Courrier des lecteurs Opinions

Une gestion électorale en crise permanente

Comment ne pas être consterné devant la déclaration du Président de la CENI malgache, Hery Rakoto­manana dans la presse que le fichier électoral est défaillant. Il met en cause ainsi la légitimité des Élus actuels à toutes Institutions. Mais en même temps, il faut considérer comme un cri d’alarme à cette gestion électorale en crise permanente. Un fichier électoral défaillant contient des anomalies : présence de doublons, de non inscrits, et facilite par la suite l’établissement des requêtes des résultats électoraux pour annuler les voix. Zafy a eu la mauvaise surprise au 2e tour en 1997, il avait gagné au premier comptage provisoire, mais déclaré perdant à la suite de 200 000 requêtes déposées à la HCC. En 2012, notre audit de la gestion électorale, a décelé  qu’une personne détient cinq cartes d’identité, une personne habite à trois adresses différentes dans un même fokontany à Antananarivo, ramené à 20 000 bureaux de vote, on peut arriver déjà à plus de 150 000 voix douteuses.

Maîtrise de l’Administration
• Il est normal aujourd’hui que le Pouvoir actuel veuille maîtriser la nomination des chefs de fokontany. Un fichier défaillant ajouté à une répartition des bureaux  de vote implantés dans les chefs de fokontany, dans les maisons particulières, fait monter le nombre de voix  douteuses à plus de 200 000 voix. Un fichier défaillant renforcé par la gestion des ordon­nances auprès des Tribunaux facilite encore l’augmentation de ce nombre de voix douteuses. En clair, pour gagner une élection d’avance, il faut maîtriser la CENI et l’Administration. Haja Resampa, SG de la Présidence de la Transition,  a fait remuer ciel et terre pour faire élire Béatrice Atallah, Présidente à la CENI. Ainsi, il ne faut pas s’étonner de voir un PM cumulé la fonction de Ministre de l’Intérieur, chargé de l’Administration du territoire.

Insuffisance de la sécurisation des matériels de recensement des BV
• Un fichier défaillant renforcé par l’insuffisance de sécurisation des matériels de recensement, des PV augmente la manipulation des résultats proclamés. Il est inadmissible que la collecte ne se fasse pas à partir des bureaux de vote, mais des communes. Tout peut arriver en cours de route pendant des km voire des dizaines à pieds dans le noir. En plus, le pouvoir de l’argent fait changer les couleurs politiques des délégués faisant changer le PV en cours de route. J’ai interpellé personnellement le Chef de la Délégation de la mission des Observateurs  de l’Union Européenne de cette importante anomalie ; sa réponse est sans appel, elle prend note mais cela relève de la souveraineté nationale, c’est-à-dire de la bonne volonté des Dirigeants. ROBINSON, gagnait avec une large avance au 1er tour en 2013,  puis le rassemble­ment des voix des  candidats malheureux, lui permettait d’escompter une victoire au 2e tour ; malheureusement il a constaté amèrement sa défaite en montrant des PV falsifiés. Son organisation défaillante ne pouvait rivaliser avec un candidat soutenu par l’Administration, comparativement avec Marc Ravalomanana en 2002, disposé à aller à une confrontation des PV de tous les bureaux de vote.

Les observateurs internationaux
• Pendant l’élection présidentielle en 2013, j’ai eu l’occasion de travailler avec les Observateurs Internationaux de l’Unité Africaine, de l’Union Européenne, ou autres instances internationaux ; à mon grand étonnement, ils ne disposent même pas d’outil qui permet de reconnaître la fiabilité d’une liste électorale, d’un bureau de vote douteux, sans compter la sécurisation des résultats électoraux. Ils valident ainsi une élection biaisée d’avance. En plus, la CENI est à la fois, juge et partie prenante. Il faut une entité de contrôle qui a bien supprimé les doublons, modifié les bureaux de vote douteux, puis contrôlé le PV de chaque bureau de vote, avant de valider son calcul  de résultats provisoires. Cette disposition existe bien pour le contrôle de la bonne exécution des infrastructures.

Une nouvelle crise post électorale en 2017
• Malheureusement, on se fait toujours rattraper par l’histoire ; un Président mal élu n’arrive pas à passer ou à finir  un deuxième mandat ; Ratsiraka en 2002, Marc Ravalomanana en 2009. Le Président Hery Rajaonarimam­pianina se trouve ainsi dans cette situation en considérant ses résultats au 1er tour de l’élection Présidentielle en 2013. Il n’ était en tête que dans 5 régions parmi les 22 régions. Les conditions actuelles semblent s’acheminer vers une crise post électoral en 2017.

Que faire  ??? 
• Pourtant ce constat, je l’ai déclaré dans la presse,  depuis 2011 pendant la Transition, que les acteurs politiques, la communauté internationale et la population malgache s’attendent à des Elections libres, justes, transparentes pour éviter la crise politique récurrente malgache empêchant tout développement économique et social durable. Pour répondre à ces exigences, il faut une traçabilité, une fiabilité, et une sécurisation des données électorales.

Informatiser l’État civil au niveau national
• Mais la nécessité d’informatiser l’État civil demeure un préalable avant toute élection ; cela permet de vérifier les personnes en âge de voter et les personnes décédées. Puis, à chacun on associe un code, sous forme code barre ou génécode. Cela permet une traçabilité à chaque personne. Il est anormal qu’en 2016, l’Etat Civil malgache n’est ni numérisé, ni stocké dans une banque de données. Pire, les livres disparaissent au Tribunal à Anosy ou se trouvent  dans un état lamentable.

Moderniser la gestion électorale
• La technologie moderne existe pour permettre d’atteindre ces objectifs. En 2011-2012, grâce à des études et des travaux entamés en coopération auprès d’un groupe d’Ingénieurs malgaches, sans aucune contre partie financière,  notre projet de numérisation des données électorales qui a été testé, validé, puis présenté devant les Chefs d’Institutions de la Transition, Les Nations Unies et la SADC , aurait pu devenir une réalité. La qualité et la couverture des réseaux de télécommunication permettent  à notre projet d’obtenir en 24h les résultats des données en répondant à des exigences de sécurisation des résultats électoraux, jamais obtenus à Madagascar. Evidemment, face à une avancée technologique significative, sécurisante, et surtout d’optimiser les investissements conséquents en 2013 par la numérisation de l’État Civil après les élections, notre projet a été déclaré d’intérêt stratégique national par le Comité Militaire de Dévelop­pement et  le PM Omer Beriziky nous a adressé ses félicitations écrites et son adhésion au projet.  Malheureusement, cette volonté politique ne s’est pas concrétisée, car les dirigeants au pouvoir s’accommodent et tirent profit de la gestion électorale actuelle.
Si ces trois conditions ne seront pas réunies jusqu’en 2017 ; l’informatisation de l’État civil, la modernisation de la gestion électorale et la modification de la composition de la CENI actuelle, une nouvelle crise post électorale semble réunie en  2017. Avec une volonté et un courage politique que ses Présidents prédéces­seurs n’ont pas eu pour changer cette gestion électorale, Le président Hery Rajaonari­mam­pianina peut encore changer le cours de l’histoire.

Par Martial Rahaririaka

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