Editorial

Campagne ou caprice?

À quoi sert une campagne électorale pour un pays extrêmement pauvre ? À plus forte raison, à quoi sert une élection dont le budget est fourni par l’assistanat international ?
Après deux semaines de campagne électorale, on constate qu’il faut des moyens énormes pour pouvoir supporter les charges d’une élection. La caution de la candidature ressemble à des cacahuètes devant l’investissement qu’il faut faire pour tout juste faire le minimum nécessaire, c’est à dire les indemnités des délégués dans les bureaux de vote soit au moins vingt-cinq mille personnes à raison de 10000 ariary chacune au moins, les affiches, la communication. On préfère ne pas parler des tournées à travers le pays, des voyages en hélicoptère, vingt millions de t-shirt au moins à distribuer, des cachets juteux pour les artistes, des pourboires pour les figurants aux meetings pratiquement inaccessibles à défaut d’être un candidat d’État, un ancien prince des bois de rose et d’autres trafics, ou un mauvais contribuable qui a gelé ses impôts depuis un siècle.
Sur les trente-six candidats, seule une dizaine a pu confectionner une affiche. Certains sont pratiquement invisibles et inaudibles, à se demander pourquoi ils ont déposé leur candidature. Pour le moment, il n’y a que trois candidats qui occupent la scène avec une différence de moyens flagrants. On s’étonne du fait que le Premier ministre a fait une réquisition contre l’Aviation civile de Madagascar pour donner une autorisation sans formalité aux hélicoptères de deux candidats au nom de l’équilibre des chance des prétendants à la magistrature suprême alors qu’il n’a pris aucune mesure pour équilibrer les moyens des candidats. On comprend mieux pourquoi la Haute Cour Constitutionnelle a extirpé l’interdiction de recourir à des financements étrangers de la loi électorale. C’était une décision bien sentie et calculée.
À cette allure, une campagne électorale d’une telle immoralité est complètement inutile. Les débats d’idées sont cruellement absents pour faire place à une avalanche de sous. Les candidats les moins idiots sont dans la dèche et sont complètement noyés dans la tintamarre stridente de spots et de discours pompeux qui frisent l’overdose. Heureusement que le nombre de foule aux meetings n’a jamais été une assurance absolue de victoire. Beaucoup de prétendants en savent quelque chose. Les urnes ont leur raison que les candidats ignorent.
En tout cas la prochaine République ne sera pas mieux que ses devancières. Si elle ne change pas de main mais reste la propriété de ses gardes-chiourmes de ces dix dernières années, le pire reste à venir. Quand on attend dans les discours de campagne, des promesses de construction de ceci de cela, on sent que la bonne gouvernance ne sera pas le leitmotiv du prochain régime. On ne dispose pas de l’argent de l’Etat comme de son propre coffre. Le candidat annonce des projets comme s’il était gouverneur de la Banque Centrale. On restera dans le Président -Etat où le gouvernement servira de pantin, où tous les projets servent à entretenir l’image du Président, où une caisse noire sert à primer les athlètes méritants à la gloire du Président. La loi de finances doit rester le conducteur du programme du gouvernement. On ne doit pas faire de projets en bafouant la loi de finances sans risque de créer des déséquilibres budgétaires, des crises ou des secousses dans l’économie.
Jusqu’ici on n’a pas entendu des débats sur les thèmes cruciaux qui gangrènent le pays depuis un demi-siècle. On profite de l’ignorance des électeurs, de la pauvreté pour les gaver d’inepties et de détails superficiels. Le cynisme est à son comble quand c’est un candidat membre partie du gouvernement pendant des années, qui annonce vouloir supprimer certaines pratiques qu’il a cautionnées les yeux bandés pendant son mandat.
La campagne n’aura pas aidé les électeurs à choisir le bon Président. D’ailleurs, une campagne n’a jamais servi à convaincre un électeur dans son choix. S’il ne sait pas encore pour qui il va voter, il sait depuis au moins neuf ans, pour qui il ne votera pas. Il n’y a pas meilleure campagne qu’un mandat de président, de président de la Transition ou d’ancien président. C’est un excellent critère d’élimination.
Quant aux résultats, il s’agit d’un tour de prestidigitation conjuguée de la Ceni et de la Haute Cour Constitutionnelle. Voilà pourquoi une campagne, une élection ne sont que des artifices démocratiques dans un pays où le budget d’un candidat équivaut à six fois le montant de la Facilité élargie de crédit du Fonds monétaire international sur trois ans.

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