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Énergies renouvelables

Grâce au biodigesteur, Jaona Herimanga Randriampenosoa et sa famille utilisent le biogaz pour cuire leurs repas.

En 2017, huit étudiants réunionnais en master en journalisme, encadrés par Laurent Decloître, responsable journalisme à l’Université de La Réunion, ont effectué une série de reportages à Madagascar. Ils se sont notamment penchés sur la problématique de l’énergie. Voici deux sujets qu’ils ont choisis de traiter, à savoir le biogaz et l’hydroélectricité.

Biogaz – De la bouse de zébu pour cuire les repas

Il s’agit de ne plus utiliser du bois et de mettre un frein à la déforestation. Les villageois n’ayant pas accès au réseau électrique sont invités à se servir du biogaz.

Jour de mariage au village de Mahabo, à deux heures de route et de piste de la capitale. Jaona Herimanga Randriampenosoa n’est pas de la fête, mais il se fait une joie de montrer son « biodigesteur ». Le secrétaire comptable de la commune explique le fonctionnement de la cuve en béton, enfouie sous le sol de latérite pile devant son pas-de-porte. Tous les trois jours, il soulève le couvercle, sur lequel ont pris l’habitude de jouer les plus petits de ses cinq enfants, y déverse de l’eau et trois seaux de bouse de ses zébus. Et il attend.
Il attend que les matières organiques fermentent et dégagent, sans mauvaise odeur, du méthane. Ce biogaz alimente, au premier étage de sa maisonnette en briques rouge orangé, le réchaud de sa cuisinière, un rice-cooker et un lumogaz. Un luxe dans cette région de riziculture. En « brousse », seulement 5% des Malgaches ont accès à l’électricité, et ils ne sont que 15% en milieu urbain.
Alors, pour cuire le romazava ou le ravitoto, les habitants brûlent du bois ou du charbon de bois, qu’il faut acheter à des vendeurs en fagots ou dans de petits sachets plastiques.
« J’ai réalisé des économies, se félicite Jaona sous son chapeau de paille. Grâce au biogaz, j’ai pu investir dans mes cultures et payer les frais de scolarité des enfants ».

En déversant de la bouse de zébu et de l’eau, le biodigesteur produit du méthane.

Fermentation
Ce genre de biodigesteur, il en existe seulement quatre cents sur l’ensemble de ce pays de 26 millions d’habitants. Maud Ferrer, chef de projet à l’association ETC Terra, qui lutte contre la déforestation depuis 2012 à Madagascar, ne désespère pas. La volontaire en solidarité internationale est intarissable sur les bienfaits de cette éco-solution: « Tout les ans, 1% de la forêt malgache, soit 40 000 hectares, part en fumée ; alors si on peut éviter de couper les arbres pour cuisiner… »
Les habitants perdent moins de temps à collecter les bouses qu’à sillonner les bois, ne souffrent plus de la fumée, et, cerise sur le gâteau, utilisent le « digestat » -les résidus de la fermentation- comme engrais pour leurs cultures.
Mais un biodigesteur coûte entre 700 et 1 200 euros, selon sa taille, somme que les Malgaches ne peuvent débourser – le revenu mensuel moyen est en-dessous de 40 euros. Aussi, si ETC Terra leur demande de fournir une partie des matériaux et d’acheter le réchaud à gaz, cette association prend en charge ciment, ferraille, livraison et main-d’œuvre. Financée pour ce projet par la Commission de l’océan Indien et la Fondation Aga Khan, ETC Terra compte installer cent-vingt biodigesteurs dans le nord de la Grande île. Une zone encore épargnée par les dahalos, les redoutables voleurs de zébus, qui menacent ailleurs dans le pays l’accès à la ressource que sont les précieuses bouses.

Les zébus fournissent la « matière première » dans la production de biogaz, et servent aux travaux rizicoles.

Hydroélectricité – Les rivières pour produire de l’électricité

Dans les villages, le gouvernement et des opérateurs privés, aidés par la Commission de l’océan Indien et l’Union européenne, construisent des mini-centrales hydroélectriques. Des projets attendus avec impatience par les habitants.

Dans une explosion sonore et un nuage noir, Olivier allume son engin fonctionnant au diesel : un décortiqueur, qui permet de séparer les balles des grains de riz. Derrière la cabane en bois, les poules picorent, pas gênées par le bruit et la fumée. L’ouvrier, lui, attend avec impatience l’arrivée de l’électricité dans son village d’Ampasimbe, à cinq heures de route à l’Est de Tana, la capitale de la Grande Île. La petite entreprise pourra alors s’équiper d’un moteur plus économe et moins polluant.

L’Agence pour le développement de l’électricité rurale dénombre les cascades de l’Île afin de construire
des mini-centrales hydroélectriques.

Comme 94% des Malgaches vivant à la campagne, Olivier n’a pas accès au réseau de la Jirama Alors, pour cuisiner, il faut recourir au charbon de bois et détruire les forêts d’eucalyptus. Pour s’éclairer, les habitants qui en ont les moyens peuvent acheter de petits panneaux photovoltaïques ou des groupes électrogènes. Mais difficile, voire impossible avec ces moyens du bord d’alimenter tous les équipements nécessaires à la vie quotidienne. À Amboasoary, autre village à 200 km à l’Est de Tana, Florentine tient un hotely, modeste restaurant où elle sert du riz et du tilapia, un poisson d’eau douce, aux voyageurs.
« Ça va pour les ampoules, mais je ne peux pas faire fonctionner le congélateur », regrette la matrone, qui dispose d’une petite installation solaire sur son toit en tôle. Le coca-cola est donc servi tiède aux clients et les aliments conservés tant bien que mal.
Comment sortir de cette pénurie de watts ? L’Agence pour le développement de l’électricité rurale (ADER), une émanation du gouvernement, mise sur les énergies renouvelables, notamment l’hydroélectricité. Le potentiel des rivières serait suffisant pour alimenter tout le pays, selon, Milson Ratsaraefadahy, le directeur technique de l’ADER. Le fluet bonhomme sillonne le pays pour dénicher les cours d’eau dont le débit serait assez soutenu pour alimenter une turbine. « Je cherche, parfois à quatre pattes », sourit-il.

Le modeste restaurant de Florentine compte sur la construction d’une centrale hydroélectrique pour faire fonctionner un congélateur.

Cascades et barrages
Nous descendons avec lui dans des gorges serpentant à travers des collines autrefois boisées, à quelques kilomètres d’Ampasimbe. Une superbe cascade tombe en escaliers sur des dalles beige et ocre. C’est là qu’un barrage va être dressé, pour électrifier quatre villages. L’Union européenne et la Commission de l’océan Indien, qui milite pour le développement des énergies renouvelables dans des îles aujourd’hui dépendantes des combustibles fossiles, ont versé 500 000 euros sur le 1,3 million nécessaire au chantier. Le solde sera pourvu par des opérateurs privés.
Le gouvernement malgache espère desservir 70% des ménages en 2030, en grande partie grâce à cette ressource en eau. Dix sites ont d’ores et déjà été identifiés dans le pays. Un objectif ambitieux… et compliqué. Quand les mini-centrales ne sont pas la proie des voleurs (les câbles d’aluminium sont convoités car ils servent à fabriquer des marmites), elles sont parfois victimes des aléas naturels. C’est ce qui s’est passé non loin d’Amboasoary, où une installation a été détruite par une coulée de boue, qui a en outre causé la mort de deux personnes, en 2014. Le barrage a, lui, tenu, mais derrière la paroi en ciment, en lieu et place de la retenue d’eau, des agriculteurs entretiennent maintenant des rizières.
Paul Rakotondralambo, le patron de l’entreprise BETC qui a obtenu les droits d’exploitation de la centrale, ne s’est pas découragé. À 71 ans, le retraité de la Jirama, multiplie les chantiers de cette nature, dans l’espoir de « donner aux gens des campagnes les mêmes droits que les citadins ». Il a déposé à son tour un projet auprès de la COI et de l’Union européenne et a obtenu une aide de 330 000 euros, pour reconstruire une conduite forcée et installer une turbine plus puissante. La centrale produira 70 Kw et pourra subvenir aux besoins primaires de quelque sept cents ménages environnants.

Des turbines de fabrication malgache sont utilisées dans les mini-centrales hydroélectriques.

Des turbines malgaches

Le pays ne pourrait investir dans la construction de mini-centrales sans le partenariat avec le privé –le secteur de l’électricité a été libéralisé en 2000- et les aides internationales. C’est justement pour réduire les coûts que l’association Patmad, dans la banlieue de Tana, fabrique elle-même des turbines hydrauliques. Les premières ne produisaient que 300 watts et n’alimentaient que les ampoules de cinq ou six ménages.
« Les autres villageois étaient jaloux, et on a arrêté », regrette Bako Andrianirinah, la directrice exécutive. Depuis, les quinze salariés, aidés par des ingénieurs suisses, se sont attelés à des machines un peu plus performantes dont une turbine « Banki » de 100 kilowatts. Dans le cadre de ce projet, là encore soutenu par la COI, un « socio-organisateur » aidera les villageois à profiter de la fée électricité pour lancer des activités génératrices de revenus.

 

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