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JUSTICE – La ministre Harimisa ordonne un « nettoyage »

Devant les greffiers en chef, la garde des sceaux a affirmé sa fermeté quant à l’assainissement du monde judiciaire. Elle demande une prise de responsabilité immédiate de tous les acteurs de ce système.

Au sens propre comme au figuré. Noro Vololona Harimisa, ministre de la Justice, «ordonne», un grand ménage au sein de la Justice. Un nettoyage de l’état d’esprit, des pratiques, du fonctionnement, du mode de travail, de traitement des justiciables et même de l’environnement de travail est «ordonné», par la garde des sceaux.
«J’estime que c’est aujourd’hui et non demain que le pays a besoin de nous», a-t-elle déclaré lors de sa prise de fonction, le 13 juin, à Faravohitra. Devant les greffiers en chef, hier, à Antani­narenina, elle déclare, «qu’importe la durée, je veux laisser une trace de mon passage à la tête de ce ministère». Réputée pour sa sévérité
et sa probité, la ministre Harimisa a placé comme priorité l’assainissement du monde judiciaire pour redorer le blason de la Justice.
Un but qui implique l’engagement de tous les acteurs du système judiciaire. Elle l’a réaffirmé, hier, dans son discours lors de l’ouverture d’un atelier des greffiers en chef. D’un ton ferme, elle souligne une tolérance zéro contre tout fait de corruption ou comportement déviant. «Cessez les mauvaises pratiques», lance-t-elle aux greffiers en chef.
«La Justice fonctionne lorsque tous les acteurs font correctement leur travail, dont les greffiers qui sont les authentificateurs d’actes», ajoute la ministre. Sans ambages, la ministre Harimisa demande aux greffiers d’arrêter les manies d’imposer des allées et venues aux justiciables, ou encore, les pratiques répréhensibles de ne faire leur travail qu’en échange de «goûter», soit d’argent, de la part de ces derniers.

Construire des bases solides
«J’ai trente ans d’expérience et je suis passée par tous les niveaux de l’ordre judiciaire. Je connais très bien le système», soutient-elle, pour densifier ses affirmations. Toujours dans son discours d’hier, elle requiert des greffiers, mais aussi, de tous les acteurs du monde judiciaire à faire bon usage des deniers publics. Un point qui fera l’objet d’un suivi particulier, souligne-t-elle.
À l’entendre l’assainissement et les changements au sein du monde judiciaire devront, aussi, se refléter dans l’environnement de travail. «Toujours pour redorer le blason de la Justice, j’ai ordonné un assainissement des environs du palais de Justice afin qu’ils aient un aspect digne d’un tribunal», déclare la garde des sceaux.
Dans le cadre de l’usage à bon escient du budget qui leur est alloué, elle veut que les locaux des établissements judiciaires soient présentables. Le contexte fait que le message de fermeté d’hier, ait été directement adressé aux greffiers. Lors de son entrée en fonction, Noro Vololona Harimisa a fait part de la même intransigeance à l’endroit des autres acteurs du monde judiciaire, notamment, le corps de la magistrature.
«Greffiers, administration pénitentiaire, membres du barreau, huissiers, auxiliaires de justice : vous êtes membres à part entière de la grande famille de la Justice. Nous sommes tous dans le même bateau, la revalorisation de la fonction de juger demande aussi votre contribution et votre engagement», a-t-elle soutenu, à Faravohitra.
La garde des sceaux demande, particulièrement, au Conseil supérieur de la magistrature (CSM), une prise de responsabilité «aujourd’hui», pour la construction de bases solides à la Justice. «Vous êtes le pilier et le garant de l’indépendance de la Justice, osez rompre avec les mauvaises pratiques, osez adopter des principes incontestables et incontestés dans vos prises de décision», plaide la ministre.
Au Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM), elle requiert «de la retenue, de la sagesse et de l’exemplarité», car le SMM aurait un rôle primordial dans la revalorisation de fonction de juger. Dans un clin d’œil aux organisations syndicales au sein de la Justice, hier, la ministre Harimisa affirme être à l’écoute des revendications et ouverte au dialogue. «Je ne peux, toutefois, pas promettre ce que je ne peux pas faire», conclut-elle.