Editorial

Taxi-bête

Une journée sans bus, finalement, n’est pas aussi mal que cela. Certes, des kilomètres à pied, ça use les souliers, mais on gagne nettement du temps sans les embouteillages dont les taxis-be sont donc les principaux auteurs. Puis on est débarrassé du stress causé par la piètre qualité de service offerte par la majorité des coopératives de transport, de leur conduite cavalière, de leur mépris envers les usagers. Le comportement des taxis-bête est la parfaite illustration de la déliquescence de l’État suite au putsch de 2009 et des mutineries dans les camps militaires.
Ravalomanana a pu mettre au pas ces taxis-be qui n’obéissent à aucun code de conduite, à aucune règle ni discipline. Il a mis sur les talons des véhicules des agents roulant en scooter prêts à verbaliser tout hors la loi. Il a également imposé des tenues correctes pour tous les chauffeurs. L’histoire ne dit pas que la trousse médicale devait contenir un déodorant. Le fait est que personne n’osait s’arrêter ou prendre un passager là où il n’existait pas d’arrêt. Hélas, au lendemain de la destitution de Ravalomanana, tout a été abandonné. On s’en mord les doigts aujourd’hui.
Le PDS Edgard Razafindravahy a tenté de remettre de l’ordre en donnant des formations aux chauffeurs et receveurs des taxis-be mais c’était peine perdue.
Les transporteurs font marcher les usagers en arrêtant de travailler. Les pouvoirs publics sont impuissants et laissent faire. Tout le monde subit sans broncher, se résigne à avaler des kilomètres à pied sans aucun recours possible pour faire entendre ses droits, sans aucune autre alternative pour rejoindre son bureau, pour transporter ses marchandises, pour aller à l’école. La moto et la bécane ne peuvent solutionner le problème que partiellement.
Heureusement que la grève ne peut pas aller au-delà d’une journée étant donné qu’autant ils ralent contre une subvention non perçue, autant ils ne pourront pas tenir une semaine sans aucune rentrée dans les caisses. Une journée de grève crée un sacré manque à gagner sinon ils auraient déjà rejoint le parvis de l’hôtel de ville pour faire entendre leurs revendications. Dommage que les usagers ne peuvent pas entamer un bras de fer avec les transporteurs. On aimerait bien voir la popula­tion bouder les taxis-be. Le fait est que l’absence totale de concurrence empêche le transport public de se professionnaliser et de respecter les usagers.
Le bus intelligent annoncé à grandes pompes n’a jamais vu le jour. L’État n’a esquissé le moindre geste pour aider la population déjà écrasée par mille et un problèmes. D’autres grèves et revendications sociales plus graves retiennent son attention à l’instar de la grève des enseignants, la grève des douaniers, la grève du personnel des impôts. Par rapport à ces arrêts de travail, la grève des transporteurs n’a aucune incidence ni sur le calendrier des examens ni sur les recettes de l’État. C’est d’autant plus vrai qu’on imagine mal les transporteurs engager un bras de fer de plusieurs jours sans risquer leur belle solidarité de s’ébranler. Dans toute cette affaire, ce sont les pauvres contribuables qui trinquent. Marche ou crève.

1 commentaire

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter

  • Les bus sont la solution aux embouteillage de Tana. Il faut les améliorer. Il faut que les buses aient la priorité sur les voitures comme dans les pays developpés.