Editorial

Tête-à-queue

Et revoilà le brave Chissano. Cinq ans après sa dernière visite dans le cadre de la médiation internationale pendant la crise de 2009, l’ancien président mozambicain a été de nouveau envoyé par la Sadc pour régler l’imbroglio né samedi à l’issue des affrontements entre manifestants de l’alliance Mapar-Tim où les forces de l’ordre ont capitulé face à l’importance de la masse humaine. Du coup, de simple rapport parlementaire à propos du vote des lois électorales à l’Assemblee nationale, le mouvement populaire a mué en une demande de démission du président de la République, coupable d’avoir tué deux manifestants. On est donc entré dans une impasse politique dont on ignore quand on trouvera l’issue. Le pire est que ceux qui réclament la démission du Président pour corruption et dictature n’ont pas été mieux, loin s’en faut, quand ils étaient au pouvoir.
Pire, si on en arrive là aujourd’hui, c’est à cause de la destruction des valeurs et de l’éthique, la déliquescence de l’état, nées de la crise de 2002 et de 2009. Si le Président démissionne, on aurait donc affaire à deux énergumènes qui ne se sont pas distingués par leur sens de l’État, dont l’un a envoyé l’autre en exil tout en le condamnant par contumace. Aujourd’hui il risque de ne pas pouvoir se présenter à la présidentielle à cause de son bourreau devenu son meilleur allié. Ses partisans demandent aujourd’hui la démission du Président qui lui a permis de rentrer au pays après cinq ans d’exil et une série de Notam infligée par son ami circonstanciel.
Il est clair que le Président n’acceptera pas de démis­sionner aussi facilement même s’il a déclaré être ouvert au dialogue. À part le vote de déchéance à l’Assemblee nationale, on ne voit quelle procédure pourrait permettre sa mise sur la touche. Président élu, il partira sur décision des urnes.
La rue ne pourra pas cette fois contraindre le Président à partir, étant donné que les forces de l’ordre excluent toute prise de pouvoir en dehors des élections. Elles ont plus ou moins pris les protagonistes par le col pour qu’ils trouvent une solution politique à cette crise. La « neutralité » des forces armées change les donnes par rapport à la crise de 2009 où elles ont soutenu les putschistes.
Cette-fois, elles défendent la légalité, les personnes et leurs biens.
Aucun des deux camps n’est donc en position de force pour imposer des préalables dans les négociations. Toutes les parties doivent faire des concessions, sinon on se retrouvera dans la même situation qu’en 2009 où on a fait le tour du monde pour tenter de trouver une solution. L’idée est de confectionner des lois électorales acceptables par tous et qui garantissent des scrutins propres et équilibrés, sans subterfuges juridiques pour la mise à l’écart de certains candidats.
Il ne faut pas retomber dans l’histoire de clef de répartition des sièges du gouvernement, sinon on mettra encore cinq ans avant de pouvoir tenir les élections. Le Président peut remanier le gouvernement à sa guise comme il l’a toujours fait, en jouant cette fois une vraie ouverture.
Il est bien clair qu’a partir du moment où on exige la démission d’un Président élu comme préalable à toute discussion, cela ressemble à un coup d’État sans coup d’éclat. Et quand on est incapable de trouver un terrain d’entente aussi simple, il est normal que la Sadc s’en mêle et joue les gendarmes surtout que l’Emmoreg a capitulé. Pas facile de remettre une situation à l’endroit dans un tête-à-queue.

par Sylvain Ranjalahy 

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