Chronique de Vanf

SAS à Istanbul

Jamal Khashoggi (1958-2018), journaliste saoudien vivant en exil aux États-Unis depuis 2017, s’aventure le 2 octobre 2018, à 13 h 14 (heure locale) au consulat de son pays à Istanbul, Turquie, et n’en ressortira jamais vivant. La Turquie, qui n’est plus celle de Kemal Atatürk, se donne le beau rôle en livrant les détails sordides de l’assassinat : le journaliste aurait été torturé, assassiné, démembré et ses morceaux jetés dans un puits de la résidence du consul saoudien à Istanbul. Donald Trump, le président américain, fait semblant de croire aux explications cafouilleuses de l’Arabie saoudite. L’Iran, de son côté, autre pays éminemment démocratique, est péremptoire : «Aucun pays au monde n’aurait osé pareil crime sans le soutien des États-Unis». La famille des Saoud, multi-milliardaires en pétrodollars, doit lâcher du lest : 18 boucs émissaires seront sacrifiés pour réhabiliter l’image du royaume sunnite auprès de l’opinion publique internationale. Un des membres du commando, officier dans l’armée de l’air saoudienne, serait déjà mort accidentellement le jeudi 18 octobre. Tout le monde fait mine d’accepter que le tout-puissant Mohammed bin Salman, très vite baptisé «réformateur» par l’Occident, n’a rien dit, rien vu, rien entendu.
Le nom d’un vieil ennemi des États-Unis, celui d’Oussam Ben Laden, refait surface à l’occasion de cette affaire Khashoggi. Ancien correspondant international couvrant l’Afghanistan, l’Algérie, le Soudan et le Moyen-Orient, Jamal avait plusieurs fois interviewé Oussama, dans les années 1990. Les Khashoggi et les Ben Laden, toutes deux familles établies à Djedda, se connaissent de longue date. Pour leur part, les Khashoggi sont d’origine ottomane et Jamal se rendait au consulat d’Arabie saoudite pour obtenir les documents nécessaires à son divorce et à un remariage prévu avec sa fiancée turque.
Jamal Khashoggi était le petit-fils du docteur Mohammad Khashoggi, médecin personnel du roi Abdelaziz ben Abderrhamane Al Saoud, fondateur de l’Arabie saoudite, en 1932. Sa tante Samira était l’épouse de Mohammed al-Fayed, le père de Dodi, dernier compagnon de la princesse de Galles, Diana, morte à Paris, en 1997. Son oncle Adnan Khashoggi (1935-2017), à la tête d’une fortune estimée à 4 milliards de dollars, fut considéré comme l’homme le plus riche au monde au début des années 1980 et fit l’objet d’une biographie («The Richest Man in the World : the Story of Adnan Khashoggi», 1986) par le journaliste américain Ronald Kessler, auteur d’une vingtaine de bestsellers sur la CIA, le FBI et les locataires de la Maison-Blanche.
Richissime vendeur d’armes, Adnan Khashoggi avait acquis un des plus grands yachts de son époque. Baptisé du nom de sa fille «Nabila» et dessiné par l’architecte Jon Bannenberg, ce yacht avait été le premier au monde équipé d’une piscine, d’un cinéma, d’une discothèque et d’un héliport. Il aura servi dans une aventure de James Bond, «Jamais plus jamais», tourné en 1983. Suite aux déboires financières et judiciaires, de «AK», surnom d’Adnan Khashoggi, à la fin des années 1980, le «Nabila» sera d’abord racheté par le Sultan de Bruneï avant d’être revendu, en 1987, à Donald Trump, le futur président des États-Unis, qui le rebaptise «Trump Princess». Vendu au prince saoudien Al-Waleed bin Talal, le «Nabila-Trump Princess» s’appelle depuis 1991, «Kingdom 5KR».
Al-Waleed bin Talal bin Abdulaziz al Saud, neveu de l’ancien roi Abdallah, est considéré comme actuellement l’homme le plus riche d’Arabie saoudite. Néanmoins, son «réformateur» de cousin, le prince héritier Mohammed bin Salman l’avait fait arrêter le 4 novembre 2017 dans ce qui était annoncée comme une opération anti-corruption touchant pas moins d’une douzaine de princes de la famille Saoud, enfermés au Carlton de Ryiad. Al-Waleed sera libéré en début 2018 après le paiement d’une «caution» de 6 milliards de dollars…
Gérard de Viliers (1929-2013), le père de «SAS», aurait pu tirer de cette «affaire Khashoggi» la trame d’un beau roman. On imagine «Son Altesse Sérénissime» Malko Linge, prince autrichien contractuel pour la CIA, dévidant l’écheveau de ce générique à la Balzac. N’oublions pas que le tout premier «SAS», lancé en février 1965, avait pour titre «SAS à Istanbul».

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