Chronique de Vanf

Une autre «fin de l’Histoire»

Le fondateur de l’AREMA refuse de passer la main. Les partis politiques malgaches n’ont pas la profondeur historique des principaux partis des démocraties établies. Ils n’ont pas non plus éclos et mûri dans un contexte de querelles doctrinales qui furent autant d’émulations d’idées.
Sans doute, pour «rester Malgache», ne nous faut-il pas transposer ici une grille de lecture qui a vu l’Europe évoluer petit et sur plusieurs siècles, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne, et la revanche de la «paix perpétuelle» de Kant avec l’ère onusienne post-1945 : les philosophes grecs, les juristes romains, l’absolutisme royal, l’Église catholique se transformant en monarchie pontificale, l’essor des villes et des universités, double creuset des premiers intellectuels, l’idée de l’État et sa naissance, le séisme de la Réforme et ses perspectives d’ouverture, le progrès des savoirs et la Renaissance, les «Lumières», le temps du despotisme éclairé avant le «moment» de la Révolution française, la découverte de la nation, l’âge industriel, l’avènement du marxisme, les expériences socialistes, la synthèse sociale-démocrate.
Le parti social-démocrate allemand, né 1875, s’éloignera progres­sivement des idées de Marx et de son idéologie révolutionnaire. Le Labour britannique, qui a lentement mûri entre 1900 et 1914, développera le modèle de l’État-providence. Le Parti socialiste français est né au Congrès d’Épinay de 1971, avant de marginaliser progressivement le Parti communiste et de se rallier définitivement à la démocratie parlementaire. Le New Labour britannique prétend, depuis 1997, concilier socialisme et libéralisme dans une «Troisième Voie».
Cette évolution lente fut le fruit de controverses doctrinales, de querelles idéologiques, de va-et-vient des idées. Plutôt qu’une illumination collective, il s’est agi d’une adhésion, d’abord hésitante avant de se faire de plus en plus déterminée, à une évidence pragmatique.
Les partis politiques malgaches actuels n’ont pas la richesse «idéologique» de leurs devanciers en butte à l’administration coloniale : une forme de nationalisme idéologique a été élaborée et proclamée depuis le VVS (Vy Vato Sakelika, 1913) jusqu’à l’AKFM (parti du congrès de l’indépendance, 1958), en passant par le MDRM (Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache, 1946). Certains ont pu voir dans la «Charte de la révolution socialiste» (1975), une réminiscence confuse des idées de l’AEOM (Association des Étudiants d’Origine Malgache, fondée en 1934 à Paris). Depuis la Chute du Mur de Berlin (1989), qui a entraîné chez nous l’effondrement du «Manda-tehezana» (front national pour la défense de la révolution), c’est comme si on assistait à une «Fin de l’Histoire» idéologique à Madagascar.
L’inventaire du nom des partis et groupuscules qui prétendent à la présidence de la République raconte cette désaffection du terrain des idées pour l’assiduité courtisane auprès de «L’Élu». Les autres partis, dont on a tous découvert le nom seulement au moment de la décision de la Haute Cour Constitutionnelle, étant, au pire inconnus, au mieux anecdotiques, je ne vais considérer que les derniers à avoir exercé le pouvoir. Sauf que les HVM, TGV ou TIM sont définitivement trop la «propriété» de celui pour lequel ils avaient été respectivement créés de toutes pièces. D’abord pour la seule conquête du pouvoir en tablant sur les ralliements ultérieurs de ceux qui, toujours et infailliblement, volent au secours de la victoire. Quant à l’entêtement de Didier Ratsiraka à incarner, encore en 2018, et seul, le parti AREMA qu’il avait créé en 1976, il peut être lu de deux manières : un cas pathologique d’ego surdimensionné, sinon l’absence, tout aussi morbide, de relève chez ceux qui n’ont jamais osé «tuer le père».

1 commentaire

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  • Querelles doctrinales… très bien.
    Mais pour quelles conclusions objectives à l’aube de ce 21eme siècle ?
    Au regard du contexte qu’a accouché le fil de l’histoire longue de l’économie politique, on est obligé de prendre acte, aux temps présents, de l’avènement absolument triomphant – car sans partage – du turbo capitalisme comme mode de production rigoureusement exclusif à l’échelle de la planète. Le caractère très discutable de la pertinence des « querelles doctrinales » se confirme un peu plus chaque jour en ce que celles-ci ne se résument in fine – et dans les faits – qu’à des ergotages strictement prisonniers de la sphère « théorico-intellectuelle narcissique » dont la réalité du terrain se charge de confirmer l’impuissance ontologique – donc le caractère strictement inopérant face à la force brute de l’argent.
    Une illustration éclatante – car relevant du symbole – en est l’acoquinement contre-nature d’un Tony Blair [Labour UK] avec un George Bush [US Rep – faucon] à la faveur de l’écrasement de « l’idéologie » et des prérogatives du premier par celles du second sur le terrain des guerres sanglantes du Capital. Donc phagocytage vorace et total par un Capital métallique acéré de tout ce qui s’apparenterait, de près ou de loin, à l’expression d’une humanité vivante [même dans sa forme la plus falsifiée que fut la « Gauche » de Blair et bien d’autres « gauches » du moment…]. ´y a qu’à ouvrir sa télé quelques minutes n’importe quand pour le voir…
    Pourquoi donc « ergotages » ?
    Y aurait-il donc – no matter what – un caractère inéluctable à la « Domination Réelle » du Capital, in fine ? Marx – en partie intellectuellement outillé par Hegel – en décrit le processus depuis les profondeurs de son fil historique jusque dans ce qui étaient alors pour lui des prédictions, prédictions dont nous avons aujourd’hui le privilège d’observer sans nécessité d’effort la précision redoutable. Chacun est libre de se documenter directement, et par delà les prismes et tropismes « colorants » au travers desquels les représentants objectifs [conscients ou non] des nécessités solvables du Capital nous présentent les versions « officielles » de Marx.
    Des « intellectuels » à la virtuosité indiscutable ont bien essayé « d’aménager » d’hypothétiques volets humains dans ce « déroulé» inexorable, mais ceci à la faveur de « confrontations idéologiques » dont l’intérêt – nous disent in fine les faits de 2018 – reste confiné aux sphères « intellectuelles ». L’homme du quotidien étant, lui, factuellement réduit à l’état d’instrument travailleur/consommateur inconscient de sa condition par les besoins solvables de l’alienation capitaliste. Ceci par toutes sortes de violences dès que nécessaire en fonction des contextes.
    Ce que d’aucuns peuvent voir comme des « éclaircies » à la faveur d’idéologies perçues comme « adéquates » car arrimées à une « croissance » permise par des contextes particuliers limités dans l’espace et dans le temps, la logique illusoire du profit permanent coûte que coûte (c’est bien ce dont il s’agit) en réduit de plus en plus la seule possibilité d’occurrence (desdites « éclaircies »), tout en multipliant ses effets perverses qui se voient de plus en plus dans toute leur laideur. Donc espérer re-développer de telles éclaircies en restant dans le même référentiel de valeurs est effectivement illusoire. L’Histoire ne repasse pas les plats… et a même ses raisons, nous apprend Hegel…

    Donc nous gasy dans tout cela ?
    Nous n’avons pas perdu de temps avec les « confrontations idéologiques ». Nous sommes allés docilement droit aux buts que nos maîtres des besoins solvables du capital nous ont enseigné par l’exemple:
    Aujourd’hui nous pillons nos tombes pour l’argent. Nous « vendons » donc jusqu’à notre lien ontologique au cosmos. Tout dans notre quotidien s’achète et se vend (corruption). Meilleur élève de l’esprit fondamental du Capital, tu meurs…
    Un virtuose Ratsiraka s’est bien essayé à la dialectique… oui… mais pour quels résultats ? Il n’a été que le pâle plagiaire de penseurs qu’il n’a compris qu’à travers les prismes déformants officiels… il s’est essayé au processus dialectique en manipulant des objets qui ne relèvent pas de la temporalité de notre psyché de malgaches…Total aucune concurrence locale ne pouvait lui être opposée sur ce terrain… terrain que nous ne maitrisons pas jusqu’à aujourd’hui – sans que cela ne soit une question d’éducation… l’éducation n’étant pour nous que copiés collés de ce que nous ne sommes pas, d’où notre vautrage dans la médiocrité… mais unis dans le capital avec le reste du monde, peut-être notre chance sera-t-elle de pouvoir faire valoir notre subjectivité humaine aux côtés des autres peuples, lorsque l’épuisement structurel de ce système voué à l’échec arrivera à son point de collapsus. Collapsus sous quelle forme ? A voir… guerre mondiale ? Soulèvement radical d’une masse critique de peuples a l’unisson who knows…
    Épuisement structurel du système pourquoi ? car tuer son propre fuel (l’humain réifié en consommateur) figure dans son propre ADN…