Editorial Opinions

Télérorrisme

Scène irréaliste samedi au siège de la TVM à Anosy. Des députés de l’opposition sont venus sur le plateau prendre pratiquement en otage le Dg de l’Ortm,  le directeur de la Tvm et le directeur de la Rnm. Les trois confrères ont passé un très mauvais quart d’heure face à ces députés venus carrément dicter leur loi. Ils étaient venus imposer ce qu’ils voulaient que la TVM passe exigeant des reportages quotidiens et en direct des meetings du parvis de l’Hôtel de ville, des éditions spéciales et des émissions en multiplex avec les chaînes acquises au mouvement des soixante treize députés. Le tout sur fond de menace à peine voilée genre, si vous refusez, on s’en lave les mains , la foule qui est derrière nous va vous lyncher. Ils étaient même prêts à emmener le Dg de l’Ortm pour un interrogatoire sur la place du 13 mai.
C’est tout simplement inadmissible que des députés se présentant comme une institution s’en prennent à des journalistes de cette manière. Certes, la TVM est loin d’avoir fait son boulot de manière professionnelle mais, excepté le régime de feu Albert Zafy, seule période où l’opposition avait accès aux chaînes publiques, elle a toujours servi la voix de son maître. Les partisans de TGV avaient mis le feu sur le siège de la TVM en 2009 et ont fait pression sur le personnel pour interdire toute information concernant le TIM et les meetings du Magro. Johary Ravoajanahary était déjà le Dg de l’Ortm à l’époque. Le TIM de Ravalomanana avait fait pareil contre l’opposition de 2002 à 2009 en verrouillant la TVM alors qu’il avait promis le contraire pendant la crise sur la place du 13 mai. Pour avoir osé respecter la hiérarchie de l’information au détriment des activités du TIM , plusieurs journalistes avaient été privés d’antenne ou licenciés.
Du temps de Ratsiraka, la TVM ne faisait que passer ses discours grandioses pendant des mois.
Voilà donc ces députés venus donner des leçons de liberté à des personnes qui vivent sous la brimade des politiciens de la même veine depuis des années. C’est d’autant plus révoltant qu’ils n’assument même pas leur rôle. S’ils veulent que la TVM s’ouvre à tous les courants d’idées, ils n’ont qu’à faire une proposition de loi dans ce sens et de l’adopter maintenant qu’ils ont la majorité à l’Assemblee nationale. Ils n’étaient même pas capables de bloquer, au moins d’amender le code de la communication adopté par dix-huit députés. Aucun parmi ces députés n’était prêt à aider les journalistes pour débouter ce code de la communication. On ne peut pas admettre ce genre de comportement qui ressemble à un véritable coup d’État. Ils auraient pu annoncer sur le plateau que le pouvoir a changé de main, que le gouvernement a été dissous, que toutes les institutions ont été suspendues, que tous les aéroports ont été fermés, qu’un nouveau Président a été nommé… C’aurait été plus simple et efficace. Il faut être des députés pour ne pas y avoir pensé. C’est peut être pour prouver qu’ils ne sont pas des putschistes.
En tout cas c’était du jamais vu dans les annales. Il ne manquera pas de faire réagir les instances internationales de protection des droits d’expression et de la liberté de la presse même si cette fois le coupable n’est pas l’État.
Les journalistes peuvent bien s’attendre à quelle sauce ils seront mangés si jamais…Cela commence bien.

Par Sylvain Ranjalahy

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