Chronique de Vanf

Ce Rova-là, est particulier.

Site funéraire royal», «ensemble de lieux sacrés», «fort sentiment d’identité nationale», «atmosphère de spiritualité», «lieu de culte et de pèlerinage» : ce qui a été dit par l’UNESCO, pour classer la colline d’Ambohimanga sur la liste de son patrimoine, peut être étendu au Rova d’Antananarivo.
Avec un peu plus de délicatesse dans la gestion de son urbanisme, c’est toute la colline d’Antananarivo qui aurait pu y avoir droit : l’histoire est présente à chaque détour depuis la vieille porte d’Ambavahadimitafo, en remontant vers le palais d’Andafiavaratra, non sans passer à côté du tribunal d’Ambatondrafandrana ; Andohalo, Antsahatsiroa, Amparihindrasahala sont là pour rappeler l’intimité organique entre un point d’eau et un site princier, d’autant plus surprenant que le site en question est collinaire ; depuis Ambatovinaky jusqu’à Ambohipotsy, le visiteur passe en revue tout le XIXème siècle du christianisme malgache : luthérianisme, catholicisme, anglicanisme, calvinisme. Sans oublier les sites de cultes plus anciens.
La colline d’Antananarivo, «capitale montagnarde en pays tropical» (Charles Robequain), offre une «vue imprenable» sur les carreaux des rizières dans le Betsimitatatra. Et quel malin plaisir que de chercher à deviner les «douze collines» (qui ne sont pas que douze) depuis la cour du Rova, par temps clair, quand le regard embrasse le lointain et tout le pourtour. Aussi, qui ne rêve pas de posséder, sur la «Haute Ville», un jour sa «trano gasy» de vraie facture XIXème siècle (ce qui explique que des gens, malheureusement, s’accrochent entre Ampamarinana et Mahamasina).
Le 6 novembre 2005, notre association «Andohalo», initiatrice de la démarche «contre l’oubli», décida de suspendre son sit-in annuel sur la place éponyme. Le 25 octobre 2005, en effet, le président de la République d’alors, Marc Ravalomanana, avec l’association «Fanarenana ny Rova», lançait les travaux de reconstruction du palais de Manjakamiadana dont la silhouette de pierres coiffait familièrement la colline d’Antananarivo depuis 1875. C’était cette volonté politique qu’on attendait depuis dix ans !
Aujourd’hui, par son discours de ce 27 janvier 2019, c’est bien une autre volonté politique que manifeste le nouveau président de la République Andry Rajoelina en voulant parachever le chantier du Rova d’Antananarivo. Il nous aura fallu attendre près de quinze ans supplémentaires encore !
Le Rova, tel qu’il nous a été croqué sur les dessins de Woulkoff ou les nombreuses photos aériennes d’avant le 6 novembre 1995, comportait ses indispensables tombes royales (points communs à tous les Rova), son emblématique Manjakamiadana, les cases royales Besakana et Mahitsielafanjaka, les palais du Tranovola et de Manampisoa, et le temple. D’autres palais avaient préexisté : la dernière souveraine résidait, par exemple, à Kelisoa ou Tsarahafatra. Un autre, «Masoandro», qui devait marquer le règne de la même Ranavalona III (exilée en 1897), est resté au stade des fondations. Nécropole, siège religieux, centre politique d’un État reconnu depuis le 23 octobre 1817 : c’est tout cela ce Rova. Il faudra inévitablement faire des choix. Les desiderata seront innombrables. Et contradictoires. La polémique omniprésente. Mais, à transcender.
Même si l’opinion publique confond le Rova d’Antananarivo avec son principal palais de Manjakamiadana, elle ne s’y trompe par contre pas en réagissant beaucoup, sauf par l’indifférence. Le Rova ? Une charge émotionnelle, un symbole fort, inévitablement des enjeux de pouvoirs.

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