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Bemiray – Portrait – Xi Jin Ping, enfin un Président normal ?

Le Président chinois Xi Jin Ping, que l’on peut qualifier  de rouge et libéral, peaufine ses relations avec les pays  du continent africain.

La deuxième nation du point de vue économique, la Chine, a, à sa tête, un homme qui ne semble pas sortir du moule communiste. Xi Ji Ping a tout à fait l’étoffe d’un dirigeant libéral, sauf que ses opposants n’ont pas voix au chapitre. Dans un autre article, Tom Andriamanoro évoque le faste et la modernité qu’a voulu montrer la Cour du royaume merina. Enfin, le Sahara occidental est oublié même au sein de l’Union africaine, puisque le Maroc est revenu au sein de cette organisation panafricaine.

Le Président chinois Xi Jin Ping, que l’on peut qualifier
de rouge et libéral, peaufine ses relations avec les pays
du continent africain.

Le périple effectué par le Président chinois en Afrique, et qui l’a mené successivement au Sénégal, au Rwanda, et en Afrique du Sud, trois pays qui ne sont pas réputés être inféodés à une quelconque idéologie, incite à se demander si le temps n’est pas venu pour le géant chinois de banaliser ses actes et son image, au lieu d’attendre impérialement que les autres viennent à lui. La Chine est enfin dirigée par un homme tout ce qu’il y a de plus « homme » avec ses costumes bien taillés, son visage lisse et rond, sa coiffure bien soignée. Un décideur bien du 21è siècle et non plus un dieu tombé sur terre. Mao, ses cols et sa révolution culturelle sont enterrés sans espoir de résurrection. On disait alors du grand Timonier que « des génies comme le Président Mao, il n’en existe qu’un par siècle au niveau mondial, et un tous les mille ans en Chine. Le Président Mao est le plus grand génie présent sur terre ». On a aussi entendu dire qu’il fallait « asseoir l’autorité absolue de la pensée de Mao Tsé Toung », sans parler des statues, des bustes, des insignes à son effigie, et bien sûr, le Petit livre rouge.
En apparence du moins, Xi Jin Ping a changé de registre en se préoccupant plus de la guerre économique avec les États-Unis. Plus encore, il tient effacer l’image rétrograde qu’ont donnée de la Chine ces années d’errance idéologique : « Certains étrangers au ventre plein n’ont rien de mieux à faire que nous montrer du doigt. Un, la Chine
n’exporte pas la révolution. Deux, elle n’exporte ni la famine ni la pauvreté. Trois, elle ne vient pas vous embêter ». En un mot, comme en mille, la Chine est aujourd’hui un pays normal, dirigé par un Président normal, avec qui peuvent s’établir des relations normales.

(De g. à dr.) : le Premier ministre indien Narendra Modri, le Président chinois Xi Jin Ping, le Président sud-africain Cyril Ramaphosa,
le Président russe Vladimir Poutine, et le Président brésilien Michel Temer, lors du 10è Sommet BRICS des dirigeants des pays émergents à Sandton (Afrique du Sud), le 26 juillet dernier.

Comités directeurs
Mais qu’on ne se fie pas aux apparences, car la Chine est loin d’être une démocratie, si tant est qu’elle aspire à le devenir un jour. Pour réussir les réformes censées mener son pays au premier rang mondial, Xi Jin Ping a mis sur pied des « Comités directeurs » dans différents secteurs, dont il est le patron unique. On pourrait citer le Comité directeur pour la réforme de la défense nationale, destiné à superviser l’armée. Ou encore le Comité directeur pour la sécurité d’internet et de l’informatique, un organisme de contrôle des réseaux numériques et des internautes. Le Comité directeur pour les réformes économiques et financières. Le très puissant Comité de Sécurité nationale qui supervise les Services de police, notamment, en matière de lutte contre le terrorisme, un qualificatif utilisé généreusement contre les Tibétains et les Ouigours ainsi que contre les « contestataires » où se retrouvent aussi bien les intellectuels que les militants des Droits de l’homme, ou les Hongkongais. Rien de tout cela ne répond aux critères de la démocratie, et la meilleure définition qui sied à l’homme le plus puissant de Chine, depuis le grand Timonier, est celle d’un « rouge libéral »

Ce « Prince rouge » a fait du chemin, et pas des plus faciles, avant d’arriver là où il est. Né en 1953, il est le fils d’un compagnon de Mao durant la Longue Marche, lequel est tombé en disgrâce dans les années 60 pour une trop grande indépendance d’esprit. Le jeune Xi doit quitter l’école de l’élite « du 1er août » et est envoyé dans un bled perdu où l’on mange des écorces et des herbes pour ne pas mourir de faim. Et, chose étrange, aucune de ces épreuves ne l’éloigne du parti où il est plus que jamais décidé de faire carrière, tout en enlevant le pouvoir des mains des mandarins communistes. En dirigeant moderne qui n’attend pas à ce que ce soit les autres qui viennent à lui, il décide d’un voyage en Afrique où plus de deux mille entreprises chinoises interviennent dans cinquante pays , et où la propagande officielle chinoise énonce clairement que « la Chine ne suivra jamais les pas des colons occidentaux, et que sa coopération ne se fera jamais au détriment des intérêts de l’Afrique » .
Rouge et libéral, ainsi va l’un des maîtres de la terre, ce qui ne l’empêche pas de manger parfois à 2,50 euros dans le restaurant d’une chaîne de Pékin. Et d’inscrire sa fille à Harvard sous un nom d’emprunt …

L’envoyé de l’ONU pour le conflit au Sahara occidental, Horst Kohler (à g.), a rencontré
le secrétaire général du Polisario, en même temps président de la République autoproclamée du Sahara arabe démocratique à Tindouf le 19 octobre 2017.

Une cause oubliée

Le Sahara occidental et le Polisario

Qui se souvient de Lucien Rajaonina parmi les aînés ? Cet ancien animateur de radio converti au photojournalisme est le seul Malgache à s’être aventuré au cœur d’un conflit, ramenant des camps sahraouis des images prises sur le vif qui ont secoué notre torpeur d’ilien. Madagascar était alors le premier pays subsaharien à avoir reconnu la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), provoquant l’ire du royaume chérifien. Faute d’occupation et de mission concrète, l’ambassadeur sahraoui à Antananarivo passait ses soirées au casino du Hilton. Les années se sont écoulées, emportant comme des feuilles mortes les revendications légitimes d’indépendance des Sahraouis.
Contrairement à la première génération, les chefs sahraouis ne rêvent plus de martyr. Le Maroc, de son côté, multiplie les opérations spectaculaires comme la Marche Verte entrée, dans l’histoire, et s’arrange pour toujours reporter le referendum d’autodétermination pourtant avalisé par les Nations Unies. À quoi bon réveiller les démons de l’affrontement alors que, sur le terrain, on n’entend guère plus de coup de feu ? Dans cette absence de guerre ouverte qui n’en est pas, pour autant, une paix, la Minurso , ou Mission des Nations Unies pour un référendum au Sahara occidental, continue de justifier sa présence à coups de rapports vides de vraie teneur. De toutes les façons, un référendum nécessiterait une nouvelle identification des électeurs, une entreprise qui frise l’impossible. Qui est Sahraoui et qui ne l’est pas ? Et dans le monde, les principaux appuis des Sahraouis retournent la veste l’un après l’autre, pour ne citer que Madagascar où la Révolution et la solidarité des peuples ne convainquent plus personne.Se sachant gagnant, le Maroc ne rechigne pas à prendre à sa charge les dépenses de séjour de la
mission onusienne à El Aïoun. Quant à Lucien Rajaonina, caméra en bandoulière, il a le temps de vivre son rêve canadien avant de s’en aller pour toujours et bien trop tôt.

HISTOIRE – Une cour et son époque

Le portrait de Radama Ier par le peintre Ramanankirahana.

Avec l’avènement de Radama Ier, Manjakamiadana s’installait durablement dans une véritable « europemania » notamment en matière d’habillement : uniformes militaires pas toujours … uniformes pour les hommes, fastueuses robes en vogue dans les cours européennes pour les femmes. Il n’était pas jusqu’à la très nationaliste et ombrageuse Ranavalona Ière qui ne fît venir ses atours par l’intermédiaire de De Lastelle ou de Jean Laborde. L’élégance de Rasoherina lors des réceptions était légendaire. Quant à la dernière Reine Ranavalona III déjà très racée de nature, elle avait ses habitudes auprès des grandes maisons de couture parisiennes qui lui envoyaient régulièrement robes et parfums. Au décorum ponctué de grands bals où l’on aimait bien se laisser entraîner par la polka, les quadrilles, ou la valse, s’ajoutaient les plaisirs d’une table parfois pantagruélique.

Si, au temps très spartiate d’Andrianampoinimerina, le riz était simplement accompagné de viande ou de poisson grillé et l’alcool strictement banni, tout changea du tout au tout avec Radama Ier. L’historien Chapus relevait que « l’alcool, les sauces, et les hors-d’œuvre furent introduites en Imerina. Les mets habituels furent accommodés de façons différentes et servis avec des vins d’importation. Ranavalona III, pour sa part, recevait de France ses bouteilles de champagne frappées à son nom ». Mariette Andrianjaka, le grand nom de la gastronomie malgache contemporaine, confirme ces dires en précisant que Radama Ier ne servait pas moins de cinquante-six plats différents aux légations étrangères qu’il recevait. Et Chapus de décrire en ces termes un repas donné le 26 mai 1890 à Mahazoarivo par Ranavalona III en l’honneur du Prince Ramahatra de retour d’une campagne militaire . « Les invités furent servis sous une grande tente blanche ornée de fleurs. Sur les tables étaient disposées bouteilles de champagne, de liqueurs, de vins, de limonades, et des dragées. Les Tsimandoa, les musiciens, les soldats prirent leurs repas sur la pelouse. On servit ce jour quatre bœufs taillés, trois veaux, quatre moutons, mille trois cent vingt poulets, soixante-quatre canards, vingt-sept oies, trois poulardes. On utilisa mille sept cent vingt neuf œufs. Une grande quantité de riz et de légumes accompagnaient ces victuailles ».

D’après les tableaux des rois et des reines, la mode européenne était de mise.

Crédibilité
La Cour et, partant, le pays avaient-ils donc de l’argent pour soutenir pareil train de vie ? Le Code des 305 Articles publié sous le règne de Ranavalona II donne la liste des monnaies autorisées à circuler dans le royaume. On citera notamment, avec leurs surnoms malgaches de l’époque, les Ngita (piastres espagnoles), les Tanamasoandro (piastres mexicaines), les Tsangan’olona (la pièce française de 5 francs), les Tokazo (piastres de la république bolivienne), les Malamakely (pièces très fines utilisées sous Napoléon Ier), les Behatoka (pièces de Louis XVIII et de Charles X), les Mandrihavia (pièces de Louis Philippe), les Volamadio ou Ampongabe (pièces de Napoléon III), les Tranompitaratra (pièces italiennes de Victor Emmanuel, avec les armes de la Maison de Savoie). Lors de la résiliation par Rainilaiarivony de la fameuse Charte Lambert par laquelle Radama II accordait à ce dernier un monopole exorbitant notamment sur les mines, Napoléon III exigea du gouvernement malgache un million deux cent mille francs d’indemnités de rupture. Rasoherina y contribua personnellement pour 140 000 piastres d’argent, le Premier ministre pour 47 000, et les grands de la Cour pour le reste. Les pièces ainsi réunies remplirent 86 tonneaux à ras bord !

Les affaires de l’État voulaient, avec plus ou moins de réussite, se vêtir de crédibilité et de modernité. Depuis Ranavalona Ière par exemple, la fonction de préposé aux écritures prenait une importance stratégique croissante. Son titulaire, dont le plus célèbre fut l’historien Raombana, avait la lourde responsabilité, sur le plan intérieur, de rédiger les lois et, sur celui des relations extérieures, de trouver les meilleurs tournures pour défendre les intérêts malgaches. On ne plaisantait pas non plus avec le protocole, comme lors de l’accueil en 1886 du Résident de France le Myre de Villers par le Premier Ministre Rainilaiarivony au Palais d’Argent, rapporté par Chapus et Mondain : « Dès treize heures trente, quatre cents soldats en tunique rouge se trouvaient disposés pour cette cérémonie dans l’enceinte du Rova, tandis qu’un détachement de cent hommes en noir accompagnait l’officier chargé d’aller chercher le Résident. Un troisième corps composé de cent hommes en uniforme blancs et de deux officiers était aligné du côté ouest du Rova. Ving- quatre hommes en tunique verte entouraient le Palais d’Argent ».
Les relations diplomatiques et leur fameux langage avaient déjà les accents retors qu’on leur connait aujourd’hui, avec le paternalisme intéressé du plus fort que masquait mal un respect dit « mutuel » se voulant de bon aloi. À preuve, l’échange de correspondances entre ces deux mêmes personnalités en octobre 1894, après que Rainilaiarivony eut refusé le projet de protectorat en cinq articles soumis par le Myre de Villers. Malgré la courtoisie réciproque dont ils firent montre, ce fut un échec.Toutes les voies étant épuisées, deux jours plus tard Le Myre de Villers quittait Antananarivo, emmenant avec lui le pavillon français. La guerre franco-malgache n’était plus qu’une question de temps.

La reine Ranavalona III à la fin de son exil à Alger.

Rétro pêle-mêle

Il a été question dans Bemiray du 14 juillet dernier de la manifestation audio-visuelle « Regards comparés » organisée au Musée de l’Homme à Paris en 2003. Son répondant eut lieu l’année suivante à Antananarivo avec le Festival du film documentaire « Gasary » où une cinquantaine d’œuvres sur Madagascar ont été projetées. Parmi les points forts de la programmation figurait, outre les images de l’exil de Ranavalona III à Alger, un documentaire de propagande nazi sous le générique « Die Deutsche Wochenschau » et relatant l’attaque d’un navire cargo par un sous-marin allemand au large des côtes malgaches. On citera aussi un film d’Alfred Hitchcok sur la Résistance intitulé « Aventure malgache ». Parmi les grands absents, on a regretté le « Caïn, aventure des mers exotiques » tourné à Nosy Be en 1927 par Léon Poirier, et surtout « La croisière noire » racontant un raid parti de Paris et aboutissant à Antananarivo le 26 juin 1925. Cette épopée aurait pourtant été à l’origine même de la fondation du Musée de l’homme. Le Festival a mis en évidence la nécessité de constituer une véritable médiathèque consacrée aux trésors culturels du pays, car comme l’a souligné Claude Andriamihaingo, Secrétaire général de Gasary, « en matière de cinéma notre chance est dans le documentaire, vu la richesse de la matière ».

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