Notes du passé

La démagogie est payante parmi les pays du Tiers-Monde

Didier Ratsiraka au cours d’une interview accordée à un journaliste local.

Décembre 1972. L’hebdomadaire catholique Lumière poursuit d’analyser la politique étrangère du gouvernement Ramanantsoa issue des évènements de mai 1972 (Alain Escaro, « La politique extérieure du gouvernement Ramanantsoa vue par Lumière », revue historique Omaly sy Anio, deuxième semestre 1979).
Après avoir émis sa crainte de voir, à plus ou moins terme, que Madagascar n’adopte un régime communiste d’inspiration chinoise, Lumière fait état de « spéculations » sur une éventuelle reconnaissance du Nord-Vietnam et du gouvernement cambodgien du prince Sihanouk. Spéculations qui ne tardent pas à se concrétiser, fait remarquer Alain Escaro, tandis que sont rompus les rapports avec Formose. Par ailleurs, si des relations diplomatiques sont conclues avec des pays de l’Est, aucun échange d’ambassadeurs-résidents n’est constaté.
Le 31 décembre 1972, alors qu’il est question d’établir des relations diplomatiques avec l’Albanie, l’hebdomadaire catholique cite l’ancien président Philibert Tsiranana qui pense que la « politique tous azimuts » est une « catastrophe ». Alain Escaro écrit qu’il se confirme au début de l’année 1973, que « certains milieux» désapprouvent la nouvelle politique étrangère.
Pour sa part, l’éditorialiste de Lumière comprend difficilement que le général Ramanantsoa se réfère à l’URSS en tant qu’exemple pour Madagascar, alors qu’il condamne l’attitude qui « consiste à copier des modèles étrangers ». Le journaliste répète que l’essentiel est de maintenir un équilibre (difficile) entre les puissances afin de ne dépendre d’aucune.
Dans la même livraison du 7 janvier 1973, un article sur l’impérialisme soutient cette argumentation et dénonce non seulement les « classiques » impérialismes occidentaux, mais aussi l’impérialisme « soviétique », et démonte les mécanismes des uns et des autres. Cette mise en garde se fait au moment où le premier ambassadeur soviétique débarque dans la Grande ile. « Ce qui a conduit le chef du gouvernement à faire la précédente déclaration », précise Alain Escaro.
Ce dernier poursuit que la critique devient plus vive sous la plume de M.A., dans le numéro du 21 janvier. D’après celui-ci, le « dynamisme » de la politique étrangère du gouvernement Ramanantsoa vient du fait « qu’il est plus facile de faire parler de soi sur la scène internationale que de résoudre les problèmes intérieurs, en particulier économiques ». Car dans ce domaine, la démagogie est payante, « surtout dans le cercle des pays du Tiers-Monde ».
« La politique extérieure devient alors le terrain privilégié des victoires faciles et ces succès spectaculaires permettent de camoufler aux autres et de se cacher à soi-même les graves tensions internes et le marasme économique. » Cette attitude, note Alain Escaro, est étrangère aux masses « indifférentes à ces jeux subtils et davantage préoccupées par leur travail et leur niveau de vie ».
L’éditorialiste de Lumière comprend qu’il est « bien sûr » légitime de chercher à « se faire connaitre » après tant de temps et d’effacement. Mais la passion que l’on peut y mettre, amène à « des paroles peu diplomatiques et des engagements extrêmes ». En effet, ajoute-t-il, si l’indépendance exige des relations multilatérales, plus d’un citoyen s’interroge sur « une ouverture plutôt unilatérale et à sens unique ».
« Certains » accusent Didier Ratsiraka, mais l’auteur préfère, jusqu’à preuve du contraire, « faire confiance à son intelligence, à son patriotisme et à sa loyauté de marin ». Les négociations avec la France constitueront alors le test révélateur.
De même, les vraies priorités étant « d’ordre économique et social», il faudra juger la valeur de cette politique en fonction, de
l’aide qu’apporteront les nouveaux « amis » de Madagascar. Il faut essentiellement tenir compte des réalités, car « l’aventure
politique n’a jamais satisfait les masses. L’exemple de la Guinée et de Cuba sont trop présents à nos esprits ».
En fait, Lumière apprécie la politique tous azimuts, toutefois, l’hebdomadaire catholique ne peut accepter qu’elle soit « unilatérale, passionnelles, coupée des réalités malgaches et réalisée hors de la participation des citoyens ». Quant à la personne du ministre des Affaires étrangères, « en dépit des critiques globales, elle ne semble pas encore contestée ».
Il n’en demeure pas moins, conclut Alain Escaro, que Lumière tend à présenter une « opinion en dehors des perspectives gouvernementales ».

Texte : Pela Ravalitera – PhotoS : Archives personnelles

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