Courrier des lecteurs Opinions

Crise de 2018 : revenons à l’essentiel

S’il est indéniable que l’on est véritablement dans une crise politique, on est encore heureusement loin de la gravité de la violence des crises passées. Même si les violences du samedi 21 avril sont condamnables, et même si la situation d’aujourd’hui n’est certainement pas idéale, il faut garder à l’esprit que le pire est encore possible. Pour éviter d’y arriver, il faut revenir rapidement à l’essentiel.
L’essentiel n’est pas de déterminer qui est coupable, dans un contexte de responsabilité partagée qui va entraîner un débat sans fin. Il n’y aurait pas eu de morts le 21 avril si l’opposition n’avait pas fait le forcing pour tenir son meeting, même sous le prétexte légitime des rapports de députés à la population. Mais il n’y aurait pas eu de forcing si le pouvoir avait traité l’opposition avec respect, au lieu de chercher à la brimer de façon continue depuis plusieurs mois.
Pour des raisons diverses, la population attend l’élection de 2018, et il était assez admirable de voir Monsieur Rajoelina et le Président Ravalomanana s’y préparer dans un esprit républicain. Malheureu­sement, les manœuvres du pouvoir pour garantir une victoire sans péril et un triomphe sans gloire ont fait voler ces attentes en éclats, et ont entrainé la recherche d’une autre voie. Il est donc temps de définir cet essentiel vers lequel revenir : s’assurer que l’élection présidentielle à venir soit transparente, libre, équitable et fiable afin que les résultats s’imposent à tous. Et si une élection « propre » et, accessoirement, une démocratisation de la vie publique sont les véritables objectifs à moyen terme des manifestations, alors il « suffit » de procéder aux réglages idoines et relancer la vie nationale sans passer par une longue crise.
En nous référant à la typologie des processus de démocratisation (Huntington, 1991 – 1992), on peut faire la distinction entre les schémas de 1972 et 1991, qui relèvent du transplacement (le schéma de sortie de crise défini par le dirigeant au pouvoir, ou ayant obtenu son assentiment, est plus ou moins respecté), tandis que les schémas de 2002 et 2009 relèvent quant à eux du replacement, avec une alternance forcée par coup d’Etat. Cela explique le niveau de violence des deux dernières crises, du fait de la résistance du détenteur du pouvoir en place et de ses partisans qui s’estimaient spoliés par la tournure des évènements. L’Histoire montre donc l’intérêt d’une coopération entre pouvoir et opposition à travers une approche de « transplace­ment » pour résoudre une crise.
Nous proposons alors trois principes qui pourraient inspirer les médiateurs.
Un, annuler la loi électorale crisogène et procéder à la rédaction d’une nouvelle loi de façon consensuelle, et ce dans le cadre plus large d’un réel dialogue entre pouvoir, opposition et société civile pour mettre en place le contexte vers des élections « propres ».
Deux, sauvegarder les institutions républicaines existantes, au lieu de laisser libre-cours à la créativité des apprentis sorciers en matière institutionnelle et aux partisans d’une nouvelle transition ou d’un directoire militaire.
Trois, maintenir le Chef de l’État en place au nom des principes républicains. Par contre, ramener un minimum de confiance en confiant l’organisation des élections à un Gouvernement d’union nationale dirigé par un nouveau Premier ministre choisi par l’Assemblée nationale, dans les conditions préconisées par la Constitution.
Ce plan est toutefois basé sur une double condition : que le pouvoir en place ait pris la juste mesure des leçons de son arrogance dans le domaine de l’atteinte aux libertés fondamentales ; et que l’opposition apprenne à privilégier l’intérêt supérieur de la Nation, et non pas celui de la ration que fait miroiter la perspective d’une Transition.
Face à ce plan, les manifestants de la Place du 13 mai pourraient avancer deux contre-arguments.
Premièrement, le Président doit partir car il a du sang sur les mains. Il est donc important de souligner que ce n’est pas parce que les pro-Ravalo­manana et les pro-Rajoelina ont aujourd’hui le beau rôle qu’il faut oublier les répressions violentes avec morts d’hommes lorsque leurs leaders étaient au pouvoir. Ils feraient donc mieux de se réfréner dans la dramatisation des morts du 21 avril 2018.
Deuxièmement, le peuple rassemblé sur la Place du 13 mai est l’expression visible de la démocratie. Il est alors également utile de rappeler qu’une avenue de l’Indépendance remplie à ras-bord de la Gare au Glacier ne peut contenir qu’environ 247.000 personnes. Autrement dit, une légitimité somme toute relative par rapport aux 9,9 millions d’électeurs dénombrés par la Commission électorale nationale et indépendante.
Jusqu’à aujourd’hui, nous payons amèrement les conséquences multidimensionnelles des crises de 2002 et de 2009 : politique, économie, le sens de Nation malgache et le civisme des citoyens. Aurons-nous au moins l’intelligence de comprendre cela, et le courage d’agir en conséquence ?

par Andrianirina

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter