L'Express de Madagascar

Haute cour, basse manœuvre

La Haute Cour Constitutionnelle a-t-elle cédé aux pressions et aux menaces des cinquante trois députés du parvis de l’hôtel de ville ? Tout porte à le croire à en juger l’arrêt que la HCC a rendu hier en réponse à la requête en déchéance du président de la République. Ce dernier est jugé coupable de ne pas avoir mis en place dans les temps la Haute Cour de Justice mais il a été maintenu à sa place tout en perdant l’essentiel de son pouvoir. La HCC l’a complètement dénudé et sans être déchu, il se retrouve sérieusement affaibli. A preuve, après avoir joué le rôle du législateur dans l’arrêt sur les lois électorales, la HCC a dissous le gouvernement à sa place, ordonne la nomination d’un premier ministre de consensus selon l’article 54 de la Constitution, ordonne l’organisation d’une élection présidentielle anticipée pendant la saison sèche. La HCC a perpétré un véritable coup d’Etat autorisé comme le suggéraient ceux qui réclamaient la démission de chef de l’Etat.
Le Président doit exécuter ses ordres le temps qu’il reste au pouvoir sans avoir la main mise sur les affaires nationales. Il doit désormais cohabiter dans un gouvernement où siégeront ceux qui ont réclamé sa tête. On ignore s’il va encore diriger le conseil des ministres qui risque d’être houleux à en entendre les insultes et les invectives proférées par les cinquante trois députés au quotidien. On se demande s’il est encore possible de parler de consensus dans un climat tendu où les positions sont devenues radicales, les propos d’une extrême violence. On se demande comment on pourra trouver un accord de partages de sièges dans le gouvernement de consensus qui double être formé d’ici quinze jours alors qu’on avait mis deux ans pour y arriver pendant la Transition sous la conduite de la Sadc. C’est d’autant plus difficile que la HCC n’a pas précisé ceux qui sont concernés par le consensus. Est-ce que c’est limité entre le parvis de l’hôtel de ville et le HVM ou il s’agira d’un gouvernement de consensus inclusif comme le souhaitent les médiateurs internationaux.
Tant qu’à faire, la HCC aurait fait mieux en nommant directement le Premier ministre et les ministres pour faciliter les choses. Il aurait du également former le gouvernement de consensus pour clouer le bec aux râleurs, éternels insatisfaits.
La HCC a refilé la patate chaude aux politiciens qui vont désormais se jeter à corps perdu dans la conquête des sièges dans le gouvernement. Les deux grands alliés du parvis vont désormais faire le chacun pour soi. A défaut d’avoir eu le départ du Président, ils vont pouvoir siéger au sein de gouvernement pendant quelques mois avant d’en découdre à l’élection présidentielle où ils vont retrouver leur rivalité sans merci du passé.
Reste à savoir si le gouvernement de consensus est à même d’organiser des élections impeccables dont les résultats seront acceptés par tous. Rien n’est moins sûr étant donné qu’aussi bien à l’époque du Tim que celle de Mapar, les élections ont toujours été synonymes d’irrégularités et de manipulations. Vive le changement.

par Sylvain Ranjalahy