Chronique de Vanf Opinions

RGPH sur cahier de CM2

J’ai suffisamment moqué ces élections successives sans qu’on sache exactement combien il y avait d’électeurs, et combien d’ailleurs il y a de Malgaches, pour ne pas saluer le RGPH-3 ou troisième recensement général de la population et de l’habitation, même s’il advient bien tardivement.
L’INSTAT nous donne cette définition du RGPH : «ensemble d’opérations consistant à recueillir, à grouper, à évaluer, à traiter, à analyser, à publier et à diffuser les données démographiques, économiques et sociales se rapportant à un moment donné, à tous les habitants d’un pays».
Clairement un outil de décision qui permet à ceux qui gouvernent, planifient, administrent, de «connaître, à une date donnée, l’effectif de la population d’un territoire, sa répartition par unité administrative et sa structure selon les caractéristiques démographiques, sociales et économiques».
Le dernier recensement général remonte à 1993. Le tout premier date de 1975. Madagascar ne respecte donc pas clairement la recommandation de l’Organisation des Nations unies d’en organiser un chaque décennie. Celui en cours, que le troisième donc, avait déjà fait l’objet d’un décret de 2003 : il y a quinze ans !
Ce décret 2003-1124 du 9 décembre 2003 avait défini les activités dans une fourchette de sept ans (mai 2004, début des activités préliminaires ; décembre 2011, publication et dissémination des résultats). Un autre décret de 2015 (2015-096 du 10 février 2015) sert de base légale à des opérations qui ont seulement commencé en 2018, plus précisément du 18 mai au 10 juin 2018 : 32.000 agents recenseurs vont parcourir les 18.521 fokontany, 1.727 communes, 119 districts, 24 préfectures, 22 régions. Des résultats provisoires sont censés être disponibles trois mois après la fin des travaux sur le terrain, mais on n’attend les résultats définitifs que pour la fin 2019.
Pour une population estimée en 2009 à 19.600.000 habitants, le nombre des ménages avait été calculé à près de quatre millions…
Structure par sexe et par âge de la population ; répartition spatiale de la population ; taux de fécondité et de mortalité ; la migration et son impact sur la croissance urbaine ; état matrimonial et nuptialité ; conditions de vie et d’habitation ; étude prospective de la demande sociale d’éducation, d’emploi, de santé et de logement ; la condition des femmes ; la condition des enfants et des adolescents ; la condition des personnes handicapées ; la condition des personnes du troisième âge…
Le RGPH-3 de 2003 avait prévu un budget prévisionnel de dix-neuf millions de dollars pour la période 2007-2011. En 2018, doit-on continuer de répondre à toutes ces questions par questions-réponses fastidieuses, et d’autant plus agaçantes un dimanche de repos, ou peut-on envisager que les financements obtenus des PTF nous fassent adopter des méthodes plus modernes ?
Alors qu’il semble déjà plus simple de laisser un formulaire (quitte à en organiser la collecte ultérieure), l’agent recenseur est doté d’un bête cahier d’écolier dans lequel il griffonne laborieusement les premières réponses dont il a pu saisir le sens approximatif. Le tout en «saisie kilométrique» comme on dit dans le jargon journalistique : cela signifie qu’une étape supplémentaire de saisie sera nécessaire après s’être retrouvé dans ce maquis de données éparpillées sur 200 pages.
Ce RGPH est censé se révéler plus fiable que la fameuse liste électorale appuyée à ses béquilles d’ordonnances auprès du tribunal. Mais entendre le montant faramineux de financements libellés en millions de dollars et voir un agent débarquer avec un cahier de CM2, ne donne pas une idée rassurante d’un processus plus large dont l’enjeu crucial reste une élection prétendument crédible, et d’abord crédible sur son assiette démographique.
On en a parlé de la carte d’identité électronique. On a encore plus parlé du vote électronique et disponible en temps réel sans attendre de retrouver la trace de procès-verbaux opportunément égarés entre le bureau de vote et le centre de collecte. Il est impossible de taire l’absence de méthode électronique de recensement démographique sur un site dédié, au moins pour la population des villes et des chefs-lieux. Pas en 2018. Et pas après 25 ans d’atermoiements.

par Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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