Expressions Opinions

Dead Poets Society

Dans une salle de classe sobrement décorée, tandis qu’un camarade lit, Todd Anderson se lève, monte sur son pupitre en clamant les fameux vers de Walt Whitman : « Oh capitaine, mon capitaine ! » Un petit homme aux cheveux blancs,en charge du cours, le somme de descendre. C’est alors qu’un autre élève l’imite, monte à son tour sur son pupitre, puis un autre élève, et encore un autre. Ils seront dix en tout, du haut de leur banc d’école, à toiser le petit homme aux cheveux blancs, fou furieux de ne pas être obéi. En fait de toiser, ils disent surtout au revoir à leur professeur, de l’autre côté de la salle, en train de faire ses paquets. Pour ceux qui la connaissent, cette scène est culte. Beaucoup mieux filmée par Peter Weir qu’elle n’est narrée en ce moment. Dead Poets Society, en français Le Cercle des Poètes Disparus – car c’est de ce film dont il s’agit – a marqué toute une génération. De celle qui a rêvé d’avoir un jour John Keating/Robin Williams comme professeur. Celui qui met au pas ses élèves en leur faisant lire des vers tout en tapant dans un ballon ovale.
On ne sait si le Programme Sectoriel de l’Éducation (PSE), qui sera mis en place par le ministère de tutelle, provoquera des vocations à la John Keating. Au travers des ballons sondes, des interventions dans les médias, des cours magistraux dispensés aux députés encore circonspects, on voit Paul Rabary aller au tableau, expliquer qu’il y aura des acquis, des façons de faire qui seront quelque peu bouleversés. Il ne fait aucun doute qu’il s’attaque là à un véritable mastodonte. Bousculer des habitudes n’est jamais simple. On le voit aux réactions mitigées que provoque, pour l’instant, ce PSE. On a envie de lui accorder le crédit, celui déjà d’essayer de changer les choses. Car la situation est réellement critique. La Banque Mondiale l’a démontré, chiffres à l’appui.
Mais on a déjà envie d’aller plus loin. L’enjeu va au-delà de la simple capacité de savoir lire, écrire et compter. Au sortir de l’école, grâce à ce fameux PSE, la somme de savoir acquise par l’élève lui permettra-t-il d’affronter la vie réelle C’est ici qu’interviennent les pros et anti-Keating. Ceux qui favorisent la pédagogie de l’encouragement, qui nous vient outre-Atlan­tique, ni punitive ni permissive, qui apprend aux adultes à discipliner les enfants avec respect, fermeté et empathie face à ceux qui veulent leur imposer un modèle de soumission. Un John Keating pour le libre-arbitre face à un collègue professeur soucieux de faire suivre les règles déjà pré-établies. Des pédagogues qui veulent aider l’enfant à se construire plutôt que de le forcer à entrer dans un moule. La question est importante car de la réponse qui en découle dépend notre société de demain.
« Carpe diem ! », « Seize the day ! », « Profitez de l’instant présent ! », intime John Keating à ses élèves. À cette injonction à l’existence, s’opposent les gardiens de la tradition. Les défenseurs du système fustigent son anticonformisme. Lui apprend à ses élèves à voir et penser le monde autrement. Des John Keating existent à Madagascar. J’en ai vu. Qui sont capables de vous faire lever le matin en pensant avec plaisir, j’ai école demain. J’en vois. Qui discutent, passionnément de leur méthode de travail lors d’une rencontre parent-professeur et qui vous disent : j’ai foi en votre enfant. Il leur reste le cadre, un programme bien défini, bien ficelé, qui leur donnera la latitude nécessaire pour former non pas un citoyen bardé de savoir dont il ne saura que faire mais un citoyen mature, simplement capable de prendre son destin en main.

Par Rondro Ramamonjisoa

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