Editorial

Os…ecours

Les «razana» semblent ne plus veiller sur les vivants. C’est le moins que l’on puisse dire à en juger l’audace des voleurs d’ossements humains qui sont en train d’ébranler littéralement le culte voué aux morts. Ils ne font plus peur et n’inspirent plus respect.
Une tonne et demie l’année dernière a Toamasina, près d’une tonne lundi à Manakara, la production d’os dépasse nettement celle de l’or. Du moins si l’on tient compte des chiffres officiels. La nuance est que l’os ne se fait pas surprendre à l’aéroport mais se découvre la plupart du temps au bord des rues en ville ou dans les campagnes, près des bacs à ordures comme s’il s’agissait de marchandises qui n’ont pas trouvé preneur ou qui n’ont pas les qualités requises.
Jusqu’ici la piste internationale n’est pas justifiée étant donné qu’on n’a jamais surpris un conteneur bourré d’ossements humains au port de Toamasina ou dans les aéroports. Mais à l’image du bois de rose, l’exportation peut se faire dans n’importe quel port du moment qu’un bateau peut accoster, hors de toute surveillance maritime.
Comme les enquêtes restent jusqu’ici au niveau des larbins alors que le fléau dure depuis trente ans, il est difficile de savoir et l’utilité de ces ossements et leur destination. Il se pourrait bien que les acquéreurs se trouvent sur le marché local. Les fabricants de provende comme les distillateurs de «ranomena» par exemple. Qui sait ?
En tout cas c’est tout un pan des us et coutumes qui est en train de disparaître. Des familles se trouvent complètement séparées de leur «razana» après le pillage des tombeaux familiaux et se demandent bien que sans chair et sans os, ils vont encore pouvoir ressusciter un jour. D’autres préfèrent carrément l’incinération pour éviter les mauvaises surprises et garder le cendre des morts dans une boîte d’allumettes rangée parmi les bibelots. Au moins ils pourront renaître de leurs cendres ou se réincarner.
Comme les lois n’ont jamais prévu des peines pour de pareils crimes, les sanctions n’arrivent pas à dissuader les criminels de récidiver et les autres de s’y adonner.
Le mystère reste ainsi entier autour de ce phénomène qui secoue l’âme du Malgache dont la relation des vivants avec les morts est une de ses caractéristiques. Les notions de «razana», de «fasan-drazana», de «tanindrazana» sont sérieusement menacées.
En attendant des mesures musclées pour juguler ce mal, les pillages continuent sans préférence de caste à laquelle appartenaient les «razana». Tous les os sont logés à la même enseigne. La longueur est visiblement le seul critère de qualité. Mais peut-être aussi la fraîcheur ou l’ancienneté.
Tout cela reste à déchiffrer. Un véritable…os pour les enquêteurs.

par Sylvain Ranjalahy 

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