Notes du passé

Les aînés suppléent les parents démissionnaires

Certains enfants sont intégrés dans les troupes folkloriques en 1950.

L’enfant qui abandonne l’école ou qui n’a jamais été scolarisé risque le plus de tomber dans la prostitution, la pire forme de travail qu’il peut trouver. Dans l’étude menée en 2001 à Antananarivo, Antsiranana et Toliara par Focus Development Association pour le Bureau international du travail, parents et enfants concernés essaient
d’expliquer cette non scolarisation ou cet abandon en cours d’études.
Cela vient d’abord de l’enfant lui-même, confronté à un problème physique ou mental qui entraîne à une certaine paresse. « Je ne voulais plus y aller », avoue une fille d’Antsiranana. À moins que l’enfant n’ait trouvé un autre centre d’intérêt, le sexe, l’alcool, la toxicomanie, entre autres. « Mon fils n’en faisait qu’à sa tête. Il était entraîné par ses amis et je ne pouvais rien faire », déplore un parent qui abdique, de Toliara. Il y a aussi la grossesse qui oblige l’adolescente à abandonner l’école.
Cela vient ensuite de l’école où la maltraitance, la sanction, la discipline, l’indifférence de l’enseignant sont souvent mises en exergue. « Il pensait que c’était toujours moi le fautif, alors il me frappait », se plaint un garçon d’Antsiranana. « Je faisais des bêtises et j’étais réprimandé, alors je ne voulais plus y retourner », admet un autre de Toliara. À cela s’ajoutent l’ironie des camarades devant un garçon efféminé et les échecs scolaires souvent répétitifs qui dissuadent à revenir à l’école.
Il y a enfin les problèmes familiaux. L’enfant victime de l’exploitation sexuelle à visée commerciale (ESEC) cite souvent la diminution sinon l’anéantissement « des moyens financiers » familiaux qui l’oblige à arrêter ses études et à entrer dans le monde du travail.
« On ne pouvait pas payer régulièrement les frais de scolarité », indique un garçon d’Antsiranana. « Ma grand-mère n’avait pas d’argent, alors elle m’a demandé d’arrêter mes études», indique une fille d’Antananarivo.
Cette baisse du revenu familial se complique par la prise en charge des cadets. Dans certains cas, l’aîné(e) doit abandonner l’école pour que son ou ses cadets en bénéficient. « Ma mère était partie, il n’y avait personne pour s’occuper de mes petits frères et sœurs. Et puis l’argent manquait à la maison », précise une adolescente de Toliara.
Toujours d’après l’étude, au moment de l’abandon scolaire, les enfants ont fait en moyenne cinq ou six années d’études. Les interviewés qui vont encore à l’école, sont en général en fin de cycle primaire (T5 ou classe de 7e) ou en cours du cycle complémentaire (moins de T9 ou classe de 3e).
En tout cas, les déflatés affirment qu’ils savent lire et écrire en malgache.
En ce qui concerne le français, certains se déclarent capables de tenir une conversation dans cette langue, tout au moins de comprendre sans pour autant dialoguer longtemps.
Quant aux autres aptitudes, les activités techniques et artisanales figurent au premier rang: mécanique-auto, menuiserie, broderie, coupe et couture, construction, etc.
« La pire forme de travail qu’est l’ESEC constituerait pour 72 enfants interviewés (64,3%) une activité exclusive, tandis que pour 24 (21,4%), elle serait une activité complémentaire à un autre métier qui est généralement peu rémunérateur: aide-menuisier, ramasseur d’ordures pour les garçons; marchande ambulante, aide de maison, lavandière, brodeuse ou tresseuse pour les filles.»

Texte : Pela Ravalitera – Photo : Archives personnelles

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