Chronique de Vanf

Raconter des histoires

La démarche «Voromahery» (cf. Post-Scriptum), du nom de cette association qui s’est ralliée à Hery Rajaonarimampianina tout en se démarquant du parti au pouvoir HVM, rappelle une précédente posture quand il avait fallu soutenir une énième (déjà) candidature de Didier Ratsiraka, en 2001.
Cette distanciation de 2001 elle-même renvoyait un lointain écho du «droit d’inventaire» qu’avait pu manifester l’aile «Arema Isoraka» de Rakotovao Razakaboana, contre le «Arema Ambohitsorohitra», installé au palais présidentiel éponyme. Il faut croire au monolithisme de l’Arema qui ne tolère pas beaucoup les Gorbatchev à Perestroïka en son sein : en fit également les frais le cercle de réflexion de José Andrianoelison, enfin candidat à la présidentielle une petite trentaine d’années après son objection de conscience.
Pour 2001, la démarche n’avait pas été ourdie à l’insu du plein gré de Didier Ratsiraka qui avait «toléré» que son vieil ami de Collège, Pascal Rakotomavo, s’en occupe. Le projet, coïncidence étrange de la vie, avait fédéré des Anciens du Collège Saint-Michel de générations pourtant fort éloignées : 34 ans d’écart d’âge, entre l’impétrant Didier Ratsiraka, candidat à sa propre succession, et le «jeune vieux», benjamin de l’équipe qui se réunissait dans une aile «indépendante» (ou «dissidente» ?) de l’immeuble Fiaro.
Sans prétendre «faire parler les morts», mais il s’agissait, nonobstant une loyauté qui n’a jamais été remise en cause, de «sauver le soldat Ratsiraka», dont le crédit tananarivien était au plus bas. Président de la République de 1975 à 1991, et de 1996 à 2001, Didier Ratsiraka entretenait alors une curieuse relation avec la Ville d’Antananarivo et l’électorat tananarivien, l’amenant, dès 1982, à faire construire le complexe présidentiel de «Mavoloha» (beaucoup se souviennent encore de ce panneau indicateur sur la RN7 dont les deux premières barres, la verticale et l’oblique, de la lettre «M» originelle, allaient progressivement disparaître). À tel point que le programme de campagne électorale de l’équipe «officielle» avait purement et simplement fait l’impasse sur un seul meeting dans Antananarivo «intra muros», se contentant d’une apparition poussiéreuse à Andranomena, sur un remblais qui allait devenir l’actuelle ambassade des États-Unis.
En cette fin d’année 2001, sur la route d’une énième réélection (1982, 1989, 1996) de Didier Ratsiraka, se dressait justement le Maire d’Antananarivo, Marc Ravalomanana, élu deux ans plus tôt (novembre 1999) et qui donc renonçait à terminer son mandat à la grande incompréhension de certains qui avaient sincèrement cru en sa démarche municipale.
On sait, depuis, que le précédent de cette année 2001 allait faire jurisprudence : élu Maire d’Antananarivo en 2007, Andry Rajoelina, renonçant à son tour à terminer son mandat municipal, allait instrumentaliser son élection tananarivienne pour descendre sur la Place du 13 mai avec la suite et les conséquences que l’on sait. Bis in idem : la réélection par procuration de Marc Ravalomanana, en la personne de son épouse, officiellement Maire d’Antananarivo depuis 2015, ne visait qu’à lui assurer une visibilité pour sa candidature aux présidentielles de 2018.
Soit dit en passant, mais depuis la fin du mandat de Guy Willy Razanamasy en 1999, aucun Maire élu d’Antananarivo n’est allé au terme de son mandat : démission anticipée pour Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, promotion disciplinaire comme ministre pour Patrick Ramiaramanana, sinon c’est un PDS (président de délégation spéciale) nommé, en la personne d’Edgard Razafindravahy qui aura accompli un «temps» réglementaire, de 2009 à 2013. Cette «continuité» pour le moins saccadée dans la gestion de la Capitale explique sans doute en partie sa ruine actuelle, faute de cohérence à long terme.
Pour en revenir à la «démarche d’ouverture» de 2001, ses initiateurs pensaient que la paix sociale était au prix d’une «transition douce». L’intime conviction que le «Vieux», qui avait définitivement dégoûté ses deux dauphins présumés, n’allait pas passer la main comme ça. «Transition douce» pour amener «Deba» à adouber rapidement un successeur, l’orgueil d’une énième réélection étant sauf. Une «Transition douce» donc sinon le chaos. Ce fut le chaos de 2002.
Post-Scriptum : On peut se demander si les initiateurs de «Voromahery 2018» savent pour «Voromahery 1946» ou «Voromahery 1792». «Voromahery 2018», ce serait donc cette structure qui fait du «Hery2018» sans se revendiquer du HVM ; «Voromahery 1946», c’était le nom d’un journal du PADESM (Parti des Déshérités de Madagascar) dont l’unique exploit mémorable fut d’avoir célébré haut et fort, à la Une, le cinquantenaire de la loi d’annexion du 6 août 1896 déclarant Madagascar colonie française, cette même loi que les députés MDRM (Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache) voulaient voir rapportée, dès le 21 mars 1946 devant l’Assemblée nationale constituante, afin de restaurer la souveraineté de Madagascar : ce qui ne sera fait que le 15 octobre 1958, quand André Soucadaux, Haut-Commissaire de la France à Madagascar en déclarait la caducité devant le Congrès des assemblées provinciales ; «Voromahery 1792» renvoie à la date estimée de la réorganisation de la Citadelle d’Antananarivo, par le roi Andrianampoinimerina, précédemment prince de l’Avaradrano, qui s’en était définitivement emparée aux dépens de ses cousins d’Imerinatsimo : l’Imerina comptait alors quatre «Toko» (Avaradrano, Vakinisisaony, Marovatana, Ambodirano) et la Capitale avait déjà son statut spécial d’entité «Voromahery», organiquement affiliée à l’Avaradrano.

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