Opinions Texto de Ravel

Un moment de silence

Il se nomme Sedera Rakotomalala. Il n’a que 27 ans. Père d’une petite fille et mari aimant. Il était surveillant au Lycée Technique et Commercial (LTC) d’Ampefiloha. Oui, il était, car Sedera est mort le 17 mai dernier d’une mort « bête », d’une mort injuste et inacceptable. Une histoire qui est loin d’être banale et qui démontre à quel point la situation est grave. Un match de basket tout à fait comme les autres organisé par le Bianco au palais des sports Mahamasina le mercredi 16 mai.
Tout a commencé par un accrochage entre les supporters des deux équipes que ce brave surveillant a fini par maîtriser. La situation semblait redevenue calme. Pourtant des élèves du lycée Jean-Jaseph Rabearivelo l’auraient suivi jusqu’en dehors de l’enceinte du palais. Le jeune homme aurait été roué de coups jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Touché gravement au ventre, il succombe le 17 mai à quatre heures du matin.
On dira qu’il est mort comme un soldat au front. On pourrait lui rendre des hommages mais c’est trop facile. En effet, le soldat qui va au front sait ce qui l’attend, il s’y engage en toute conscience. Mais un surveillant, qui amène ses élèves à un match et qui n’en reviendra plus, qui pourra expliquer cela à sa femme et à sa fille?
L’affaire est grave, très grave car elle met sur le tapis des faits sociaux qui sont devenus tellement banaux que nos jeunes pensent qu’ils sont permis. Certes, chaque métier comporte ses risques et être surveillant c’est être un peu à la fois l’ami et le policier des élèves. On se souvient tous de nos surveillants, mais il est difficile de penser, de nos jours, que pour une histoire de match on aurait eu la fougue d’aller leur régler des comptes jusqu’à les tuer. Ces maux sociaux sont devenus ordinaires : la vindicte populaire, l’impunité, l’agressivité gratuite.
Que les coupables soient poursuivis, jugés et emprisonnés ; que les écoles soient pénalisées ; que les responsables de la sécurité du Palais des sports rendent des comptes ; que le Ministère de l’éducation nationale prennent ses responsabilité ; que le Bianco en fasse autant. Mais il nous faut aller au-delà et se demander pourquoi nos jeunes en sont arrivés à ce point. Car nous pensons qu’il est trop aisé de dire que « les temps ont changé », « que les jeunes sont devenus des bandits », que c’est la faute au système et que ces jeunes sont justes des «vaux-rien».
Si les vindictes populaires restent comme tels, si les punis ne sont pas ceux qui devraient l’être, si les vrais coupables sortent après des magouilles, si la confiance entre la population et les forces de défense et de sécurité reste toujours aussi ternie, si la population ne voit pas de décisions exemplaires venant de ces derniers, la situation s’aggravera.
Que Dieu nous garde pour que jamais des étudiants ne tabassent à mort des profs qui leur ont donné de mauvaises notes, que des enfants ne s’en prennent à une maitresse d’école qui leur a donné une punition collective, que des établissements scolaires ne soient brûlés par mécontentement ou par soulèvement.
Pensons-nous que c’est trop exagéré ? Alors, celui qui pense que c’est impossible nous explique pourquoi Sedera est mort dans ces conditions.

Par Mbolatiana Raveloarimisa

Commenter

Ce formulaire recueille votre nom et adresse e-mail afin que nous puissions valider votre commentaire. Veuillez consulter notre politique de confidentalité afin de prendre connaissance sur la façon dont nous protégeons vos informations.
Je consens à ce que L'Express de Madagascar collecte mon nom et email..

Cliquez pour commenter