L'Express de Madagascar

Aiuto*, aiuto, auto-dérision…

Cinq élections présidentielles et cinq référendums. Dix scrutins nationaux, et bientôt onze avec les élections présidentielles de novembre 2018, en vingt-sept ans. Peu de pays au monde peuvent se targuer d’avoir consulté leur population tous les deux ans et cinq mois…
Depuis 1991 et la fin de la République socialiste, suivie de l’instauration du multipartisme, les Malgaches auront donc participé à dix scrutins nationaux : Cinq élections présidentielles (1993, 1996, 2001, 2006, 2013) et Cinq référendums constitutionnels (1992, 1995, 1998, 2007, 2010).
Cette régularité de métronome, façade éminemment démocratique qui sauve bien des apparences, aura été ponctuée de trois crises politiques avec grandes manifestations populaires, communément appelées «rotaka» (pour désigner la même révolte, les Indonésiens emploient «rontakan») : 1991, 2002, 2009. Il s’en est fallu de peu que l’année 2018 n’enrichisse le triste record d’assiduité sur la Place du 13 mai.

Trente six candidats à la présidence de la République. Dans un pays de 20 millions théoriques d’habitants (puisqu’on a oublié d’effectuer le recensement général depuis 25 ans), et qui compte une centaine de partis (un parti politique pour 200.000 habitants), il ne faut plus s’étonner de rien. Au Vénézuéla communiste, le billet d’un million de pesos peut tout juste acheter une tasse de café. À Madagas­car, la caution de 50 millions ariary était censée dissuader les candidatures farfelues : il faut donc croire que 50 millions seraient la nouvelle unité locale. Néanmoins, les budgets de campagne, absolument faramineux pour certains, ne s’évalueraient pas en multiples de 50 millions d’ariary, mais s’énoncent désormais en millions d’euros : au taux d’un euro pour 4000 ariary, cela économise beaucoup de zéros. Ne plus s’étonner de rien, dans un des pays les plus miséreux au monde : abonné à l’initiative en faveur des contrées pauvres et très endettées, doyen du club improbable des pays les moins avancés.

On a déjà vu des gens se porter candidat juste pour se voir nommer dans un prochain gouvernement : 50 millions d’ariary, cela fait un peu cher le «ticket», mais la même unité vaudrait également pour une entrée «préférentielle» dans la police, dans la gendarmerie, dans l’armée, dans la justice, aux finances, dans l’administration. Sous d’autres cieux, cette voie directe, mais toujours au mérite, s’appelle «le tour extérieur», tandis que la sortie parmi les meilleurs de sa promotion situe le lauréat «dans la botte»). Lequel des 36 candidats proclamerait haut et fort une lutte implacable contre toute forme de corruption, alors qu’une question double restera certainement sans réponse : la source de tout cet argent et le mobile de ces financements miraculeux.
Cette élection présidentielle sera à trois temps. La séquence de l’éligibilité ou de la disqualification dont la Haute Cour Constitutionnelle vient de s’acquitter, sans préjudice, selon l’expression consacrée, de «nouveaux développements». On avait pu entendre, lors des dernières élections présidentielles françaises, cette expression devenue proverbiale : «Imagine-t-on le général de Gaulle mis en examen ! ».

Viendra le temps du scrutin proprement dit et de ses péripéties habituelles : à croire que la multiplication des scrutins n’a pas pour autant professionnalisé l’organisation. «Hadimiana ambony», on se plaindra des défaillances de la liste électorale et du nombre à géométrie variable des bureaux de vote ; «Hadimiana ambany», on s’impatientera chaque jour un peu plus contre le long délai d’acheminement des derniers procès-verbaux : combien de multiples de 50 millions d’ariary auront pourtant suffi à mettre en place ce vote électronique, antidote sérieuse aux suspicions (les fameux «ahiahy tsy ihavanana»)
de manipulation, de falsification, d’égarement fort opportun en cours de route.
Enfin dans un dernier temps, et à moins que tout le monde s’engage solennellement à respecter les résultats sous peine d’un nouveau crime de parjure sanctionné par le bannissement du tombeau familial, il reste à prier que la solution électorale ne devienne pas le prochain problème de ce pays.

*à l’aide, à l’aide