L'Express de Madagascar

Un vide, un bide

Qu’est-ce qui se passera après le 9 septembre, soit 60 jours avant la démission du président de la République, candidat à la présidentielle de novembre ? Ceux qui ont réclamé sa destitution applaudissent à tout rompre mais la situation est sans précédent pour le pays et peut-être dans le monde entier. À cause d’une Constitution bancale désormais rejetée par celui qui l’a conçue, Madagascar est devenue le seul pays où le Président en exercice doit démissionner s’il se présente à l’élection présidentielle. La situation est inédite que personne n’y a fait attention. Le Président Hery Rajaonarimampianina a prêté serment sur une Constitution qui l’oblige à quitter le pouvoir cinq mois avant la fin de son mandat qui se termine le 24 janvier 2019.
Celui qui assurera l’intérim toujours selon cette Constitution ne s’est pas fait prier et a déjà démissionné de la présidence de son parti, trop heureux de jouir de cette opportunité sans avoir eu à passer par l’épreuve des urnes. Cinq mois de vie au palais présidentiel, cela ne se refuse pas. Le pays sera donc privé de véritable Président durant une période assez longue. Un intérimaire n’a pas les prérogatives d’un vrai Président et ne fera qu’inaugurer les chrysanthèmes et gérer les affaires courantes.
Il y aura, comme d’habitude, l’assemblée générale des Nations Unies en septembre et ce n’est pas un Président par intérim qui pourra représenter le pays. Il y a également les accords de coopération qui engageront Madagascar et qui auront besoin de la signature d’un Président.
Sur le plan interne, tout peut arriver. Comme c’est le Président par intérim qui tient les manettes du pouvoir, il
n’est plus censé recevoir ni ordre ni conseil du Président démissionnaire. Les données politiques risquent ainsi d’être sérieusement chamboulées. Quand on connaît ce qui s’est passé lors du dernier remaniement au cours duquel le futur Président par intérim a tenu un rôle capital, on peut spéculer sur d’éventuelles situations.
La campagne électorale risque ainsi d’être mouvementée. C’est d’autant plus certain que l’atmosphère commence à être tendue. Des candidats brandissent que s’ils ne sont pas élus avec cette foule massée durant leur tournée, et avec les moyens pharaoniques qu’ils utilisent, cela ne pourrait être causé que par des fraudes électorales et qu’ils rejetteront en bloc les résultats. Autrement dit, une nouvelle crise pourrait surgir juste après la présidentielle.
Une telle situation donnera raison aux partisans de la refondation. Il faut d’abord tout revoir, en particulier l’univers électoral pour éviter des scrutins bidouillés dès le départ comme ça a été le cas depuis 1960. On comprend aisément pourquoi le guide du parti ADN ne s’empresse pas de rejoindre la Haute Cour Constitutionnelle. Il a d’autant plus raison que le déploiement de moyens matériels et financiers de certains candidats est juste cynique face à la pauvreté et au dénuement de la majorité des électeurs.