Chronique de Vanf

2023, c’est déjà demain

On se chamaille sur les listes électorales pendant qu’un RGPH-3 est tardivement en cours, en cette année 2018. Le dernier recensement général de la population avait été organisé en 1993, tandis que le premier remonte déjà à 1975. À la simple et basique question, «Combien de Malgaches ?», il reste donc impossible de répondre. Au moins, cette chamaillerie ne laissera plus le moindre doute sur l’imperfection structurelle de toutes, mais absolument toutes, les listes électorales malgaches depuis soixante ans. À la question élémentaire, «Combien d’électeurs ?», il est donc tout aussi impossible de répondre.
Dans une vieille Chronique du 30 décembre 2013 (Le «Fihavanana» : appel ou cassation ?), je mettais déjà en exergue trois préalables pour qu’une «sortie de crise» n’en engendre pas aussitôt une nouvelle :
1. Combien sommes-nous de Malgaches, et combien sommes-nous en âge de voter ?Savoir en temps réel le nombre des inscrits, pour que le chiffre ne fluctue pas constamment, introduisant un facteur supplémentaire de méfiance : ce qui suppose la réalisation d’un recensement régulier de la population et la tenue d’un fichier constamment actualisé.
2. Établir une bonne fois pour toutes le nombre des bureaux de vote, pour qu’il ne soit plus question de créations supplémentaires dans la hâte du dernier moment : quel que soit le nom technique qu’on donne à ce genre de démarche, elles sont source de suspicions dont le contexte général de défiance ferait avantageusement l’économie.
3. Combien sommes-nous exactement d’inscrits sur les listes électorales, combien ont voté, et pour quelle option ou personne ? Rendre électroniques la carte nationale d’identité et la liste électorale, pour que plus personne ne puisse voter deux fois, que les électeurs fantômes soient définitivement rayés, et que le vote lui-même soit électronique.
Connaître en temps réel les résultats de l’élection dès la fermeture des bureaux de vote supprimera le grand mal des décomptes à J+10, J+14, qui autorise toutes les interprétations, ouvre la voix aux manipulations de l’opinion publique et exacerbe la radicalisation des malentendus. L’opinion ne soupçonnera plus que la lenteur délibérée dans la publication de certains résultats vise à entretenir dans les mentalités un certain verdict voulu d’avance. Le vote électronique présente également cette immense vertu d’être immédiatement acheminé à l’administration centrale sans qu’on ait à supposer, et déjà craindre, par quels moyens improbables les urnes voyagent dans un pays aussi grand que la France et le Bénélux réunis, mais dont on compte les routes nationales praticables en permanence sur les doigts d’une seule main, dont les voies ferroviaires ne font même pas mille kilomètres, dont le réseau aérien intérieur a été abandonné parce que «lignes sociales déficitaires», dont le transport maritime et fluvial demeure une vue de l’esprit.
Dama m’est éminemment sympathique. Avec le groupe Mahaleo, monument de la musique malgache depuis 1972. Je comprends son coup de gueule quand il reproche aux gouvernants successifs de ne jamais prêter attention aux cris des lanceurs d’alerte avant l’heure que furent les artistes des années soixante-dix : «Nisy nihaino ? » avait-il crié, ce 17 octobre 2018, à la figure de deux anciens Présidents de la République et d’une brochette d’anciens Premiers Ministres.
La candidature de Dama s’inscrit donc dans une démarche de «haut-parleurs» : quand son statut de candidat oblige à l’écouter enfin. Toute autre fut la posture adoptée par Edgard Razafindravahy qui, dans son livre «Fanorenana ifotony : Federalisma sahaza, nahoana, ahoana», déclarait dès mars 2017, page 76, renoncer à une élection présidentielle organisée sans que les choix fondamentaux aient été au préalable discutés.
«Nisy nihaino ?» : quelqu’un a-t-il jamais écouté ! Ni Didier Ratsiraka, ni Marc Ravalomanana, ni Andry Rajoelina, ni Hery Rajaonarimampianina n’ont écouté quand il leur était encore temps. D’une «Transition», il ne sera sans doute pas question, mais le prochain mandat sera nécessairement «de transition» : affronter les questions qu’on élude sans cesse depuis 1958 et préparer déjà les élections électroniques de 2023.

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