L'Express de Madagascar

Appelez-le par son nom !

Son équipe de campagne a décidé de mettre en avant son prénom, Hery, plutôt que son nom de famille, Rajaonarimampianina. Trop long ? Mais, trop long pour qui ? Pour les followers internationaux d’une élection malgache ?
À son élection, voilà presque cinq ans, l’actuel président de la République avait attiré l’attention des médias internationaux par la longueur (inhabituelle à des oreilles non malgaches) de son patronyme : «The new president of Madagascar, Hery Rajaonarimampianina, has made it into the record books as the head of state with the longest family name» (The Guardian, 03 janvier 2014).
À part le «moramora», qui tourne en dérision notre approche (supposée) approximative de toute choses, le «Gasy bashing» s’interroge régulièrement : «pourquoi les noms malgaches sont-ils si longs ?».

Si la langue française a son «anticonstitutionnellement», le «rakibolana» malgache des noms propres compte Andriam­ba­hoakafovoanitany, Andriamarimampihovohovo, Andrianjaka­mifonamanjaka, Andriantomponimarovatana, Andriamaheritsialaintany… Mais, des oreilles étrangères préféreront toujours prononcer le nom du fils Radama à celui de son père Andrianampoinimerina, et retenir le conte d’Imahaka plutôt que la légende d’Iboniamasiboniamanoro.

Les Malgaches contemporains, qui font le plus parler d’eux, seraient actuellement les sportifs évoluant à l’étranger ou sur la scène internationale. Nos champions du monde de pétanque forment le quatuor Nanah-Rado-Taratra-Hery… Un autre bouliste, le jeune Jean-Daniel Rakotondrainibe de 17 ans, champion du monde en catégorie jeunes depuis novembre 2017, a gagné le dimunitif de Zigla… Parlant du footballeur Lalaina Henintsoa Nomenjanahary, un journal français a simplement décrété «appelez-le Lalaina»… Un autre footballeur, Albert Rafetraniaina Tokinirina, est «celui que tout le monde appelle Albert» (Le Parisien, 28 janvier 2016)… Un autre footballeur encore, Andrianantenaina, qu’on avait pu voir jouer en Ligue des Champions avec son club bulgare de Ludogorets, apparaît sur la feuille de match en Anicet Abel… Pas plus tard que le 29 juillet 2018, un autre footballeur enfin, Marco Ilaimaharitra, évoluant au club de Charleroi, en Belgique, a émis cette modeste requête : «Je sais que cela tient à coeur à mon père, qui est très fier de ce que je suis devenu aujourd’hui. Si je peux donc demander quelque chose aux supporters, c’est de m’appeler par mon nom, même si je sais que c’est n’est pas évident».

«Pas évident», «imprononçable»… Mais, en quoi nos consonnes successives «ndr» (comme dans Andriantsimitoviaminandriandehibe) seraient plus compliquées que les trois consonnes successives, «brz» et «nks», de Zbigniew Brzezinksi ? Il est vrai qu’un obscur prince de nos siècles de tradition orale n’a pas la notoriété planétaire de cet Américain d’origine polonaise, ancien conseiller diplomatique du Président américain Jimmy Carter, et auteur de nombreux best-sellers de référence. Les médias internationaux, et partant une certaine opinion publique, avaient donc eu le temps (sinon l’obligation) de s’habituer à son nom «imprononçable»…

«Mahaleo» est le groupe musical malgache le plus célèbre. Ses membres ont eu la «bonne idée» de simplifier la vie à tout le monde en se choisissant des noms de scène passe-partout : Raoul, Nônô, Fafa, Dama, Dadah, Bekoto, Charles. Il est vrai que personne, ou presque, ne saurait spontanément dire que Dama, candidat à la présidence de la République, s’appelle de son vrai nom Rasolofondraosolo Zafimahaleo…
En Indonésie, le Président de la République Joko Widodo se fait appeler «tout simplement» Jokowi. Son prédécesseur Susilo Bambang Yudhoyono affectionnait d’être siglé «SBY». Quant à Adburrahman Wahid, un autre de ses prédécesseurs, on l’avait surnommé «Gus Dur». Le diminutif «Ahok» désignait l’homme politique Basuki Tjahaja Purnama, d’origine chinoise et de religion chrétienne, élu cependant Gouverneur de Jakarta, dans le premier pays musulman du monde, mais de tradition ouverte et tolérante avant qu’un nouveau courant intégriste ne le fasse condamner à deux ans de prison, en mai 2017, pour «blasphème contre le Coran».

Alors, oui, il y eut d’illustres, de très illustres personnages, qui sont passés à la postérité avec leurs seules initiales : JC (Jésus-Christ), FDR (Franklin Delanoe Roosvelt), JFK (John Fitzgerald Kennedy). Il y en eut d’autres qui peuplent nos manuels d’histoire de leur surnom «Lénine» (Vladimir Illitch Oulianov), «Staline» (Iossif Vissarionovitch Djougachvili), «Trotski» (Lev Davidovitch Bronstein).
Un proverbe malgache dit que si un nom est maltraité, c’est qu’un sobriquet d’enfance l’a supplanté. Bizarrement, on voit tous les diminutifs possibles et imaginables à la place d’un prénom que les parents auront pris la peine de créer sur mesures. Et quoi de plus irritant que d’entendre un «Monsieur Koto» ou une «Madame Soa» suivi d’un prénom, généralement court, alors que la politesse voudrait qu’on accorde le «Monsieur» ou la «Madame» avec le respect du nom de famille !

Aussi, pour complaire aux signes limités des réseaux sociaux, ou pour ne pas compliquer la vie à nos amis étrangers, faut-il que nous fassions comme les Brésiliens : Edson Arantes Do Nascimento, dit Pelé ; Arthur Antunes Coimbra, dit Zico ; Manoel Francisco dos Santos, alias Garrincha ! Et, comme dans la sélection brésilienne de football, se contenter des «onomatopées» : Didi, Pepe, Kaka…?