L'Express de Madagascar

Faute nationale

Qu’on le veuille ou non, malgré le fameux accord politique, la fête nationale aura une allure particulière, cette année. Pour la seconde fois, après 2015, c’est un président de la République, repêché d’une tentative de déchéance qui n’a pas abouti, qui dirigera toutes les cérémonies. L’ombre de la crise planera sur toutes les cérémonies. Le Président aura laissé des plumes dans cette crise et son aura en a pris un coup. Il doit cohabiter au sein du gouvernement avec ses « invectiveurs » du parvis. On se demande comment il peut donner un ordre aux députés du Mapar, devenus ministres, même si ceux-ci ont mis beaucoup d’eau dans leur vin dès que leur gourou leur a demandé de se soumettre aux ordres du Premier ministre proposé par Mapar. L’État lui-même a été affaibli par cette crise. On n’en veut pour preuve, que l’anarchie qui règne partout. L’État préfère laisser faire pour ne pas attirer les projecteurs vers lui. Même le nouveau Premier ministre renonce à prendre des mesures adéquates pour remettre le pays dans le sens de la marche. On n’en croit pas ses oreilles quand on l’entend affirmer qu’il n’y aura aucune sanction, ni renvoi, ni coupure de solde pour les fonctionnaires en grève depuis deux mois. C’est juste ahurissant.
Le pays dans une douce anarchie où les marchands font la loi et personne n’ose sévir de peur de faire l’objet d’un appel au lynchage par les mégaphones du parvis de l’Hôtel de ville. On doit vivre et supporter ce calvaire jusqu’à l’élection d’un nouveau président qui aura la lourde tâche d’assainir et de balayer les immondices laissées par cette période de flottement de l’État. Le tout, sur fond d’inflation, avec la nouvelle hausse du prix du carburant qui fait que les dindes et les oies ont vu leur condamna­tion à mort levée par la basse Cour Constitutionnelle.
Les guides touristiques et les touristes dans le Sud-Ouest n’ont pas cette chance et se font massacrer un à un et tous les jours par les dahalo. Une situation alarmante pour l’un des sites les plus visités par les touristes que sont les tsingy de Bemaraha. Le Président a donné ordre aux ministres concernés de trouver immédiatement une solution aux problèmes qui minent la société et de prendre en compte les revendications syndicales. Il aurait dû le faire depuis quatre ans et il n’aurait pas fait l’objet d’une plainte en déchéance. Maintenant, on se demande si les ministres vont obéir et exécuter l’ordre d’un Président revenu de l’enfer.
Le gouvernement passe ainsi un test quant à son efficacité. On verra si les changements réclamés sur le parvis se transforme­ront en réalité.
On fera la fête mais le cœur n’y est pas. L’ambiance sera, à n’en pas douter, lourde à la grande mangeaille à Iavoloha après le défilé militaire à Mahamasina où l’atmosphère risque également d’être fade et insipide. Reste à savoir si les spectateurs peuvent, cette fois, siffler sans risque de se faire arrêter comme ce fut le cas depuis deux ans.
Il y aura presque les mêmes invités que les années précédentes à Iavoloha mais les uns et les autres auront changé de veste ou de casquette entre-temps. L’apaisement veut que les meilleurs ennemis se mettront à la même table. Justement pour éviter que la réception ne tourne en une partie de lancement de tarte au visage, la date de la présidentielle, objet d’un vif débat, n’a pas été divulgué.
En tout état de cause, on célébrera la fête nationale malgré tout. C’est la fête de toute une nation, de tout un peuple. On ne fera pas la fine bouche à cause d’une faute nationale qui incombe à tout le monde.