Editorial

Mauvais tour

Tout est possible. Entre les déclarations de la Ceni qui affirme à cor et à cri que tout a été correct, qu’il n’y a pas eu la moindre manipulation des voix malgré les récriminations de certains candidats et les propos du directeur de cabinet de la Haute Cour Constitutionnelle qui révèle que la HCC a ses propres procès verbaux et son logiciel, on n’est ni chair ni poisson.
On veut bien croire la Ceni que tous les candidats accusent de manipulation de voix. Tout le monde se dit donc victime. Aucun candidat n’a été privilégié étant donné que celui qui termine en tête au premier tour n’a pas ménagé la Ceni. Le second l’a accusé d’avoir reçu des espèces sonnantes et trébuchantes avant de ravaler ses propos quand les résultats provisoires ne justifiaient pas les accusations avancées.
Le troisième en voulait également à la Ceni lors des tout premiers résultats où il végétait en bas du tableau. Mais il a fait une remontée spectaculaire au détriment des deux premiers qui ont vu leur score s’effriter. Certes, il ne disputera pas le second tour mais il en sera l’acteur principal avec son pourcentage.
À qui donc ont profité les manipulations ? Pas à Ravalomanana qui l’aurait emporté au premier tour s’il avait eu la possibilité de truquer les résultats. Pas à Rajaonarimampianina non plus car il disputerait le second tout s’il pouvait maquiller les résultats des urnes. Encore moins à Andry Rajoelina qui finit premier mais pas avec le pourcentage qu’il souhaitait pour boucler l’élection dès le premier tour.
Tout compte fait, la HCC pourrait donc publier les mêmes résultats avec des changements minimes dus à l’annulation des résultats de certains bureaux de vote que la Ceni a laissé en l’état. Pour que Andry Rajoelina l’emporte au premier tour, il faut qu’on lui rajoute 600.000 voix. Vu l’écart serré entre lui et Ravalomanana, c’est presque impossible sauf un prodigieux tour de prestidigitation de la HCC. Mais tout reste possible. Le directeur de cabinet de la HCC a annoncé qu’il n’hésiterait pas à recompter les voix s’il le faut avec l’aide d’un autre logiciel avec lequel la HCC a visiblement traité la requête en déchéance du Président et le règlement de la crise du mois d’avril. Autrement dit, la HCC va refaire tout le travail de la Ceni avec confrontation des PV qui ne sont donc pas les copies de ceux de la Ceni. Si c’était le cas, ce serait un désaveu cinglant pour la Ceni qui se verrait alors dessaisi de l’organisation du second tour.
De nouveaux résultats totalement différents de ceux publiés par la Ceni pourraient ainsi être proclamés le 28 novembre. Reste à savoir si les déclarations du directeur de cabinet de la HCC traduisaient des intentions réelles ou avaient tout simplement pour objectif de calmer les esprits des manifestants à Ambohidahy qui font pression sur elle au quotidien pour l’annulation du scrutin. La HCC a le choix entre confirmer les résultats du premier tour, donner la victoire au premier tour à un candidat et annuler le scrutin. Un grand dilemme étant donné qu’il faut choisir la meilleure option qui ne sera pas le germe d’une nouvelle crise. Entre la vérité des urnes et la recherche d’apaisement, il n’est pas facile de trouver une asymptote. Dans tous les cas, il faut s’attendre à un mauvais tour.

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