Editorial

Farf…élu

À quelques jours de l’ouverture du dépôt de candidature pour l’élection présidentielle, les annonces de prétendants à la magistrature suprême se multiplient. À l’allure où vont les choses, le record de nombre de candidats sera probablement battu. Un engouement qui montre un certain degré de patriotisme teinté de ras-le-bol. Tout le monde veut être président de sa propre personne tout en rêvant de gérer les richesses du pays pillées par les politiciens et dirigeants sans vergogne. C’est également l’illustration de la dégradation et de la dévalorisation de la fonction du président de la République qu’on assimile à la direction d’un fokontany. Les qualités du président de la République sont une grandeur inversement proportionnelle à l’avancée de la République depuis 1975. D’un officier supérieur de la marine on est passé par un médecin professeur, un empereur du lait , un seigneur des boîtes de nuit pour finir avec un prince des comptes.

La démocratie a ceci de cynique qu’autant le suffrage est universel autant la candidature est open. Les candidats savent très bien qu’avec des électeurs qui ont le même niveau d’instruction qu’eux, voire en dessous, ils ont une réelle chance d’être élus. Inutile de présenter un joli projet de société qu’aucun électeur ne lira et que peu d’électeurs comprendront. La campagne électorale, telle qu’elle est déjà partie se résume à un culte de personnalité enrobée de show politique. C’est l’origine de la prolifération des candidatures farfelues. Leur niveau est juste apte à diriger un fokontany. Certains ont pu se doter d’un immense trésor de guerre grâce aux mannes du trafic de bois de rose et d’or, ni vu ni connu pendant la Transition. La puissance financière compense l’incapacité intellectuelle et les limites culturelles. Il faut dire que les candidats sérieux pourraient être handicapés par le manque de moyens financiers. Non pas pour acheter les voix des pauvres électeurs mais pour pouvoir contrôler le scrutin et le vote. Tout se passe au niveau des bureaux de vote et des procès verbaux. Un candidat doit pouvoir trouver vingt six mille personnes pour contrôler tous les bureaux de vote. Ce qui constitue une sacrée performance étant donné qu’aucun parti ne peut prétendre compter autant de membres. Il va donc falloir recruter, moyennant finances. Autrement dit, il faut disposer d’un budget électoral colossal pour pouvoir prétendre faire bonne figure. Il faut ainsi être réaliste. Si un candidat ne peut pas couvrir tous les bureaux de vote, il ne peut avoir aucune prétention. Les voix qu’il aura obtenues iront ailleurs dans les procès verbaux.

Les dés sont ainsi pipés dès le départ. L’élection ne pourra jamais être démocratique et transparente. On passe sur le niveau intellectuel des électeurs dont on dit 80% sont analphabètes mais à qui on impose des élections soi-disant démocratiques. Une situation qui profite à des candidats sans vergogne dont le parcours dans le secteur privé a été marqué par le mercantilisme.
Les partisans de la refondation ont tout à fait raison quant à la nécessité de revoir d’abord l’environnement général d’une élection pour ne plus se nourrir des illusions d’un scrutin démocratique qui ne sert qu’à adouber un candidat dont l’objectif est de devenir un pacha à six queues.

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