Courrier des lecteurs Opinions

De l’indépendance retrouvée à l’État instable

Après avoir retrouvé son indépendance en 1960, la Grande Île ne parvient pas à consolider ses institutions républi­caines. En l’espace d’un demi-siècle, Madagascar a connu quatre républiques dont les présidents élus au suffrage universel ont tous été destitués avant la fin de leur mandat, soit par la rue, soit par un vote de déchéance : Tsiranana en 1972, Ratsiraka en 1991, Zafy en 1996, Ravalomanana en 2009. Quel que soit le type du régime, le pouvoir est confronté à l’exercice d’un équilibre instable permanent.
En 1991 et en 2011, les Malgaches ont dit non à un pouvoir présidentiel fort et voté une constitution renforçant le pouvoir des députés. Mais cela s’est traduit en 1996 par l’empêchement définitif du Président Zafy, voté par sa propre majorité composée de ses anciens compagnons de lutte. En 2015, la déchéance du Président Hery Rajaonari­mam­pianina a été votée par 121 députés sur 151; mais leur vote n’a pas été reconnu par la HCC, en contrepartie d’un « pacte de responsabilité » jamais mis en œuvre.
Ainsi, en deux tentatives de régime semi-parlementaire, l’Assemblée Nationale a déclenché la procédure de déchéance du Président de la République. À travers ses tractations et son pouvoir d’empêcher définitivement le Président de la République, le régime semi-parlementaire a transformé l’Assemblée Nationale en un terrain favorable à la corruption. En effet, c’est à partir de 1993 que la dotation des voitures 4×4 est devenue une exigence et un chantage des députés. Sous la IV° République, on parle de « mallette » chaque fois que le pouvoir veut faire voter une loi.
Malgré l’implication directe des hommes, l’instabilité politique chez nous est surtout un problème structurel et culturel. D’un côté, la Répu­blique est construite sur un double fondement.
Un fondement ethnique conformément à une monarchie centralisatrice, et un fondement occidental conformément à une administration française fortement centralisée aussi à l’époque. Par ailleurs, si l’État-Nation est avant tout l’œuvre de toute la population qui le compose, contrairement à cela, sa construction ne cherche pas ici à intégrer tous les Malgaches. La différence devient un mur d’exclusion et de séparation. En fait, nous avons un parti du pouvoir qui s’appuie en même temps sur une multitude de partis satellites que sur les prérogatives des puissances publiques, sans avoir une opposition démocratique solide. Or, un État républicain doit marcher sur deux pieds, l’un étant celui du pouvoir, l’autre celui de l’opposition.
D’un autre côté, de forts soupçons de détour­nement des voix font que le verdict des urnes est toujours perçu comme le résultat de fraudes. Depuis les premières années de l’indépendance, la République est dirigée par des Présidents issus des élections falsifiées ou contestées, à l’exception du Pr Zafy en 1993. Le transfert de l’organisation électorale du Ministère de l’Intérieur à la CENI n’as pas jusqu’à présent donné des résultats convaincants. La résistance d’organiser une élection libre et transparente est le résultat des problèmes culturels profonds chez les tenants du pouvoir et ses partisans, l’amalgame entre la Monarchie et la République.
Aujourd’hui, la Conférence épiscopale des Evêques catholiques et la société civile tirent la sonnette d’alarme.Le FFKM et des leaders politiques appellent à la refondation de la République pour guérir ce mal profond d’instabilité du pouvoir. Cette refondation devrait aboutir à améliorer la Constitu­tion que nous devons absolument appliquer avec rigueur , à garantir le bon fonctionnement de l’État de droit,à restructurer l’organisation de la vie politique totalement désordonnée et surtout à éduquer les Malgaches à devenir des citoyens de la République.

Par André Rasolo

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