Editorial Opinions

Population fantôme

Vingt cinq ans après le dernier recensement, on s’attelle à recompter le nombre exact de la population. Une initiative louable mais il a fallu l’aide des partenaires internationaux pour pouvoir le faire. On n’a même pas de sous pour compter combien nous sommes. Tout a été donc approximatif jusqu’ici. Tout a été calculé à partir des projections statistiques. Et tout le monde y va de son chiffre. Le nombre total des députés est de cent cinquante et un alors qu’il y en a soixante-dix neuf dans un camp et soixante treize dans l’autre.
Les trois opérateurs en téléphonie affirment chacun avoir le plus grand nombre d’abonnés frôlant les dix millions pour une population de vingt-deux millions. La Commission nationale électorale indépendante annonce un nombre de dix millions d’électeurs alors que sur vingt-deux millions, 65 % ont moins de dix-huit ans donc pas électeurs.
Même le nombre de morts dans un accident de voiture diffère d’un journal à l’autre.
Quand on sait que des millions d’enfants naissent sans copie d’état civil, on peut avoir une idée de l’imprécision des chiffres avancés.
Les dés sont donc pipés dès le départ et c’est normal si, à chaque élection, chaque candidat a ses propres résultats dans un scrutin avec des morts parmi les votants à en croire l’augmentation subite du nombre d’électeurs.
Tout se résume à l’impression de la rue. On se dispute la majorité à travers la relative affluence pour se permettre tous les droits et tous les abus. Comme si avoir une foule avec soi équivaut à toutes les permissions, à être au dessus de la loi alors qu’on lutte justement contre la corruption, les abus de pouvoir. On fait exactement la même chose, voire pire, quitte à snober une convocation de la gendarmerie pour violences et voies de fait, se croyant nanti d’une immunité populaire. On montre l’illustration parfaite de l’impunité qui sera, à en juger par les comportements et attitudes des abonnés du parvis, que la règle générale dans un futur proche n’est pas sans rappeler la période de la Transition.
Il ne faut pas compter sur l’actuel recensement pour rétablir les choses. Avec des agents recenseurs mal formés, des questionnaires pour le moins bizarres, la mise à l’écart des fokontany, on voit mal comment on pourrait arriver à avoir des chiffres plus proches des réalités. C’est fastidieux de compter les gens un à un, faire le tour des foyers, arpenter les cent vingt mille fokontany, dépouiller les données puis les synthétiser. On n’y arrivera jamais.
Quand on voit qu’il y a autant de monde dans tous les spectacles organisés durant les fêtes de la Pentecôte, tout comme dans les églises, dans les stades, sur les avenues, on a la certitude que les chiffres sont faux.
Rien qu’à Antananarivo il ne devrait pas y avoir moins de cinq millions d’âmes.
Il aurait fallu partir sur des structures fonctionnelles comme les fokontany qui maîtrisent mieux les données concernant leur population. Ç’aurait été mieux de donner des formations au personnel des fokontany, les doter de moyens informatiques pour faciliter les tâche. Ce recensement aurait été une bonne occasion de revitaliser les fokontany et de les responsabiliser. Mais c’est peut-être anticonstitutionnel, étant donné que les fokontany ne figurent pas parmi les collectivités territoriales décentralisées. Ceci explique certainement cela.

Par Sylvain Ranjalahy

1 commentaire

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  • Les chefs de fokontany auraient pu se porter volontaire pour effectuer ce travail de recensement. Faut-il donner une responsabilité ou un ordre à quelqu’un pour qu’il s’investisse pour le pays?

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