Chronique de Vanf

Feuille de route de la fuite en avant

On m’a demandé si la «Refondation» était antinomique avec l’organisation immédiate d’élections anticipées. Je vois s’organiser ceux qui se sont accaparés une vieille idée , la «Refondation», à laquelle il faudra désormais trouver un nouveau nom de baptême pour éviter la confusion, non seulement avec certains personnages en tête de gondole, mais surtout les pratiques dont ils sont coutumiers dans une absence totale d’éthique. J’entends également orchestrée la campagne de dénigrement contre un délai supplémentaire de réflexion.
Je pense qu’aller à des élections pour des élections est une feuille de route de la fuite en avant. Et pour avoir toujours demandé à ce que les vrais problèmes de ce pays soient abordés sans tabou, je ne peux que constater la récurrence des crises politiques quelques mois après des élections chaque fois prétendument «transparentes, honnêtes et crédibles». Une solution pérenne à nos problèmes structurels n’est donc pas dans des élections pour des élections. Au mieux, ces élections offriront au meilleur opportuniste une chance historique de parler enfin vrai au mieux de l’intérêt général. Mais, les hommes politiques étant ce qu’ils sont, et la classe politique malgache étant particulièrement ce qu’elle est, c’est-à-dire rien de bien recommandable, on peut raisonnablement douter que ceux qui ont créé les problèmes, au point de devenir eux-mêmes Le problème, puissent, déjà avoir la volonté politique de cette recherche, mais encore trouver quoi que ce soit.
La population malgache est dangereusement amnésique. On lui parle «réconciliation», mais elle oublie de réclamer la «vérité». On lui promet la «paix», et elle oublie de demander «justice». On lui demande d’accorder son «pardon», et elle oublie d’exiger des «excuses».
Mais, parce que la mémoire doit être inlassablement rafraîchie pour ne pas retomber indéfiniment dans les mêmes travers, voilà que je me souviens de l’usage malgache de ce mot de «Refondation», qui a une histoire plus longue en d’autres pays et sur d’autres continents.
J’ai donc retrouvé ce communiqué : «La Coordination Nationale des Organisations de la Société Civile (CNOSC) a officialisé ce jour (23 juillet 2010) son existence. Elle a ainsi pour objectif la médiation pour la sortie de crise et la refondation de la République. La Coordination Nationale des Organisations de la Société Civile est née de la volonté de trois grands groupements de la société civile (Alliance des Organisations de la Société Civile, Coalition des Organisations de la Société Civile et le KMF/CNOE) de mettre en commun leurs efforts pour trouver une sortie de crise consensuelle, inclusive et pacifique et que les alternances politiques se fassent désormais dans le respect des institutions et de la démocratie. Afin d’éclairer l’opinion publique, la CNOSC rappelle qu’elle a pour mission d’assurer la médiation nationale et de préparer la refondation de la République à travers l’organisation de la Conférence Nationale Souveraine. La médiation nationale a pour résultats attendus d’établir le Cadre Juridique Consensuel de la Transition et la feuille de route de la transition. La refondation de la République a pour résultats attendus d’établir la Constitution ainsi qu’une dizaine de textes fondamentaux» (communiqué du 7 septembre 2010).
J’ai également retrouvé cette invitation à la «Journée bloquée de la Refondation» : «Les élections, présidentielles et législatives, n’arrivent pas à assurer la stabilité des Institutions de la République et la sérénité est loin de s’instaurer au sein de la population. La mise en œuvre de la Réconciliation Nationale et de la Refondation de la Nation est indispensable voire incontournable pour établir un climat d’apaisement, assurer la bonne gouvernance et le développement harmonieux et équilibré de chaque Région. À cet effet, une journée de réflexion axée plus particulièrement sur la Refondation de la Nation sera organisée par des entités qui ont milité et sont acquises à cette cause le 17 Juin 2014 au BUCAS Antanimena à partir de 9 h».
Je n’ai pas oublié, au passage, cette interview de l’ancien juge international RaymondRanjeva : «Fondamentalement, la crise malgache est une crise à répétition. Tout simplement parce que nous n’avons pas eu le temps de réfléchir aux problèmes fondamentaux de l’État depuis notre indépendance en 1960. Quel type de société, quel type de pacte social voulons-nous ériger à Madagascar ? La seule fois où une telle discussion a pu avoir lieu, ce fut en 1973, au moment du passage de la première République au régime du général Ramanantsoa. Mais ces débats ont été escamotés, car les partis politiques ont eu peur qu’un nouveau pacte social et politique n’entraîne l’avènement d’une nouvelle classe de dirigeants politiques et ne remette en cause leur situation de rente. On a ensuite vécu sur cette lancée. À chaque crise, on a refait les constitutions. Mais les problèmes de fond qui minent la société malgache n’ont jamais été résolus. La nature du pouvoir, fondamentalement clientéliste, n’est pas fondée sur une morale de résultats mais sur une morale d’intentions. Il est nécessaire de revoir les bases même du politique à Madagascar et c’est à quoi un régime de transition devrait normalement s’atteler. Autrement, le passage à la 4e République ne sera que le report à une date plus ou moins rapprochée de la survenance d’une nouvelle crise» (swissinfo.ch, août 2011).
Il était alors question de « démanteler la législation scélérate». Mais, n’est-ce pas, déjà, au premier chef, cette Constitution élaborée unilatéralement et adoptée à la hussarde en 2010 ? Et ce serait encore au nom de cette «législation scélérate» que l’on ferait élire le prochain Président de la République, les futurs Parlementaires et les édiles d’une Décentralisation qui a peut-être envie de devenir un Fédéralisme ?
Alors, des élections juste pour des élections, conception monopolistique de la démocratie – non pas celle des plus capables, mais celle des plus nombreux – auraient certainement l’assentiment de ceux qui nous les financent. Cependant, le concept de Développement Durable, qu’également on nous finance, exigerait qu’on lève l’hypothèque de problèmes fondamentaux qui n’ont pas disparu simplement parce que nous refusons de les voir.

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