Notes du passé

Un réseau privé de porteurs créé pour éviter une révolte

Le transport d’un étranger sur la côte, vu par l’auteur de la gravure.

Le maintien du système de portage à Mada­gascar se caractérise par la participation active de l’État, très nette, dans la constitution de corps de porteurs royaux, de travailleurs de l’État ou du roi (lire Notes du vendredi 22 juin). D’après Gwyn Campbell, ils se recrutent chez les Bezanozano du bassin de l’Ankay, que traverse la plus grande route commerciale qui relie Antananarivo à Toamasina, le plus grand port de l’Est.
Sous Andrianampoinimerina (1794-1810) et pendant les premières années du règne de son fils, Radama Ier, les Bezanozano font peser une sérieuse menace sur le commerce de l’Imerina avec la côte Est, en pillant les caravanes, en demandant des droits de péage.
« L’un des premiers objectifs de la nouvelle Armée de Radama fut donc de réduire les Bezanozano en les chargeant en permanence du portage des marchandises royales entre la capitale et la côte Est. » Pour précision, la première attaque contre les Bezanozano est déclenchée en 1808, sous Andrianampoinimerina, mais ils ne sont soumis que lors de l’expédition de Radama en 1810.
Sous la royauté merina, le concept traditionnel du fanompoana (corvée, travail forcé) est élargi et concerne aussi bien l’agriculture que l’industrie et le commerce. « Des communautés villageoises ou même des populations entières recevaient l’ordre d’effectuer un certain nombre de tâches, transporter du bois taillé, du charbon ou même des écrevisses à Antanana­rivo, ou servir de main-d’œuvre dans une région industrielle voisine. » Le plus important pour l’économie royale est le transport des marchandises, en général, et les Betsimi­saraka sont engagés pour ce travail.
Cependant, un réseau privé de portage coexiste avec celui de la Cour d’Antananarivo. Moins important, il se développe au cours du XIXe siècle. L’apparition d’un tel secteur privé répond à une demande croissante de travailleurs, en parallèle avec le développement du commerce intérieur et extérieur. Demande qui émane des colons étrangers qui souffrent de la concurrence merina. Selon Gwyn Campbell, les origines de ce système de portage privé se trouvent dans l’institution de l’esclave traditionnel, modifiée au cours du XIXe siècle pour répondre aux besoins d’une économie « impériale» en développement.
Dans la pratique, l’esclavage dans l’ile est « moins dur et plus souple » comparé à la situation aux Masca­reignes. « Les esclaves étaient loués par leurs maitres ou obtenaient l’autorisation de s’embaucher ailleurs. Il arrivait que les esclaves ne voyaient plus leurs maitres qui se contentaient de prélever un pourcentage (de 33% environ) sur leurs salaires. » Grandidier renchérit que certains esclaves ne sont plus nourris ni vêtus par leurs maitres et qu’ils sont « libres de s’occuper comme bon leur semblait, pourvu que chaque année, à la fête du Fandroana, ils leur apportaient soit un fagot de bois, soit un peu d’argent. »
Quelquefois, les esclaves deviennent très riches. Grandidier cite le cas de Hamadisimba, le chef de Rafinenta sur la côte Ouest. « En juin 1869, envieux des richesses de l’un de ses anciens esclaves, il le tua. À Madagascar, peu d’esclaves s’enfuirent alors que beaucoup essayèrent d’échapper au système plus sévère qui existait dans les iles où dominaient les planteurs. »
L’esclavage intérieur, étroitement lié au système du portage privé, se développe beaucoup au XIXe siècle. La première phase d’expansion remonte aux années 1820 et est en grande partie, responsable de la croissance d’Antananarivo (10 à 12 000 habitants en 1820, 20 à 50 000 en 1833). D’après Gwyn Campbell, on estime que les deux tiers des habitants de la capitale et un tiers de la population totale de l’Imerina sont des esclaves. Proportions qui ne varient pas jusqu’à la fin du siècle. À la veille des années 1830, ils « inondent» le marché intérieur, tant et si bien que les officiers redoutent beaucoup une révolte. « C’est ainsi que la demande de porteurs représenta une soupape de sûreté très importante pour les tensions sociales. » Un esclave spécialisé vaut cher : il se vend jusqu’à 100 piastres sur le marché d’Antananarivo en 1845, alors que son prix normal est de 30 piastres.
Ce sont les travaux domestiques et surtout commerciaux qui mobilisent la plus grande partie de la main-d’œuvre servile. « Aussi, en raison de l’expansion rapide du commerce à partir du milieu du XIXe siècle, le système de contrat privé fut-il bien organisé. » Les employeurs essaient, d’une part, de régulariser les conditions de recrutement, de préciser les termes du travail, et le salaire, d’autre part, d’énoncer clairement les sanctions, en cas de non exécution du contrat. « L’exemple le plus évident de cet effort vint de sociétés missionnaires. »

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