Texto de Ravel

Recette réussie de manipulation de masse

Pour un résultat croustillant de manipulation de masse, il faut mettre en condition l’ingrédient principal : le peuple. De préférence, choisir celui qui a peur de la confrontation. Si vous trouvez ceux avec l’étiquette « fihavanana » et d’autres mots devenus vides de sens, cela sera parfait. Le conditionner par des années de colonisation avec comme principal assaisonnement le « diviser pour régner ». Puis après des décennies d’aliénation identitaire et de division interne, continuer à macérer avec soixante-huit années de mauvaise gouvernance. Il est tout à fait recommandé que pendant ce temps, vous ajoutiez tous les cinq ans une grande pincée de crise politique et sociale. Pour ce faire, n’oubliez pas de maintenir le peuple à une température de pauvreté, de famine et d’ignorance totale.
Après ce conditionnement, il est temps de travailler la matière. Premièrement, faire entrer petit à petit l’individualisme, l’appât du gain facile par la corruption généralisée. Abêtir en mettant en place un système d’éducation inapproprié et vide de sens. Mettez-y également une bonne dose de peur pour que le tout soit bien stabilisé et assujetti. Afin de maintenir à la bonne température, éparpillez ici et là des dirigeants malhonnêtes qui musèleront à leur manière ce peuple. Il est à noter que plus vous en mettez, mieux ce sera. Alors, n’hésitez surtout pas !
Le magnifique goût s’obtient quand le peuple est tout à fait bête et manipulable à souhait. Il devrait être à la recherche d’un messie et n’est pas conscient que son avenir passe par un long travail. Manipulable à souhait, cela signifie également qu’il est atteint d’une amnésie chronique et généralisée. Que même torturé, affamé, pillé durant des années, il ne peut se révolter et trainer en justice ses bourreaux. Pire, quand les tyrans reviennent, ils sont accueillis en sauveurs. Une fois cette consistance obtenue, vous aurez la recette presque parfaite. Pour finir, donnez au peuple des outils de communi­cation controversés sans éduquer. Au contraire, farcir à volonté de fake news, de désinformation et de manipulation des faits. Il ne saura jamais qu’entre ce qu’il voit, il y a ce que l’on veut bien lui faire voir, lui faire croire et la vérité. Mieux, il ne pourra même pas savoir que la vérité elle-même dépend de celui qui la dit. Entre ce que l’on dit, ce que l’on pense, ce que l’on fait, il peut y avoir un hiatus infernal.
L’allégorie de la Caverne de Platon, située au livre VII de « La République » semble bien résumer la situation. Pour mieux comprendre prenons un extrait évocateur. « Voici des hommes dans une habitation souterraine en forme de grotte en longueur, ouvrant à la lumière du jour l’ensemble de la grotte ; ils y sont depuis leur enfance, les jambes et la nuque pris dans des liens qui les obligent à rester sur place et à ne regarder que vers l’avant, incapables qu’ils sont, à cause du lien, de tourner la tête ; leur parvient la lumière d’un feu qui brûle en haut et au loin, derrière eux ; et entre le feu et les hommes enchaînés, une route dans la hauteur, le long de laquelle voici qu’un muret a été élevé, de la même façon que les démonstrateurs de marionnettes disposent de cloisons qui les séparent des gens ; c’est par-dessus qu’ils montrent leurs merveilles. […] »
Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ils n’ont jamais vu directement la lumière du jour, dont ils ne connaissent que le faible rayonnement qui parvient à pénétrer jusqu’à eux. Des choses et d’eux-mêmes, ils ne connaissent que les ombres projetées sur les murs de leur caverne par un feu allumé derrière eux. Des sons, ils ne connaissent que les échos.
Que l’un d’entre eux soit libéré de ses chaînes et accompagné de force vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer. Alors, Ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? S’il persiste, il s’accoutumera. Il pourra voir le monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition antérieure, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : « Ne le tueront-ils pas ? ».

par Mbolatiana Raveloarimisa

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