Editorial

Odeur de souffre

L’Assemblée nationale est convoquée pour une troisième session extraordinaire à partir de ce jour. L’objectif est de faire adopter les projets de lois électorales après l’échec d’une première tentative mardi.
Le sort de ces lois reste incertain à en juger le score du vote de l’ajournement de l’adoption de ces projets de lois. Le parti de la majorité a mobilisé ses militants face à la montée de la contestation. On ignore si ce sera suffisant pour l’emporter. Le fait est qu’il sera difficile d’avoir la majorité absolue pour que ces lois soient adoptées.
Les travaux à l’Assemblée nationale focaliseront l’opinion publique en général, les cercles avisés en particulier. L’État en fait sa préoccupation majeure du moment.
La bataille fera de nouveau rage à Tsimbazaza. L’odeur de l’argent le disputera à celle du souffre qui chauffera à blanc le palais des députés qui ne se sont pas priés, cette fois, pour réclamer leur fameux 4×4 en échange d’un vote massif. L’Exécutif est ainsi pris à la gorge. Reste à savoir si les députés contestataires vont céder à cet appât. Ce qui n’est plus certain avec les nouvelles donnes en vigueur à Tsimbazaza où beaucoup de députés dissidents sont revenus au bercail.
Les autres actualités sont complètement masquées par le vote de ces lois électorales. Pourtant l’insécurité continue de sévir dans tout le pays. La corruption s’étale au grand jour. Les vindictes populaires gagnent de plus en plus de terrain. Les décapitations pour le vol d’un oeuf ou d’un bœuf sont monnaie courante. La dernière a eu pour cadre la région d’Antsohihy où un homme a été décapité debout par le fokonolona sans aucune autre forme de procès. La scène particulièrement violente fait le buzz sur les réseaux sociaux. On ignore si les autorités ont procédé à des arrestations face à cette dérive qui rappelle qu’on vit bel et bien en plein Moyen-Age. Du moins dans les contrées loin de Tsimbazaza où on s’acharne sur les lois électorales.
Le pays semble ainsi divisé en deux mondes bien distincts. Une partie est gérée par des législateurs et se bat pour donner des lois aux élections et une partie qui a choisi de vivre en marge de toutes lois qu’elles soient administratives, pénales ou chrétiennes en pleine période pascale. Et oui, quand on a le sentiment que l’État se préoccupe pour d’autres sujets et oublie qu’il existe d’autres problèmes, d’autres intérêts un peu partout dans le pays, quand on se sent abandonné et livré à son sort sans personne pour protéger, on finit par adopter un self-défense. Pire, les citoyens sont en train de s’organiser en milices armées pour repousser les bandits avec des fusils artisanaux. La colère est à son comble quand les gendarmes arrêtent les fokonolona pour détention illégale d’armes faute de pouvoir appréhender les bandits.
L’attitude fera certainement tâche d’huile dans un réflexe naturel d’auto-défense. Et a la longue, cela deviendra ingérable et compliquera davantage la tâche des forces de l’ordre. L’État est en train de dépérir sérieusement faute d’exercer convenablement son autorité, quand on perd son temps à parler d’odeur d’aisselle au Parlement .Et ce n’est pas un code électoral parfait qui aidera à solutionner les problèmes.

par Sylvain Ranjalahy

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