Chronique de Vanf

Le génie de la lampe

Le réel est, mais nous envisageons au-delà la possibilité d’une autre vie. Surtout quand ce réel, la réalité, n’offre que cette morosité tandis que la fiction nous est à portée de main. De 7 à 77 ans, comme se plaisent à avertir, en guise de publicité, les ouvrages de lecture de notre enfance qui accompagnent notre mémoire d’adulte.
L’imitateur français Laurent Gerra singeait un Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, à lire dans une boule de cristal l’avenir de ses ambitions présidentielles inextinguibles. Là-bas, au moins, l’on peut en rire et se moquer, et sortir du théâtre sans trop dur retour à la glauque réalité du tiers-monde.
La réalité présente, omniprésente, de cacophonie inaudible, pousse à l’évasion. À la grande évasion. À la fuite. Dans une autre dimension où le rêve serait roi, et l’imagination serait reine. Et alors, pour de bon, on échapperait même à ses fuites. Surtout à ses fuites.
De cette possibilité d’un rêve, je dois beaucoup, énormément, infiniment, à ceux que j’ai pu aimer lire au point de me donner l’envie de les imiter dans l’écriture.
Et d’abord, dans les bandes dessinées. Bianca Castafiore, unique personnage féminin de premier plan dans les aventures de Tintin, qui rit de se voir si belle en son miroir. Et pourquoi pas.
Ensuite, les personnages des dessins animés. Le génie de la lampe, personnage des aventures d’Aladin, elles-mêmes inspirées des contes des Mille et Une Nuits, recueil anonyme de contes populaires persanes et indiennes en langue arabe. Celui-là, malgré tous ses pouvoirs, ne peut tuer, ne peut rendre amoureux, ne peut ressusciter : portée et limite du «Maître, ordonne et je t’obéirai».
Que ne pas ressentir à cet enseignement profond de Maître Shifu dans Kung-fu Panda : «Hier est passé, demain est un mystère, aujourd’hui est un cadeau, c’est pourquoi on l’appelle le présent».
Une de mes préférées, parce que le personnage central est un rat, «difficile d’imaginer origine plus modeste», reste cette dernière critique d’abdication d’Anton Ego dans «Ratatouille» : «À bien des égards, la tâche du critique est aisée. Nous ne risquons pas grand-chose, et pourtant, nous jouissons d’une position de supériorité par rapport à ceux qui se soumettent, avec leur travail, à notre jugement. Nous nous épanouissons dans la critique négative, plaisante à écrire et à lire. Mais l’amère vérité, qu’il nous faut bien regarder en face, c’est que, dans le grand ordre des choses, le mets le plus médiocre a sans doute plus de valeur que la critique qui le dénonce comme tel. Il est pourtant des circonstances où le critique prend un vrai risque : c’est lorsqu’il découvre et défend l’innovation. Le monde est souvent malveillant à l’encontre des nouveaux talents et de la création. Le nouveau a besoin d’amis. Hier soir, j’ai vécu une expérience inédite. J’ai dégusté un plat extraordinaire d’une origine singulière s’il en est. Avancer que ce plat et son créateur ont radicalement changé l’idée que je me faisais de la grande cuisine serait peu dire : ils m’ont bouleversé au plus profond de mon être. Je n’ai jamais fait mystère du mépris que m’inspirait la devise d’Auguste Gusteau : “Tout le monde peut cuisiner”. Mais, ce n’est qu’aujourd’hui, aujourd’hui seulement, que je comprends vraiment ce qu’il voulait dire. Tout le monde ne peut pas devenir un grand artiste. Mais un grand artiste peut surgir n’importe où. Il est difficile d’imaginer origine plus modeste que celle du génie qui officie maintenant chez Gusteau et qui est à nos yeux rien moins que le plus grand cuisinier de France. Je retournerai bientôt chez Gusteau, plus affamé que jamais».
Enfin, prolongement du dessin et de l’animé, quoique dans un ordre pas nécessairement chronologique d’apparition sur «ma route qui est belle peu importe où elle mène», ce mot tellement humble à en devenir émouvant de l’humanoïde NDR-114 baptisé «Andrew», et incarné à l’écran par Robin Williams dans «L’homme bicentenaire» : «L’on est heureux de pouvoir servir».
«Il y a des milliers de robots similaires à celui que j’incarne, disait Robin Williams, mais celui-ci a quelque chose de spécial…une curiosité, une aptitude à la fascination».

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