Chronique de Vanf

Divorce à l’amiable

Tandis qu’il est de bon ton de s’extasier sur le mariage du sixième prince dans l’ordre de succession au trône d’Angleterre (tout le monde se tait prudemment plutôt que de spéculer sur ce qu’en aurait pensé la royale aïeule Victoria, auxquels ses multiples consanguinités dynastiques avaient valu le surnom de «grand-mère de l’Europe»), je voudrais m’adresser aux «députés du changement» pour insufler un «changement» beaucoup plus authentique, tellement plus concret, et autrement plus existentiel. Changer les conditions du divorce.
Selon l’article 75 de cette Constitution de 2010, mal foutue et adoptée dans l’unilatéralisme d’une époque censée être de consensus, mais qu’on a oublié d’amender ou d’abroger plus en amont dans ce mandat inauguré début 2014, l’Assemblée Nationale se réunit en première session ordinaire à partir du premier mardi de mai, et pour soixante jours. Nous sommes donc en période de session parlementaire.
L’article 86 octroie aux députés et aux sénateurs, concurremment avec le Premier Ministre, l’initiative des lois. Et parmi ces lois, «les règles concernant l’organisation de la famille, l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux» (article 95, alinéa 11).
Voter des lois, en proposer de nouvelles, relayer dans l’hémicycle les desideratas des citoyens, voilà un vrai travail parlementaire. Le lobby européen a obtenu que les parlementaires malgaches abolissent la peine de mort. Malgré la survenue d’atrocités et la recrudescence de crimes monstrueux contre lesquels la seule peine de bon sens reste la mort. Ce même lobby aurait été plus inspiré d’exporter la pensée libérale européenne de la dépénalisation de l’adultère. Madagascar n’est pas l’Iran des ayatollahs, ni l’Arabie saoudite des wahhabites, ni l’Afghanistan des Talibans, ni un territoire occupé par des jihadistes fondamentalistes de toutes barbes : toutes ces contrées inhospitalières à la joie de vivre.
Bien sûr, on souhaite bonne chance à ceux qui savent composer avec les écueils d’un couple et rester ensemble dans le mariage. Mais, pour les autres qui décident de repartir chacun de leur côté, il ne faudrait pas compliquer inutilement la procédure. Le mariage a été fait par consentement mutuel, pourquoi le divorce ne pourrait pas le défaire également par consentement mutuel. Tant que les intéressés sont d’accord, que viendraient la loi et un juge les contraindre à une vie commune désormais intenable ? Ce n’est pas parce qu’on a cessé de s’aimer qu’on devrait se haïr en s’inventant des torts, dire des mots qu’on pourrait sagement taire.
Une double signature. Une double signature contraire. Et laisser les gens savoir par eux-mêmes «régler les conséquences à l’amiable» (252-2 du Code Civil). Et voilà Mesdames et Messieurs les «députés du changement» l’oeuvre utile, humble, existentielle, que je vous demande de porter en cette période de session parlementaire.

par Nasolo-Valiavo Andriamihaja

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