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Alain Hervé Rasolofondraibe, Gouverneur de la banque centrale – « La stabilité de l’ariary n’est pas une victoire »

Le gouverneur de la Banque centrale évoque les réformes réalisées dans le cadre des accords avec le Fonds monétaire interna­tional, en marge de la visite de courtoisie de Marc Gérard, le nouveau représentant de cette institution à Madagascar.

• Quel est exactement le rôle de la Banque centrale dans le cadre du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) avec le FMI ?
– La banque centrale (BFM) est impliquée à deux niveaux dans les relations avec le FMI. D’abord en tant qu’autorité monétaire, de supervision bancaire et de stabilité financière. Mais BFM intervient aussi dans le suivi des programmes de réformes de Madagascar dans la mesure où le Gouver­neur préside le comité technique de suivi des programmes de réformes. C’est donc à ce titre que nous actons en tant que chef de délégation lors des négociations avec le FMI sur l’ensemble du programme dans le cadre de la facilité élargie de crédit (FEC).

• Le FMI, à l’issue des trois premières revues, s’est toujours montré globalement satisfait. En tant que président du Comité technique de suivi des programmes de réformes, quelle appréciation faites-vous sur l’évolution des réformes ?
– Pour donner une évaluation globale, il serait plus intéressant d’effectuer une petite rétrospection. En 2014, nous sommes partis d’une situation où la plupart des réformes qui auraient dû être réalisées durant les années de transition ont été mises en stand-by. Durant cette époque, les dysfonctionnements institutionnels se rencontraient à tous les niveaux de l’administration, provoquant ainsi les retards sur la mise en œuvre de programme des réformes institutionnelles. En considérant les secteurs macroéconomiques à l’instar des balances de paiement, les finances publiques ou encore la monnaie, on peut dire que nous avons enregistré des résultats tangibles, mais surtout soutenus et durables. En nous référant au point de départ jusque-là où nous en sommes aujourd’hui, et avec les engagements sur la durée, on peut avancer le fait que le programme se présente sur des aspects positifs.

• Si vous deviez donner des exemples concrets de ces résultats positifs, ce serait lesquels ?
– La croissance économique pour commencer. Entre 2009 et 2013, la croissance moyenne en terme réelle était de 0%, de 2014 à 2018 on est passé de 0 à 4%, c’est bien loin des 7 et 8 % dont on a besoin mais lorsqu’on part de zéro et qu’on arrive à ce niveau-là de manière croissante et continue, on peut dire que c’est une base solide. Pour ce qui est du niveau des réserves en ce qui concerne la BFM, nous sommes passés d’une situation de moins de trois mois d’importation de biens et services en réserve à plus de quatre mois et demi. Du côté des marchés de change, sur les années 2013 et 2014, notre taux de change était loin de refléter la situation réelle des opérations dans la mesure où à l’époque, la BFM est intervenue et a biaisé le taux de change. Aujourd’hui, la confiance des opérateurs sur le marché interbancaire des devises est revenue. Enfin, pour ce qui est des finances publiques, nous enregistrons, depuis, une croissance continue du taux de pression fiscale. Donc d’une vision globale, une bonne progression est enregistrée.

• Il y a, néanmoins, des réformes qui tardent à se faire, à l’instar de celles qu’il faut mener à la Jirama ou en ce qui concerne l’atteinte de la vérité des prix des carburants.
– Effectivement, la perfection n’existe pas d’où la nécessité d’efforts complémentaires à fournir en ce sens. Mais comme je le disais plus tôt, il faut aussi voir d’où la Jirama, par exemple, est partie, de quelle manière cette compagnie nationale est arrivée à s’empêtrer dans une situation telle que l’année dernière pendant laquelle nous avions été obligés d’injecter dans ses caisses plus de 400 milliards d’ariary. Nous ne devons pas oublier que, pendant des années, la structure de production de la Jirama a été complètement plombée par le rajout systématique de contrats sur la production en diesel. Pour sortir de cette situation, il est impératif de renforcer les réformes sur la partie production et par une suite logique, procéder aux reformes sur la vérité des tarifications. C’est cette procédure que la compagnie applique progressivement en ce moment. Pareillement, pour le secteur pétrolier ou dans le même cas, pour la compagnie nationale de transport aérien où nous avons réalisé les paris énormes d’arrêter les transferts et les subventions. Les réformes s’effectuent à un rythme continu mais évidemment, cela doit prendre le temps qu’il faudra.

• Justement, le temps que ça prend ne va-t-il pas impacter sur la réalisation globale des programmes de réformes ?
– Pour que la situation de notre pays continue de s’améliorer, il faut que l’ensemble bouge en même temps. Il ne faut surtout pas se concentrer sur l’accélération des réformes dans un domaine spécifique, au risque de délaisser le tout et de faire capoter l’ensemble du programme en entier en voulant aller trop vite. Bien entendu, il est impératif de s’investir plus sur ces points négatifs, mais tout en avançant des pistes de solution. C’est uniquement en établissant ces pistes que les axes d’amélioration peuvent se réaliser. Pour l’exemple de la Jirama, on aimerait vraiment aller plus vite. Mais comme on est parti sur une hypothèse où le coût du baril était de 49 ou 50 dollars alors qu’à présent nous en sommes à 78 dollars, il est difficile d’établir des stratégies de réforme à la hâte ne tenant pas compte de ce type de paramètre.

• La Banque centrale devait aussi faire l’objet de réformes. Où en sont ces réformes ?
– Beaucoup de changements ont été engagés au sein de notre institution dans le cadre de ce programme de réformes. Comme BFM est l’interlocuteur privilégié du FMI dans la mesure où l’argent sert à renforcer notre niveau de réserve de change dont la gestion relève de BFM. Ainsi, il est normal que le FMI attache une attention particulière à l’établissement pour voir si l’argent qui a été mis à disposition est utilisé dans des conditions sécurisées et transparentes. C’est en ce sens que des programmes sur l’amélioration de la gouvernance de la banque ont été entrepris. Notamment sur la réforme des statuts, l’indépendance de la banque centrale, les audits ou encore les contrôles des comptes. Tous ces changements ont été effectués mis à part le passage de la comptabilité de la BFM aux normes IFRS (international financial reporting standards) pour une meilleure transparence en termes de lecture et de comparabilité des comptes. Une finalité qui se concrétisera au plus tard en 2021.

« On ne règle pas une sous-performance de l’économie en manipulant la monnaie. On solutionne la pauvreté en améliorant la productivité. »

• Et les réformes sur la mission de la BFM, où en sont-elles ?
– Pour ce qui est de la mission de BFM, notamment sur la mission « politique monétaire » l’objectif est de maintenir le taux d’inflation à un chiffre. Pour ce faire, nous avons entrepris des réformes afin de performer les instruments de la régulation de la liquidité, pour en ponctionner ou injecter selon les besoins. En outre, un projet important porte sur la pension livrée qui consiste à sécuriser les transactions entre les acteurs du marché monétaires qui se prêtent de l’argent à travers la mise en place d’un cadre juridique ainsi qu’une plateforme informatique sécurisée.

• La BFM continue-t-elle d’intervenir pour maintenir une stabilité de la monnaie nationale ?
– Le rôle de la banque centrale est de faire en sorte que le taux de change reflète le plus possible les rapports de force économique entre le pays et l’extérieur. Il est impératif que notre économie soit toujours capable de s’adapter avec ce qui se passe à l’extérieur. Oui, la banque intervient toujours, soit en achetant des devises, soit en vendant des devises sur le marché. Mais l’idée n’est pas de fausser les taux de change. Nous achetons des devises sur le MID pour relever le niveau des réserves. Mais nous intervenons aussi lorsque la fluctuation est trop importante sur une période courte. Aujourd’hui, par rapport au TCER (taux de change effectif réel), il y a une certaine stabilité.

• L’appréciation actuelle de l’ariary reflète-t-elle cette stabilité ?
– On ne peut pas voir à travers une appréciation de la monnaie sur une courte période la réelle performance de notre économie. Il faut plutôt voir cette tendance de progression sur un délai d’une année, par exemple, en tenant compte de tous les paramètres économiques qui se seraient produits sur cette période. La stabilité actuelle de l’ariary ne doit pas être considérée comme une victoire dans la mesure où ce n’est qu’un équilibre précaire et qu’il faut toujours rester vigilant. Ce n’est pas le taux de change, à lui seul, qui définit la pauvreté ou la richesse d’un pays. On ne règle pas une sous-performance de l’économie par la modification du taux de change. La seule réponse à la lutte contre la pauvreté est le développement des activités économiques à travers une croissance soutenue des investissements.

• Qu’en est-il des réformes sur la mission de supervision bancaire ?
– Il y a effectivement tout un arsenal juridique qu’il faut mettre en place pour sécuriser les transactions financières. Il en est ainsi, par exemple de l’adoption de nouveaux textes sur les microfinances et sur les Établissements de Monnaie Électronique. Ce sont des avancées conséquentes pour soutenir les petites institutions financières en améliorant leurs potentiels de rentabilité par l’élargissement de leurs champs d’activités.

• Quand la méthodologie de supervision bancaire basée sur les risques sera-t-elle effective ?
– Cette méthodologie fait partie de la bonne pratique internationale et sera prête d’ici la fin de cette année. Par ailleurs, la centrale des risques qui est déjà mise à la disposition des participants permet aux banques d’évaluer la solvabilité des emprunteurs à partir d’une base de données sur le profil de chaque emprunteur. En outre, une nouvelle loi bancaire devrait être présentée au cours de la prochaine session de l’Assemblée nationale pour instaurer des conditions plus incitatives à la création de nouvelles banques à Madagascar. L’adoption de la loi sur le bureau d’information de crédit ou BIC est aussi une avancée significative vers plus de facilité pour l’accès au crédit. Enfin le projet de mise en place d’un switch national pour permettre l’interopérabilité de tous les moyens de paiement rentre dans cette vision globale d’instauration d’un cadre juridique et institutionnel en vue d’une meilleure inclusion financière.

• Il y a aussi des lois qui ont du mal à passer et qui risquent pourtant de peser sur les transactions bancaires : la loi sur la lutte contre le blanchiment et celle relative au recouvrement des avoirs illicites.
– Il y a effectivement des risques que les transactions à l’extérieur d’une société basée à Madagascar soient refusées en raison d’un problème de crédibilité du pays. Le cas s’est déjà produit plus d’une fois où un importateur voulait procéder au paiement, mais que la banque correspondante a refusé de le faire dans la mesure où la non adoption de ces deux lois a mis Mada­gascar sur une liste grise. Il en est de même d’une société malagasy exportatrice qui risque d’être mise en difficulté du fait de la non-exécution de l’ordre de virement vers Madagascar par la banque correspondante. Cela sans compter les surcoûts et les charges de transferts additionnels à cause du retard de paiement Donc « macroéconomiquement », le risque est dans la limitation des activités économiques de Madagascar.
 

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  • Fa mba efa hitany kosa aloha ny fivoarana raha mari-toerana sy miakatra ny sandam-bolantsika eh! Tsara ny toe-tsaina tsy mihonona fotsiny @ efa azo fa mivoatra hatrany

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