Courrier des lecteurs

Le peuple malgache ne doit pas se laisser voler l’élection

Nous voilà aujourd’hui dans les tréfonds de l’Absurdie, ce pays dont les règles nous sont encore inconnues. Car, en cas de contestation générale des résultats par tous les 36 candidats, la CENI a-t-elle encore une légitimité quelconque, pour organiser le second tour ? Et en attendant d’y voir plus clair, que faire des résultats proclamés ? Les candidats qui se sont fait voler des voix ont fait des scores ridicules, et c’est pour cela que personne ne les prend au sérieux. Mais s’ils avaient pu réaliser leurs vrais scores respectifs, où seraient aujourd’hui les candidats du second tour, et qui seraient les faiseurs de roi ? On aurait à coup sûr un paysage très différent, et une issue très différente. Mais aujourd’hui, impossible de savoir ce que voulait exprimer véritablement le peuple malgache faute de résultats incontestables.

Et malgré tout cela, nous voilà poussés par la communauté internationale vers un second tour qui ne satisfait aucun Malgache. Le credo des observateurs internationaux est en effet depuis les Indépendances, qu’une élection bâclée vaut mieux que pas d’élection. Mais quand on voit les troubles ouverts depuis avril jusqu’à aujourd’hui, c’est-à-dire une crise larvée sur sept mois, je crois qu’on ne peut pas manquer de se demander si le rendez-vous électoral a été organisé avec suffisamment de jugeote. Et peut-être que les manifestants et les candidats qui demandaient un report des élections en attendant que soit assurée la stabilité de la République, s’ils paraissaient hors sol à l’époque, étaient plus perspicaces finalement que tous ceux qui se sont lancés à corps perdu dans des élections brouillonnes et chaotiques. À force de brouiller la rivière pour pêcher les poissons, les candidats vainqueurs ont ruiné leur chance d’être les présidents d’un pays apaisé. Ils ont au contraire rouvert la boîte de Pandore, et relancé un cycle de crises tel que Madagascar ne voulait plus en connaître. Et cela, par esprit de vengeance, par ambition personnelle, et en prenant en otage le destin de tout un peuple.

Puisque le vote du peuple est bafoué dans les urnes, c’est maintenant en-dehors des urnes que nous devons nous faire entendre de la CENI et de la HCC. Pour éviter les violences post-électorales, pour éviter la menace d’un nouveau coup d’État, c’est maintenant à nous, Malgaches, de nous prononcer clairement en faveur de la clarification du processus électoral. Avant que les deux finalistes ne s’autoproclament chacun président, avant que le pays ne sombre dans l’anarchie post-électorale, avant que tous les acquis économiques des dernières années ne s’effacent et que Madagascar redevienne un pays paria, nous devons tout faire pour rétablir le dialogue entre Malgaches par-delà les divisions politiques. Ne nous laissons pas piéger, ne nous laissons pas enfermer dans un dilemme entre deux putschistes, ne nous soumettons pas à la fraude ! La résignation est la pire des humiliations. Organisons-nous et protestons contre le rapt de la démocratie, jusqu’à ce qu’on obtienne un recomptage transparent et vérifiable des procès-verbaux ! Ne nous laissons pas confisquer notre démocratie par la corruption ! Le combat pour la vérité ne fait que commencer.

par Rabehajaina Richard

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter