L'Express de Madagascar

À ma fille (encore)

«Comme un peintre, qui voit sous ses doigts, naître les lumières du jour, et qui n’en revient pas», je l’aurai vue grandir. Malgré toute la ferme volonté de ne pas faire comme tous les papas du monde, je ne peux m’empêcher le malaise obscur de la voir échapper à ma maîtrise. Panique paternelle.
Je me souviens encore de sa première cuite (involontaire), à quatre ans, quand elle sifflait le fond de mes (nombreuses) chopes de bière. Et là, tout de suite, c’est-à-dire après toutes ces années que je n’aurai pas vu passer, la voilà s’en allant seule avec ses amis au «Buffet du jardin», une institution tananarivienne que j’ai moi-même découverte, il y a trente ans. Ça ne rajeunit personne et certainement pas moi.

Accessoirement, ces jeunes gens fêtaient la désignation de «petite Madame», nommée «DIR» (District Interact Representative), pour le compte de tous les clubs «Interact» (de 12 à 18 ans) du district 9220 Rotary qui comprend, tout de même à son âge, La Réunion, Maurice, Seychelles, Comores, Mayotte, Djibouti et Madagascar. C’est son engagement perso rotarien. Non, le papa-poule ne fait pas (trop) son cocorico.
À sa naissance, je m’étais fendu d’une Chronique qui affectait la distance, malgré l’émotion. Notre éducation, celle que j’ai reçue et que je lui ai transmise, refuse les épanchements qui donnent lieu à spectacle. Je me souviens qu’une prof avait faire lire cette Chronique en certain cours à la Fac des Lettres. Cette amie, et prof, m’avait spécialement appelé pour m’en faire part. Je lui en suis encore reconnaissant d’avoir compris le message. Et son bourru messager bourré.
Cette Chronique de 2002 dort dans mes archives. Je ne la lui ai encore jamais fait lire, et je crois qu’elle la découvrira en même temps qu’elle lira celle-ci dont l’écriture est en cours. Une enfant de quelques jours ne savait ni lire… Là, une femme dans l’éclat/la force/l’insolence (question à choix multiple) de son adolescence pourrait se sentir incommodée que je raconte sa vie.

Un pater qui se pique d’écriture, ça peut être l’honneur/le plaisir/la surprise (question à choix multiple) d’obtenir une dédicace précoce, avant de s’amuser/s’émouvoir/se languir (question à choix multiple) «des mots, toujours des mots, rien que des mots» (non, «épistyle», d’origine latine, désigne une colonne d’architecture) de mes jeunes congénères mâles de son âge. Mais, je comprendrais parfaitement qu’elle puisse trouver cet étalage intrusif.
Donc, de ce qu’elle aura pris comme pli dans son âge enfantin, ici il n’en sera pas question. Moi qui ne me trouvais jamais à mon avantage sur les photographies d’antan (ah, la maîtrise de la «pose» en aura pris des générations de photos de classe), je suis étonné qu’elle ait choisi une photo d’elle, à quatre ou cinq ans, comme fond d’écran de son smartphone, cette fenêtre dérobée sur un monde où Papa n’est pas invité (pas plus que sur Facebook).
Je peux avoir déçu. Et elle est à un âge d’avoir tout à fait le droit de m’en vouloir de certaines choses. Disons que j’aurais fait au mieux, mais que nul n’est parfait. Même Papa.
La lecture, en partage, ma Fille. L’écriture, à l’essai, mille fois sur le métier, tu aimeras. Et, un jour, parce que la nature le commande, nos rôles seront inversés. Oraison.