Editorial

Des hauts et Deba

Doit-on se réjouir ou blâmer ? L’amiral Didier Ratsiraka affiche le meilleur profil parmi les quarante-six candidats à l’élection présidentielle. Faute de mieux. Visiblement, c’est pour éviter que le pays ne tombe entre les mains des pitres qu’il s’est cru le devoir de se présenter. Déjà au sein de son parti l’Arema, il n’a pas su ou n’a pas voulu transmettre son héritage à un jeune durant quarante deux ans d’existence. Celui qui aurait dû prendre le relais naturellement, en l’occurrence Jose Andrianoelison, se présente également dans cette élection présidentielle. Mais à plus de 60 ans il ne représente plus la jeunesse. Il n’a jamais eu l’occasion de s’affirmer, étouffé par l’écrasante personnalité et l’autorité de Ratsiraka.
De même, le premier président de la République, feu Philibert Tsiranana du PSD et son meilleur ennemi le regretté pasteur Richard Andriamanjato, patron de l’opposition, sont partis sans avoir pris soin de pérenniser le parti à travers la constitution de relève.
Quand est-ce qu’on retrouvera une élite de la lignée de Ratsiraka ? En particulier dans le domaine de la politique. Rien n’est moins sûr. Certes, on jubile beaucoup sur le taux de réussite des élèves à l’examen du CEPE, mais il faut bien relativiser. Des résultats d’autant plus surprenants que ces cours ont été suspendus pendant trois mois. Mais peut-on miser sur ses jeunes élèves pour reprendre le flambeau au niveau des partis et à la direction de l’État? Difficile de l’affirmer quand on voit que sur les quarante -six candidats inscrits, il n’y a que très peu qui ont baigné dans la culture politique. La plupart sont des entrepreneurs voulant se constituer un bouclier pour préserver leurs affaires louches ou pas ou pour pouvoir avoir la main sur les richesses nationales. Quand on peut devenir du jour au lendemain président de la République sans avoir côtoyé le monde politique, mais grâce à un heureux coup du sort au fond d’un pot de yaourt ou sur les bords d’une platine, il ne faut pas rêver d’une bonne gouvernance ou d’un État de droit.
Des situations qui ne poussent pas, hélas, les jeunes à s’imprégner de la culture politique et d’allergie loin dans leurs études. Le pays fait ainsi face à un drame avec une jeunesse peu affûtée à cause d’un niveau d’éducation déplorable. Le recrutement massif de maîtres Fram pour enseigner dans le primaire et le secondaire est loin de donner une assurance quant à l’avenir des jeunes et celui du pays.
Ce qui est certain, c’est qu’avec Didier Ratsiraka, on ne risque pas de s’ennuyer durant la campagne électorale, les débats auront au moins un sens même s’il est difficile de lui trouver un adversaire à sa taille. Il n’est pas à écarter que certains candidats proches du père de la révolution socialiste préféreront s’éclipser à cause de la présence de l’amiral Ratsiraka.
Beaucoup de candidats dans cette présidentielle n’ont rien à proposer mais s’alignent au départ pour on ne sait quelle motivation.
La question est de savoir qui va voter pour Ratsiraka dans un électorat dont le niveau intellectuel se trouve aux antipodes de celui de l’amiral. C’est le paradoxe d’une élection démocratique dans un pays pauvre. Les candidats ont beau confectionner projets de société et programme de gouvernance, personne n’y prête attention. Jusqu’à preuve du contraire, la meilleure campagne reste la démagogie, les grands mots et les beaux discours. Mais l’amiral s’y connaît également. Sur ce plan, il est encore le meilleur d’entre tous. À preuve, il a laissé un pays en lambeaux où tout le monde se tire dans les pattes.

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