Editorial

Impair Noël

Les jeux sont-ils faits? Apparemment oui, étant donné que la Ceni va proclamer les résultats provisoires du second tour de l’élection présidentielle cet après-midi à l’issue d’une semaine de dépouillement. Un record qui restera dans les annales. Sauf renversement improbable de situation au niveau de la Haute Cour Constitutionnelle, Andry Rajoelina sera consacré septième président de la République avec 55 % des voix. Mais Marc Ravalomanana arrivé deuxième avec 44% des voix ne l’entend pas de cette oreille. Il a réuni ses partisans hier et prévoit d’occuper la place du 13 mai pour contester les résultats publiés par la Ceni. Une manœuvre qui nous replonge seize ans en arrière avec le litige sur les résultats du premier tour de l’élection présidentielle entre l’amiral Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana. Deux résultats publiés par la HCC, deux investitures de Marc Ravalomanana, huit mois de grève, des ponts dynamités, la capitale isolée des cinq provinces, une pénurie d’essence et des produits de première nécessité, des pertes en vies humaines, des arrestations et des emprisonnements, des départs en l’exil de plusieurs personnalités… ont marqué cette partie de l’histoire. Marc Ravalomanana a-t-il encore les moyens et le soutien nécessaires pour faire un remake? Avec deux millions de voix obtenues au second tour, sa capacité de nuisance n’est pas négligeable. Prendra t-il le risque de commettre cet impair Noël déjà désapprouvé par la communauté internationale ? Il faut dire que Ravalomanana joue banco étant donné qu’à 69 ans son avenir est derrière lui. Revenir au pouvoir est sa seule chance de pouvoir remettre à flot son empire détruit par le mouvement populaire de 2009. Son sort reste d’ailleurs incertain avec Rajoelina à la présidence. Sa société doit encore une somme faramineuse à titre d’impôts impayés à l’État et il n’est pas sûr qu’il bénéficiera d’une amnistie fiscale dont il a hérité sous le régime Rajaonarimampianina.
L’État va t-il réprimer le mouvement de contestation orchestré par Ravalomanana ou laissera-t-il faire comme les soixante treize députés en avril ?
Les yeux sont ainsi rivés du côté d’Ambohidahy où la HCC doit statuer sur les éventuelles requêtes en annulation déposées par le camp Ravalomanana. Des irrégularités ont été constatées dans plusieurs bureaux du vote, en l’occurrence une liste électorale signée par une même personne, un taux de participation de plus de 100%, des scores à la soviétique…
Est-ce que toutes ces irrégularités sont de nature à pouvoir annuler le scrutin, même si elles sont loin de pouvoir impacter les résultats finaux ? C’est toute la question sur laquelle la HCC doit trancher.
Est-ce que ces irrégularités bêtes permettent d’affirmer que c’est tout le scrutin qui a été entaché de fraudes et de trucages ou qu’il ne s’agit que de cas isolés ? L’appréciation revient à la Haute Cour Constitutionnelle qui doit tendre sa copie début janvier. En attendant on doit donc renouer avec le rendez-vous quotidien du 13 mai et revivre les affres des crises de 2002 et de 2009. On croyait en avoir fini avec les manifestations de rue à l’issue de l’épreuve des urnes. Que nenni. Il semble que c’est la suite logique et inéluctable d’une élection. On n’est pas sorti de l’auberge.

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