L'Express de Madagascar

Sous doués

Pourquoi se plaindre qu’il y a trente-six candidats à la présidentielle ? On est bel et bien en plein dans la démocratie, à fond dans le pluralisme. Tous les citoyens ont le droit d’être candidats pourvu qu’ils remplissent les conditions exigées par la loi.
On ne mesure pas tellement l’importance de la liberté face à cette pléiade de candidats. On semble avoir oublié un passé pas très lointain étant donné qu’un de ses représentants est encore en lice dans cette élection présidentielle. On l’aura deviné il s’agit de Didier Ratsiraka, le vice-doyen des candidats. A son époque, aucun parti politique ne pouvait exister en dehors du Front national pour la défense de la révolution . Du coup l’élection était verrouillée dès le départ puisque la candidature n’était pas ouverte et que personne n’osait se présenter contre lui de peur de représailles. Il n’y eut que les téméraires Monja Jaona en 1982 et Manandafy Rakotonirina en 1989 qui se présentaient contre l’amiral Ratsiraka.

On a toujours réclamé le pluralisme et la liberté d’expression et d’opinion. Cette flopée de candidats en est l’illustration. On le regrettera un jour quand le futur président s’évertuera à tout verrouiller pour consolider son pouvoir. Certes, il faudra mettre des balises pour éviter les candidatures des pitres mais le nombre de candidats ne devrait pas être un sujet de sarcasme. Les trente-six candidats ne sont pas tous mauvais même si la plupart confondent entrepreneuriat et gestion de l’État, notoriété sociale, réussite professionnelle ou popularité artistique et gouvernance.

Très peu de candidats ont l’étoffe d’un homme d’État. Ils ont beau être sérieux et déterminés, la gouvernance politique n’a rien à voir avec la gestion d’une entreprise. Justement, car c’est en confondant le management d’une société avec la conduite d’une Nation, en faisant de la salade avec les chiffres d’affaires d’une société et les finances publiques qu’on a réussi l’exploit de faire de Madagascar le pays le plus pauvre au monde.
La plupart des candidats disent avoir un projet de société bien ficelé, un programme de développement conçu minutieusement à long terme. Mais il faut d’abord commencer par le plus simple. Le principal mal qui ronge le pays est la catastrophique gestion des finances publiques. Aucun candidat n’en parle or si on arrive à bien gérer les ressources de l’État, on aura résolu la moitié des problèmes.
Le rétablissement de la plaque rouge pour toutes les voitures administratives montre comment l’État dilapide son argent dans le luxe pas forcément nécessaire. Si le futur président n’est pas prêt à revoir totalement la façon dont l’État dépense son argent, on restera au même stade, on se retrouvera dans la même situation dans quatre ans.

La hiérarchisation, la priorisation des dépenses de l’Etat est primordial. C’est le premier pas dans la bonne gouvernance.
L’État dépense beaucoup et n’importe comment depuis 40 ans. C’est l’une des principales causes de l’appauvrissement. Il est inadmissible que ni l’éducation ni les soins ne sont pas gratuits alors que l’État décaisse par des centaines de millions d’ariary pour des futilités.
Quand on voit l’argent dépensé par beaucoup de candidats dans la communication bien avant la campagne, un investissement qu’ils se feront rembourser par l’État une fois élus, on peut affirmer qu’on n’est pas sorti de l’auberge, qu’on se retrouvera avec les mêmes méthodes, les mêmes principes. Et on espère avoir des résultats différents.

On aura peut-être beau élire, le moins mal des trente-six candidats, l’histoire nous enseigne que quelle que soit l’origine professionnelle du président, on a toujours eu affaire à des sous doués.
Il est vrai que quantité et qualité sont deux sœurs siamoises qui vont séparément en politique.