L'Express de Madagascar

Pas de répit

Aucun répit: les malheurs de Madagascar se suivent et s’aggravent, jour après jour.
La petite localité d’Antsakabary est, aujourd’hui, dans toutes les conversa­tions. Quatre cent quatre-vint sept maisons détruites par le feu, suite à des évènements d’une ânerie déconcertante, et des centaines de familles qui n’avaient rien demandé, condamnées à affronter des difficultés qui dépassent leurs forces.
À l’heure où nous écrivons, la prési­dence n’a fait ni déclaration pour calmer la tempête, ni le moindre geste pour montrer sa compassion envers les victimes. À croire que ce n’est pas une habitude spécialement ancrée dans les mœurs d’Ambihitsorohitra, dès lors qu’il s’agit d’afficher une solidarité dans une situation désastreuse – non, un don de sacs de riz n’est pas un acte de solidarité, c’est de l’illusion pour détourner l’attention, mais chut, personne n’est dupe car tel est pris qui croyait prendre.
C’est donc de simples citoyens qui décident de s’organiser rapidement avec les moyens du bord, afin de récolter des fonds, des vêtements, des ustensiles de cuisine et divers accessoires utiles pour reconstruire le quotidien et les faire parvenir aux sinistrés. Tout comme c’est aux simples citoyens de s’organiser pour affronter les dahalo et protéger vies et biens, malgré le peu de moyens dont ils disposent et malgré la peur. Repousser les dahalo, passe encore. Mais les autres   Les autres que l’on croyait être de notre côté, et dont finalement l’on ne sait pas vraiment si nous sommes leurs ennemis, leurs concurrents, leurs boucs émissaires, leurs souffre-douleur, leurs punchingballs ou bien tout bêtement, la cible à abattre. Car c’est exactement l’effet que cela fait : ce sentiment d’être l’adversaire malgré soi, celui qu’il faut ignorer, museler, affaiblir, par tous les moyens.
Entre temps, le premier ministre rafle bien gentiment son prix du courage, en récompense de sa « vision de dévelop­pement de Madagascar et de l’Afrique ». Laquelle vision, on a un peu de mal à préciser, surtout que du courage, c’est encore le Madagascar d’en bas qui en produit en quantité astronomique. Mais soit, pourquoi pas. Des vindictes populaires, des vengeances policières – ou les actes d’un aliéné, doté d’un pouvoir d’ubiquité et d’une pyromanie bien sentie, on a du mal à se décider – des actes de bandi­tisme, de corruption, un délestage qui ne se solutionne pas, et un joli prix du courage. Il faut de tout pour faire un monde. De tout, sauf de répit, apparemment.

Par Mialisoa Randriamampianina