Opinions Texto de Ravel

Dans les larmes d’une mère

Il y a comme un monde parallèle dans ce pays où nous vivons. Pendant que le tamtam des élections, ses irrégularités avant l’heure et ses candidats battent le plein, des réalités semblent être loin de tout cela. C’est la période des inscriptions et réinscriptions dans les écoles. Chaque année depuis un bout de temps, je me rends compte que je me retrouve à écrire presque les mêmes choses pour clamer les mêmes blessures.
Dans les larmes de cette mère, j’ai retrouvé celles de millions de ventres qui ne savent plus où donner de la tête par rapport à cet enfant tant chéri mais qui est aussi un « problème ». Elle tenait ses deux mains si fermement pour ne pas trop faire voir qu’elle était affolée en me racontant son histoire. Mais ses larmes, elle ne pouvait les retenir. Que faire après avoir presque tout essayé : les écoles n’en veulent pas, les enfants sont méchants et les enseignants ne savent pas quoi en faire. Une année à tenter la scolarisation à la maison, tant de somme investi dans des enseignants particuliers mais l’enfant « n’avance pas ». Alors, pour l’année scolaire qui vient : à qui parler, doit-on continuer malgré tout ? Tellement de questions qui restent sans réponse.
J’imagine les nuits blanches que ces mères endurent en ce moment. Ces ventres qui ont donné naissance à des enfants extraordinaires qui n’entrent pas dans le système scolaire, sociale que nous leur imposons. « Il est en retard, il n’apprend pas aussi vite que les autres enfants, on a déjà vu tel et tel médecin qui a donné de la…Dépakine ». Encore et encore, cette prescription que je n’arriverais jamais à comprendre. Dans le « cas » (comme ils aiment bien définir nos enfants) qui était devant moi, il n’en avait visiblement et nullement besoin. Que ces psys qui me détraquent pour ces affirmations braillent encore plus, nos enfants ne sont point des cobayes qu’on farcit de médicaments inadaptés à leurs situations. Que ceux qui ont en vraiment besoin après de vrais et bons diagnostics, qu’ils en prennent. Nul n’est assez fou pour mettre tous les « cas » dans le même sac.
Il y a dans ce pays des femmes courageuses qui ont accepté de mettre en parenthèse leur vie pour s’occuper de leur famille et surtout de leur enfant extraordinaire qui sont injustement qualifié de « à problème ». Derrière cette petite phrase introductive que cette maman a lancé « mon enfant a un problème » se résume en réalité tout un rouage de culpabilisation de la mère, de l’enfant par une société culpabilisatrice et qui ne tolère pas la différence. Et pourtant, le changement ne peut venir que de ce qui est extraordinaire. Comme le disait un célèbre homme qui était loin d’être ordinaire de par son autisme de haut niveau et de son QI exceptionnel : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent » Albert Einstein. Si on était tous pareils, il n’y aurait jamais eu d’avancée dans ce monde.
« Ainsi sont faites les mères, elles souffrent de la souffrance de leurs enfants » Roch Carrier. Comme j’en ai marre d’écrire à chaque rentrée scolaire cette citation. Car en vérité : ainsi sont faites les mères, elles souffrent de la souffrance qu’impose notre société à leurs enfants. Elles souffrent des regards déplacés, des mots tueurs, des préjugés et des comparaisons débiles. Un éléphant ne peut grimper aux arbres mais la fourmi peut. Par contre, une fourmi ne pourra porter une charge aussi lourde qu’un éléphant. Un poisson en peut pas courir aussi vite qu’un jaguar, mais mettez ce dernier dans l’eau, on verra s’il pourra toujours se vanter d’être aussi rapide.
Ainsi est fait le monde : différent. Il en est de même pour nos enfants. Dans les larmes de cette mère, j’ai vu le monde s’écrouler et renaître. Bon courage à tous les parents et familles d’enfants extraordinaires. N’oublions jamais que nos enfants « hors des normes » nous ont choisis pour être leurs parents car ils savaient avant même la naissance que nous réussirons à les rendre heureux et être heureux de les avoir.

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