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NOSY BE – Le patrimoine culturel de Marodoka menacé

La construction détonne au milieu  d’un site touristique naturel.

La population d’un village de Nosy Be s’insurge contre la construction d’une maison sur une jetée. D’autant plus que ce village, Marodoka, revêt une importance historique et touristique.

La construction détonne au milieu
d’un site touristique naturel.
Aucune réhabilitation de la jetée n’a été initiée.

Un village, patrimoine culturel national, risque d’être défiguré à cause d’une construction « anachronique ». Marodoka (qui signifie « beaucoup de commerce ») fait partie des sites de Nosy Be fréquentés par les touristes. Il s’agit exactement du premier village de l’île dont les premiers habitants sont les Sakalava. En fait, le village d’Ambanoro, ancienne appellation de Marodoka, fut fondé au XVe siècle par les premiers migrants arabes et indiens qui opéraient dans le commerce de l’or, d’épices, de carapaces de tortue, mais aussi d’esclaves. Il renferme bien des mystères, selon la population locale.
Dès l’entrée du village, on découvre une architecture coloniale d’influence indienne. Certes, elle est aujourd’hui en ruines, mais Marodoka garde tout de même les vestiges des habitations des occupants originels et permet de mieux comprendre les traditions et la culture actuelle de Nosy Be. La localité, dans son ensemble, est formée par l’ancien port, la première mosquée de Madagascar, les cimetières des Indiens et la maison « fantôme ». Tout cela facilite la tâche des guides qui racontent aux touristes l’histoire passionnante de ce village. Pour la plupart de ces derniers, les visites culturelles sont aussi intéressantes que la plage, ou encore une journée sous un parasol.

Mais, aujourd’hui, cet ancien village swahili, d’environ quatre cents âmes, se trouvant à quelques kilomètres du centre d’Hell-ville, risque de perdre son authenticité à cause d’un abus sans précèdent perpétré par une femme riche de Nosy Be. Celle-ci est en train de construire une maison sur la jetée, faite de coraux, existante depuis 1942. Selon les apparences, cette construction servirait de bar, de restaurant ou de boîte de nuit.

La première mosquée jamais construite
à Madagascar se trouve à Marodoka.

Aucune réhabilitation de la jetée n’a été initiée.

« Forcing »
« Nous avons été surpris de voir une maison particulière construite sur la jetée. Pourtant, nous avions déjà adressé une demande auprès des instances dirigeantes et des élus locaux pour la réhabilitation du port de Marodoka, afin que l’histoire de ce patrimoine national et mondial soit conservée, pour nous tous et pour la génération future. Cependant, notre lettre est classée sans réponse jusqu’ici », ont déploré les habitants.
Ils ont ajouté que des doléances ont été déposées auprès des autorités locales et du ministère chargé du patrimoine national, le 28 mai dernier, pour la suspension des travaux. Mais personne ne réagit par rapport à cela, et la maison prend, actuellement, forme.

Car la dame en question, ayant des relations privilégiées selon la population, a encore demandé une autorisation d’occupation et de réhabilitation de l’ancien port auprès de l’Agence portuaire, maritime et fluviale (APMF), en date du 30 juin 2014. Cet organisme gouvernemental a donné à la dame uniquement un avis technique sur son projet de construction d’un bloc sanitaire, et non pas une autorisation y afférente.
« C’est bizarre, la convention ne mentionne que la réhabilitation de la jetée, et nullement la construction d’une infrastructure au-dessus », a expliqué Jean Paul Toussaint, chercheur au Centre National de Recherches Océanographiques (CNRO), non moins porte-parole des membres du fokonolona.
Ces derniers s’étonnent également du silence et du semblant de laisser-aller des autorités locales.

« Pourquoi nos autorités compétentes n’ont-elles pas la volonté de constater de visu la situation ? Or, nous avons déjà fait le déplacement à la mairie pour dénoncer la mauvaise foi de cette dame malintentionnée sur notre patrimoine », se plaint Lydia, une mère de famille de Marodoka.

Jean Paul Toussaint, chercheur au CNRO
de Nosy Be, se fait porte-parole
des habitants de Marodoka.

Occupation illicite autorisée

À l’origine de l’affaire, vu l’état actuel de la jetée de Marodoka et vu la nécessité de sa réhabilitation, une convention de partenariat a été établie le 7 janvier 2011 entre la commune urbaine de Nosy Be et une dame pour réhabiliter cette ancienne infrastructure portuaire de l’île. Le 12 mai 2014, par la décision N°11 /CU/NB/DS/DTIU/AU/2014, la délégation spéciale de la commune de Nosy Be lui a octroyé une autorisation pour la réhabilitation de la digue historique.
Mais la contractante n’a pas respecté l’article 2 de cette décision, selon lequel les travaux ne peuvent commencer que sur ordre de service délivré par la commune, et la même délégation spéciale a annulé sa décision du 12 mai 2014. Puis, après consultation des autorités compétentes, tout acte antérieur, autorisant l’exploitation du port d’Ambanoro par la dame, a repris effet.

 

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