sont les plus nombreux. Généralement, ses gains sont complétés par des cadeaux (vêtements surtout).
À Toliara, les garçons se font recruter dans les boîtes où les clients étrangers sont plus nombreux.

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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