Notes du passé

L’Alaotra et l’Ankay, un palier intermédiaire

Bezanozano et Sihanaka étaient bien protégés par les reliefs et les forêts environnants.

C’est dans les pays de l’Alaotra et de l’Ankay que se rencontrent, dès la plus ancienne occupation de Madagascar, des groupes qui appartiennent aux premières vagues d’immigrants. C’est du moins ce qu’écrivent les auteurs de l’ Histoire de Madagascar (1967), en parlant de « palier intermédiaire entre les Hautes-terres et la bordure orientale».
Ils expliquent : « La Bemarivo met le nord-ouest du gradin en communication avec le Boina à travers les Tampoketsa ; l’Onive, au Sud-ouest, descend de l’Ankaratra dans le Moyen-Mangoro. Le Maningoro, la Manambato, l’Onibe, l’Ivondro et le Mangoro ouvraient vers l’Est des passages assez difficiles. Mais le sud du palier, séparé du fossé de l’Alaotra par le plateau de l’Andaingo, était plus isolé. »
Les Sihanaka, habitants des étangs du Nord, pratiquent au XVIIe siècle, comme en témoigne le Français Martin, une riziculture qui emploie « des canaux pour faire venir l’eau du lac et de la rivière, afin d’arroser leurs semailles ». Leur chef Raibenifananina, venu du Sud ou de l’Ouest après avoir vaincu les Vazimba, procède à une première fusion de groupes divers. « C’est
peut-être à cette période- au cours du XVIe siècle- que la riziculture irriguée sihanaka succéda à la dégradation des forêts et dont leur tradition garde le souvenir. »
Belliqueux et bien retranchés dans leurs collines, les Sihanaka organisèrent, comme les Sakalava, des razzias dont les Tsimihety et surtout les Betsimisaraka du Nord sont les victimes. Au XVIIe siècle, leur butin d’esclaves est acheminé vers l’Ouest et « alimentait la traite dans les ports du Boina ».
Ils battent d’abord une forte armée betsimisaraka conduite par François Martin, un lieutenant d’Étienne de Flacourt, en 1667 (« ce qui est étonnant ») : « François Martin et ses guerriers durent revenir à toute allure vers l’Est, poursuivis par les Sihanaka. Les historiens expliquent cependant, qu’en fait, les groupes de l’Alaotra, munis de mousquets procurés par la traite, savent bien utiliser les possibilités défensives de leur pays.
Mais à leur tour, ils vont subir l’attaque de leurs voisins et des populations qu’ils ont pillées. Ils sont fréquemment assaillis par
les Sakalava dans la seconde moitié du XVIIIe siècle et doivent payer tribut. Mais cette vassalité ne dure pas, les incursions sakalava deviennent de moins en moins fréquents à mesure que leur royaume s’affaiblit.
Par ailleurs, les Sihanaka menacent à plusieurs reprises, les Merina jusqu’au moment où ils sont refoulés par Andrianam­poinimerina. Comme ils ramènent de nombreux esclaves de leurs guerres, les révoltes fréquentes de ces derniers « traduisent la crise d’une société sihanaka où l’évolution sociale ne dépassa jamais, malgré quelques fortes individualités, ce stade de la tribu ».
En ce qui les concerne, les Bezanozano, voisins des Sihanaka, s’installent dans le Haut-Mangoro, dans les pays moins accessibles
encore que ceux de l’Alaotra. Cet isolement explique peut-être « le caractère très primitif » de leur organisation sociale. En effet, ajoutent les auteurs de l’Histoire de Madagascar datant de 1967, leurs clans sont dirigés par les patriarches dans un système proche de la société vazimba. Cela dure jusqu’à la fin du XVIIe siècle.
« Perchés sur les hauteurs, protégés par la forêt- qu’ils dégradaient-, ils formaient une sorte de fédération, mais ils ne s’unissaient, temporairement, qu’en cas de danger ou pour organiser une razzia importante. »
L’abandon des hauteurs marque l’expansion des Bezanozano qui progressent alors dans la vallée du Mangoro qu’ils remontent vers le Nord. Cette expansion s’expliquerait par un accroissement du groupe et serait mené par l’un d’eux, le chef Randriajomoina, sans doute au début du règne d’Andrianampoinimerina. Mais arrêtés par les Sihanaka au Nord, ils sortent de la forêt et débordent vers l’Ouest. « Ils veulent contrôler la piste de l’Imerina et les échanges entre l’Est et l’Ouest. »
Installés sur des collines faciles à défendre, leur présence aux portes du royaume merina est une menace. Andrianampoinimerina les y déloge et ils reconnaissent leur vassalité après leur défaite. « La région de Moramanga où ils sont installés, parce qu’elle est sur la piste de l’Est, conserve une très grande importance stratégique et commerciale. »

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