Editorial Opinions

Quatrième pourboire

Stupéfaction à Maurice hier où trois confrères de L’Express Maurice, dont le directeur des publications Nad Simaraven , ont dû se rendre à la police qui a procédé par la suite à la perquisition de leur domicile. Pire, Nad a été carrément arrêté avant d’être libéré sur parole mais doit revenir avec les deux journalistes aux Casernes de la police.
Leur tort est d’avoir publié les dénonciations faites par Husein Abdool Rahim à propos de blanchiment d’argent perpétré par le ministre de la Justice Ravi Yerrigadoo, qui a reconnu les faits et a démissionné. L’affaire s’est compliquée par la suite puisque Husein Abdool Rahim s’est rétracté se retournant contre L’Express Maurice qu’il accuse de l’avoir contraint à dénoncer Ravi Yerrigadoo. Il s’est excusé, en présence du ministre, dans les studios de Radio Plus, à chaudes larmes.
Une histoire rocambolesque qui nous rapproche de Maurice où les délits de presse ne sont visiblement pas encore dépénalisés. Ce jour, la police va prononcer les charges que l’on reproche aux trois journalistes qui risquent l’incarcération.
Le journalisme à Maurice se trouve à quelques longueurs devant nous en matière de professionnalisme, d’éthique et de respect de déontologie. On ne peut pas dire que Nad Simaraven, qui avait passé quelques semaines à L’Hebdo de Madagascar à ses débuts avant de fourbir ses armes aux Etats-Unis, ait manqué de lucidité ou de rigueur dans le traitement de l’information. A-t-il été abusé par ses journalistes ? On ne le sait. À ce niveau, le rédacteur en chef est souvent induit en erreur par leurs propres journalistes malgré toutes les précautions, toutes les manies de la vérification et du recoupement. On se laisse avoir par la bonne foi des journalistes n’ayant aucun élément pour pouvoir apprécier la véracité de l’information n’étant pas sur le terrain.
Dans tous les cas, la rétractation de certaines sources d’information est aussi monnaie courante. Des directeurs de ministère n’ont aucune scrupule à renier leurs propos recueillis par un journaliste au cours d’un déjeuner copieux dans un resto lorsque leur poste est hypothéqué. Une information délicate sur la peste pulmonaire ou la peste porcine est difficilement accessible et reste un domaine réservé au ministre concerné. Dans de telles conditions, il est compliqué de bien faire son boulot. Seule la police, pour étaler ses exploits, qui, un bandit notoire non identifié abattu les mains en l’air, qui, un braqueur pris en flagrant délit de préparation d’un coup, fusillé au préalable, excelle dans la communication.
Finalement la situation de la presse est pire à Maurice qu’ici, à en juger cette «Yerrigadoogate» qui secoue toute l’île. Les journalistes mauriciens ne peuvent même pas compter sur un mouvement de solidarité de la corporation pour tenter d’influencer l’État et la Justice. Cela n’a aucun effet dans un petit pays où tout le monde est égal devant la loi et que la presse se situe bel et bien au quatrième pouvoir. Les trois autres sont devant lui et la hiérarchie est ainsi faite depuis un demi-siècle. C’est la nuance avec notre bon vieux quatrième pourboire.

Par Sylvain Ranjalahy

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