Opinions Texto de Ravel

Demander le pardon n’est pas l’obtenir

«Un péché avoué est à moitié pardonné » voilà comment on traduirait l’adage malgache « ny heloka hibaboana mody rariny ». Mais si on va vers une traduction plus littérale, çà donnerait plus « un péché avoué est pardonné ». Il est tout à fait impensable à quel point la manipulation de nos subconscients est liée à la manière dont nous avons été élevés. Ny heloka hibaboana mody rariny, un péché avoué est pardonné sous-entend pourtant qu’il y a bien eu péché et que la personne qui demande pardon devrait reconnaitre ses torts, tous ses torts. Quand celui qui a commis des atrocités, le viol sur la démocratie, le vol de nos richesses, des tueries en silence avoue ce qu’il veut admettre et ne reconnaît pas ce qui ne l’arrange pas, il use et abuse du « mody rariny ».
Il faut savoir également que la formule « mody rariny » peut avoir deux sens précis qui sont pourtant diamétralement opposés. Le mot « mody » peut être traduit en français comme « devenir » : le péché avoué est pardonné. Mais, le « mody » en question peut également revêtir un sens plus subtil : « faire semblant ». « Mody fanina » : faire semblant de ne pas connaitre, « mody vendrana » : faire semblant d’être bête.
« Ny heloka hibaboana mody rariny », dans le contexte actuel, la traduction la plus juste serait que « le péché avoué est un semblant de justice », d’une auto-justice, autojustification.
Servir le peuple est un engagement saint. Pour y accéder, il faut ramper par la porte basse pour se remémorer à quel point nous ne sommes que des serviteurs d’une destinée, celle de vingt-trois millions d’âmes. Vingt-trois millions d’âmes qui ont le ventre tellement affamé, l’esprit pris en otage par l’ignorance au point d’aduler quiconque se promulgue messie. Un peuple du cœur qui, tristement, se laisse berner facilement. Un peuple « pacifique » au point d’être presque bête ! Un peuple qui, en évitant à tout prix les confrontations, se fait violence. Un peuple amnésique qui oublie et qui pardonne facilement, trop facilement au nom d’une sagesse hypocrite.
Comment ne pas crier de colère quand, face à des gens que l’on croit un peu sensés, on entend un discours qui tente de trouver refuge là où le chaos de 2009 a commencé. Oui, il parle bien, c’était son job : un communicateur, un publicitaire. Il est né et est fait pour vendre, se vendre. Le laissera-t-on, une fois de plus sacrifier notre avenir ? L’autel du pardon a une limite. Demander le pardon, ce n’est pas l’obtenir.
Ceux qui savent ont l’obligation de parler haut et fort. Car on ne peut exiger de celui qui n’a point accédé à l’éducation de réagir, d’agir, de se positionner par rapport aux enjeux de la haute sphère politique. On en peut lui demander « que » son patriotisme. Charge à nous de lancer les alertes, de crier aussi fort que nous le pouvons : « Attention ! Danger imminent ! »

Par Mbolatiana Raveloarimisa

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